J’ai été saturé de tout :
saturé de chair, de boisson,
de nourriture, de pensées et d’écrits.
J’attends l’étincelle.
La nuit finissait
Au compact de l’automne
Quand il faut s’abriter
Avec les corsaires nocturnes
Qui boivent et dansent et fument
En attendant le jour.
La nuit finissait,
Et nous étions une poignée
Eveillés dans les rues mouillées.
Puis nous étions deux
Dans un bar d’aurore
cotoyant les gens de l’aube.
Un verre de vin blanc
Et mes lèvres sur ta joue.
Ma fatigue derrière les yeux,
Et ton envie, de parler encore.
Deux verres de vin blanc
Et mes doigts timides dans tes cheveux.
Mes yeux savaient
Ce que tes yeux me disaient.
Trois verres de vin blanc
Et la rue m’éblouissait
Et toi.
Cris de mouette par delà les immeubles
Odeur de feu de bois dans la rue
La ville joue à cache-cache
Avec mes sens.
Nuit noire
Mes soucis sont des dragons
Qui dansent dans ma poitrine.
Je respire du Cadmium Je bois des nitrates, Ma peau reçoit plus de poussière grasse Mon cerveau contient du cholestérol,
Des particules d’oxyde d’azote
Et du stress.
Du coca,
Et trop peu tes paroles.
Qu’elle n’est effleurée par tes lèvres.
Des équations inutiles,
Et des remords malsains.
Vivre au bord d’une rivière,
Pêcher à la mouche,
Et te ramener dans mon épuisette,
Toi ma truite arc-en-ciel.
Tes yeux sont un théâtre
Dont le rideau est le spectacle
Quand il se lève, on voit une flamme
Qui danse en équilibre au bord de l’iris.
Quand je t’embrasse, le rideau tombe
(et c’est pour ça que je t’embrasse)
Puis se relève, infiniment doucement
Indolent et brumeux.
Tes yeux sont un théâtre
Dont le rideau est le spectacle
Il caresse tes yeux noyés
Dans un rêve ineffable.
Joyeux anniversaire.
Ce vol de moineaux
Qui se rassemble
Et vient fondre sur une antenne,
Comme un génie rentrant dans sa bouteille.
Il me dit « Tu comprends, là, il faut que je m’organise, il y a tous ces dossiers, je suis en retard sur le projet batana et par ailleurs, on ne me donne pas les moyens, et ma famille là-dedans, hein, et je ne te parle pas de ma famille seulement, j’existe aussi en temps que personne et »
BZZZZZZ.
Ses yeux deviennent vitreux. Une voix monocorde prend le relais. « Pause. Veuillez patienter. » Sa main ouvre convulsivement un tiroir, elle en tire un cylindre gris, elle éjecte le même type de cylindre fumant dans son dos, le remplace par le neuf. Ses yeux se rallument et il dit
« Et je ne te parle pas de ma hiérarchie,tu sais, j’essaie de ménager tout le monde »
Je quitte son bureau, il continue à parler en fixant le mur gris.
Des tours s’écroulaient
pendant que nous faisions l’amour,
insouciants, enfantins.
la chambre était petite, la lumière rasante.
Elle découpait ton corps
Dans une odeur de chocolat chaud.
Nous n’étions nulle part, nous étions chez nous.
Donnez-nous une bulle, irisée, exigüe, mais
à nous.
« Les enfants s’égaient à la sortie de l’école comme une volée de pinsons ».
N’importe quoi. A la sortie de l’école, les enfants se tiennent sur le seuil, cherchant le papa la maman la nounou la mère-grand, ou bien ils descendent sagement.
Et pour le train qui arrive en gare ? Les passagers ne s’égaient pas comme des pinsons, non, ce n’est pas vraiment la bonne expression. Ce sont plusieurs files qui s’écoulent sur le quai, ceux qui prennent l’extérieur, ceux qui suivent le flot, en ajustant inconsciemment leur allure par rapport au dos devant eux.
Devant moi, une nuque vraiment mal foutue. Les cheveux virent à gauche et se perdent dans une virgule grasse de Pétrole Hahn au niveau du col. Très mauvais implantation, jeune homme, ça part en vrille, et vos méchouilles gominées qui rebiquent, ça n’arrange pas le tableau. Tiens, changement de file, voilà une vraie nuque de petit soldat, propre, bien rasée, une nuque à relever la France de sa sinistrose. Hop, escalier, la foule dégouline plutôt qu’elle ne descend, magie de la viscosité des fluides. Mais un élément pertubateur dans mon paysage : bon sang, ça n’a même pas 25 ans, nuque rasée aussi, mais pas que la nuque, costard noir, petite serviette en cuir, et ça sautille comme un cabri d’une marche à l’autre. Bon, il va peut être pas relever la France avec son glaive et son bouclier, mais il va mettre une animation dynamique, c’est déjà ça.
Un gros homme avec un gros attaché-case d’auditeur, ce genre de petite valise très large en cuir noir. Probablement un boucher qui transporte deux gigots emballés dans des torchons, le tout camouflé sous une fausse respectabilité (?) de cadre sup. Dès qu’on détournera les yeux, il ira se siffler un petit blanc au comptoir ou bien, serviette à carreaux coincée dans le col, il se tapera une soupe à l’oignon.
C’est lundi matin, c’est Saint-Lazare.
Le quai,
Promontoire qui s’avance
Dans la chevelure des rails.
Tes yeux sont comme de la mousse au chocolat
Tes paupières sont comme un rideau de fer
Ta bouche est ronde comme un abricot
Tes cheveux flottent en l’air
Tu inspire chaque seconde
Et ton souffle sent l’air.
Après la douche,
Tout était en épis,
indisciplinés, tout fouillis.

Bourdonnement de la tondeuse,
Qui crée des coupes claires,
Abeille à mandibules
Qui rumine des follicules.

Nouvelle liberté désormais.
Après le rosé du soir,
C’est la rosée du petit matin.
Mes pensées s’évaporent sans effort
Comme des brouillards champêtres.