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Oxymore oxygène

Voilà, ça y est, ce blog a atteint sa vitesse de croisière. Je ne parle pas des quelques 80 thibillets déjà pondus, ou des 6-10 dans les tiroirs, ni des apports futurs si les petits piranhas ne me mangent pas (changer la cosmétique, publier mes nouvelles voire mon roman, passer sur une plate-forme dans l’espace et coloniser Callisto, satellite de Jupiter…).
Je parle de la reconnaissance absolue, éternelle, absolument pas éphémère, d’un billet sur un autre blog. Voué, voué, y en a un qui m’a trouvé, comme ça, hop, par hasard.
Par delà 13 ans (?), un ancien élève – euh, comment dire – « pas spécialement intéressé par la finance, et peu regardant sur les horaires et les présences en cours » (ces deux points montrant la maturité qu’il possédait déjà, il était affranchi d’un système dans lequel nous courons tous comme des hamsters dans leurs petites roues en nous disant « cours, camarade, le vieux monde est derrière toi »), donc, bref, arrêtez de m’interrompre dans ces ouvertures de parenthèses, lui, là, il m’a trouvé et m’a croqué. Tel le grand méchant loup face au petit chaperon rouge que je suis, il m’a ramené 13 ans en arrière, quand je n’avais pas de doctorat, mais encore des cheveux, et quand on avait – ô grand luxe – une messagerie électronique interne à l’école, un truc complètement dingue, on pouvait envoyer un message électronique (pas un fax, non, un texte écrit sur ordinateur) à n’importe quelle personne de l’école, c’était fou, pour nous, le summum de la communication. Internet ? Euh, on aurait dit que c’était une marque de lessive, du genre : (musique pimpante, avec des trompettes)

Il passe entre les mailles, et rend les chemises proprettes,
en poudre ou bien liquide, je chéris Internet

Et maintenant, le petit Ari est devenu un bloggueur, il a bossé pour des dot com (comme tout le monde) mais c’est fini (comme tout le monde), il aime bien Brice de Nice, il a même son permis de conduire, c’est dire s’il a réussi dans la vie. Content de t’entendre par la voie cyber, amigo.

Over-danaïdes

L’heure est aux néologismes. Entre chien et loup, dans un lieu improbable, Vanessa m’a avoué que Robert prônait le terme « Fondamentaux » comme substantif (« cette maison a des bons fondamentaux », « les fondamentaux de cette société se sont dégradés »). J’ai déjà dit, en évoquant ce couple maudit, pacsé contre nature, que tout cela c’est de la paresse : là où Vanessa défend la langue française, Robert, tel le Caterpillar moyen, va au plus simple. La vie humaine moderne est faite de telle manière que Robert, têtu et bas du front, gagnera toujours. Pourtant, au détour d’une pensée, me vient le terme « fondement ». N’est-ce pas plus poétique de dire « cette maison à de beaux fondements » ? Cela me rappelle un inspecteur irlandais, dans un roman noir américain des années 50, qui rencontre une jeune créature comme on n’en fait plus (90-60-90, blonde et fraiche) et qui dit « Vingt dieux, la belle église ! »
Comme quoi, entre architecture et harmonie voluptueuse, il y a des connivences. Sans parler de la quête spirituelle. Et cela a tout de même plus de gueule que « cette jeune fille a de bons fondamentaux », on aurait l’impression d’un expert-comptable qui drague.

Mon propos d’aujourd’hui n’est pas de résoudre la querelle sémiologique entre Vanessa et Robert, mais de souligner que l’on a le droit de créer de nouveaux mots, pour peu qu’ils sonnent bien. Il y a deux ouvrages qui me plaisent, et qui vont dans ce sens : Le Mokimanké et Le Baleinié (tome 1 et 2).
Je m’y essaie donc aujourd’hui, car il y a urgence.

