Category Archives: Caillou

Caillou – Météo

J’ai eu chaud toute la journée.
Je vidais des bouteilles d’eau en parlant,
En écrivant au tableau blanc,
En effaçant le tableau blanc.

Tous mes cils vibratils étaient tendus
Vers la brise.

Ce soir, après une réunion étouffante,
Un train qui ne venait pas,
Et les pages moites d’un roman en Chine :
La pluie.

Paresse de sortir l’imperméable du sac à dos,
Plaisir de me laisser détremper,
Vraie fraicheur humide qui me lave de ma journée,
Dans le ciel des hirondelles tournoient,
Jouant à cache-cache avec les nuages de suie.

X-men (les mutants)

Nos aînés avaient la facilité du titre,
Une certaine aura.
Et le domaine était neuf.

Nous sommes arrivés
Jeunes, nus et inquiets.

L’inquiétude ne nous a jamais quittés,
Mais nous avons vieilli,
Et nous nous sommes taillé des vêtements.

Cela a été dur,
Car c’est un travail de solitaire, jusqu’à notre mort.

Nous avons donné quelques étincelles,
Nous nous sommes réchauffés,
Mais nous étions seuls en groupe.

Nous sommes devenus redoutables.

Caillou – Oblivion


J’ai toujours voulu ces moments de solitude
Le rideau de la nuit déchiré pour un temps
J’étais seul avec moi-même
Et rien ni personne ne m’appelait.

Caillou – Frontière

J’ai voulu frôler tes lèvres,
Dans cette zone obscure de fin de soirée
Entre nuit et matin.

Mais tu m’as répondu
Sans avoir à parler,
Sans même me regarder.

Il pleut ce soir dans la rue froide.

Caillou – Supernova


Ma vie sera limitée,
Toute en combustion et rayonnement.

J’éclairerai les planètes proches,
J’essaierai de pousser mes rayons au loin,
Agrandissant toujours plus mon univers.

J’essaierai tous les modes de vibration :
chaleur, lumière, résonance…
Certains astres prétendus froids
Me renverront ma chaleur
Multipliée.
Des planètes miroirs seront l’écho
De mes créations musicales.
Je leur proposerai la phrase,
Elles me donneront la rime.
Mes vents de flamme chanteront à l’unisson
Avec leurs fréquences.

Puis viendra le moment de ma décroissance.

Je me fondrai peu à peu dans l’infini.
Chacune de mes particules rejoindra d’autres corps
Et portera mon héritage.
Je ne manquerai à personne,
Car je serai en tout lieu.

D’ici là, ma mission sera de brûler avec intensité.
Je mangerai de tout, en quantité,
Je boirai l’éther et les gaz remplis d’étincelles
Et l’énivrement me fera tourner plus vite sur mon axe.

Telle une fronde tournoyant sur elle-même,
Je continuerai à exhaler mes signaux,
A découper les clartés et à sculpter les ombres.

Le cosmos est mon terrain de jeux.

Caillou – Histoire de fantômes

(comme il s’en passe dans le Montana)

C’était une vieille maison abandonnée.
Un jour, passa un fanthomme qui n’aurait pas dû passer.
Il y trouva une fantfemme qui n’aurait pas dû être là.
Il était un pur esprit,
Elle était un pur esprit :
Ils s’embrassèrent.

Un baiser de fantômes,
C’est un pétillement magnétique,
Une bulle d’étincelles,
C’est doux comme de la fumée froide,
Comme une haleine dans le brouillard.

Ils revenaient de temps en temps dans la maison abandonnée.
Parfois, il venait seul, et flottait en l’air, indécis.
Souvent, elle le rejoignait
Et ils dansaient un ballet aquatique.
Mais le lever du soleil interrompait toujours trop tôt leur rencontre.

Un an après s’être rencontrés,
Ils se quittèrent,
Pour aller vivre leurs vies fantômatiques
Ailleurs.

Nulle trace sur le sol, nulle profondeur dans les canapés
Ou sur les lits poussiéreux.
La vieille maison abandonnée fit comme si
Rien ne s’était passé.

Caillou – Résolution

J’ai décidé d’arrêter de subir la pression
je suis désormais l’oeil à l’intérieur de l’oeil.

A chaque battement de paupière,
le monde extérieur se réinvente,
mes priorités se réajustent.

la saveur d’une gorgée de café pourra valoir plus que dix années de travail,
si la gorgée arrive au bon moment.
Le tout est d’être disponible,
ce qui n’est pas facile.

Je vis et je respire,
je cligne souvent des yeux,
et le monde se fixe
comme une photographie.

Désormais, je suis l’apostrophe du mot Aujourd’hui.

Lithiase – Saskatchewan

Tel le saumon migrateur
Je remonte le courant de mes e-mails
Revenant aux origines de mon existence numérique
J’exhume dans le limon glacé
Des traces de mon passé
J’entends enfin les échos de voix qui me réclamaient
Qui ne font plus que chuchoter
Au fond du torrent.

 » A chaque vague qui le ramenait doucement vers la côte, il opposait un coup de rames têtu. « 
Laurent Gaudé, Eldorado, Actes Sud, 2006, p. 145.