Je suis littéralement assailli. Ma boite mail reçoit 40 mails par jour. Je m’absente pour faire 7h de cours, paf, 40 mails. Je rentre chez moi le soir, et dans la boite aux lettres physique, paf, 10 lettres. A la fin de la semaine, il y a 50 lettres sur la table du salon, et 200 mails dans ma boite mail. Je recherche donc le terme approprié pour décrire cette situation, qui pourrait se décrire par « plus que tu en expédies, plus qu’y en a qui arrive ». Un brainstorming rapide me donne comme images :

  • l’hydre de Lerne, dont chacune des multiples têtes repousse dès qu’on la coupe
  • le tonneau des Danaïdes, châtiment sysiphien
  • Gaston Lagaffe qui, ayant mis en marche la photocopieuse moderne, se retrouve expulsé par un flot de feuilles, et qui crawle pour remonter le courant
  • les cadres stressés qui sont en overburn [edit: burn-out], c’est-à-dire tellement fatigués qu’ils ne peuvent plus récupérer en une nuit de sommeil, il leur faut au moins une semaine de vacances. Le problème est qu’au retour des vacances, ils auront 5 445 mails et 741 post-its qui les attendent, sans parler du Blackberry qui leur grelotte dans la culotte et du portable qui joue à plein volume « La marche turque » toutes les 10 minutes.

Je propose donc le terme over-danaïdes. Depuis plusieurs semaines, je suis en over-danaïdes, ça dégueule de partout, mon bureau ressemble à un mélange de Beyrouth Ouest en 1990 et de la Bibliothèque de Babel, façon Borges.

Mais je m’attaque au problème, plutôt que de vagir. Là où le tâchon de bâse essaierait de réduire le flot (« je remplis plus vite le tonneau sans fond, on sait jamais, des fois qu’il se bouche »), moi j’attaque à la source : je cherche le substantif qui va bien. Car circonscrire le phénomène, c’est l’enfermer, voire l’annuler.
J’aime bien « je suis en over-danaïdes », mais si quelqu’un a mieux, je suis preneur… (ceci est un appel au peuple).

Semaine très informatique

Bon, je ne suis point couché, et je fais le point sur cette semaine, riche en enseignements et progressions informatiques : (non, je ne suis pas encore passé à Ubuntu Linux)

  1. J’ai travaillé sur un projet de T shirt avec logo pour ESCP-EAP Running
  2. (Rappel : semi-marathon de Paris ce dimanche, marathon de Paris le 9 avril)
  • Après contact avec un imprimeur de T shirts, il a fallu retravailler redessiner le logo (dispo sur le blog d’ESCP-EAP Running) pour le mettre en bichromie, au lieu de quadrichromie
  • L’imprimeur me dit « il me faudrait un logo au format vectoriel ». Je lui dis « Pas de problème, OpenOffice a un module de dessin vectoriel. Le gars me dit « Euh, moi, il me faudrait un fichier que je puisse lire sous Adobe Illustrator, c’est-à-dire soit .AI, soit .EPS »
  • C’est l’horreur, parce que je ne fonctionne quasiment qu’avec des logiciels libres, et là, le gars me demande un format propriétaire (AI), non documenté par Adobe, en clair : je n’ai aucun utilitaire pour lui fournir son format. Un peu comme si un opérateur de téléphone me disait « OK, je veux bien vous abonner, mais il faut que vous construisiez vous-même le téléphone portable qui va pouvoir capter mon réseau, et évidemment, je ne peux pas vous donner la nomenclature technique du portable, car c’est propriétaire ».
  • Je télécharge donc Inkscape, une des références des logiciels libres de dessin vectoriel, et je me paluche de redessiner tout cela. Evidemment, Inkscape ne sauvegarde pas au format AI, mais heureusement, au format EPS. Optimiste que je suis, je sauvegarde aussi au format SVG, le standard du dessin vectoriel, libre, documenté, bref, du vrai bon travail informatique. Et donc, comme de bien entendu, ça ne servira à rien.
  • Envoi par coursier depuis la boite d’un ami entrepreneur et jogger vendredi à 17h30, et aujourd’hui à 15h, le gars n’avait toujours rien reçu. A 18h, ça y est, il a le colis. Il ne peut pas lire les formats. Super. Il me conseille au téléphone de lui envoyer un mail avec les fichiers AI ou EPS. Je passe 3/4h sur Internet pour trouver le fichier ps2ai.ps qui marche avec gsview, lui-même nécessitant une ligne de commande sous DOS (toute ma jeunesse…)
  • Finalement, je prends mon baton de pélerin, ma clé USB, et je file à sa boutique. 1 heure de plus, mais voilà, j’ai les T shirts.
  • Je les montre aux joggers ce soir, et je demande à mon entrepreneur chéri de les prendre en photo avec son téléphone-portable-appareil-numérique. Puis après, comme c’est simple, il suffira qu’il les transfère sur son Macintosh avec la fonction Bluetooth, et je les récupérerai sur ma clé USB. 20 minutes, et un résultat, à la fin, que même l’échographie de mon fils elle était plus précise. Tout ça pour ça, comme dit Gérard Darmon dans le film éponyme.
  • Donc je me rentre, je pose le T shirt sur le sol, et je le prends en photo numérique.
  • Rédaction d’un mail collectif à tous les coureurs, envoi des photos en fichiers attachés (2,98 mégas), allez, il est déjà 01h45.
  • A 2h01, mail d’un des responsables d’ESCP-EAP running (il devait rentrer d’un entraînement…) : il me dit « ce serait bien que tu prennes des photos du T shirt et que tu les joignes à ton message ». Réponse de ma part à 2h03 : « elles étaient jointes au mail ».
  • A 2h08, mail de mon entrepreneur préféré : il a pris en photo numérique son propre T shirt et m’envoie les fichiers (3,44 mégas).
  • J’attends avec impatience les mails des autres coureurs (3h43 ? 6h07 ? 19h22 ?)
  • J’ai mis en forme une partie de ce blog, et c’est pas fini
    • ça part d’une idée conne (« je voudrais que les messages récents soient affichés »), ça continue par le forum de Dotclear, et j’apprends au final que tout cela, c’est une question de programmation PHP.
    • Et hop, téléchargement par FTP des fichiers concernés,
    • Téléchargement de Arachnophilia, éditeur gratuit de PHP,
    • Modifications du code des deux ou trois fichiers PHP qui vont bien, re-téléchargement par FTP, test sur le blog, retour à la case départ
    • Finalement, j’ai mes messages récents, j’ai récupéré des infos sur comment avoir trois colonnes dans son blog, j’ai amélioré les tags, pfou, je m’attaquerai à la bannière une autre fois, là, je vais me coucher.

  • J’ai lancé une présentation OpenOffice.org en cours
  • Deux étudiantes m’ont rendu un cas, non pas avec le sempiternel PowerPoint, mais avec Impress d’OpenOffice. Je décide donc, en live, de montrer cette présentation. Et j’en profite pour faire un petit laïus sur les différences entre Microsoft Office et OpenOffice : 1. OpenOffice est compatible à 99,9% avec MS Office ; 2. OpenOffice est gratuit (combien d’entre vous ont des copies pirates de MS Office ?) ; 3. OpenOffice peut fonctionner depuis une clé USB (bonne chance pour faire la même chose avec MS Office)(en fait, c’est une déclinaison d’OOo, portableopenoffice, nantie des fichiers francisés qui vont bien), ce qui veut dire, plus de problèmes d’installation sur un ordinateur temporaire, plus de problèmes de droits d’accès, la liberté itinérante.

  • (MàJ) J’ai inondé la planète avec mes méta-données de jogging
  • Bon, il y aurait une manière moins Marketing de le dire, mais j’ai pu envoyer les données de mon Cardio-Fréquencemètre (CFM) sur le site Internet du constructeur, ce qui me permet, par exemple, de comparer dimanche dernier (13 km, 11 km/h) à ma performance d’aujourd’hui (??,??) où j’ai craché ce qui me restait de poumons.
    J’ai quand même mis 1/2h à rester bêtement, avec mon CFM qui faisait Grichchggrriiiiichhchhgggr… face au microphone branché sur l’ordinateur, tandis qu’un con de site Internet me disait « No signal ».
    Enfin, un ami est venu m’aider, en disant « c’est pas possible qu’un ordinateur aussi bô n’ait pas un micro intégré ! »
    (Moi : ) « Euh, ah, ouais ? »
    (Lui : ) « Tiens, là, c’est quoi ce trou ? »
    (Moi : ) « Euh, je sais pas, peut-être un truc pour aérer les circuits ?.. »
    (Lui : ) « Fous-z-y ton CFM devant, et recommence… »
    Grichchggrriiiiichhchhgggr…
    « Signal detected, we have the data, you are a poor jogger »

    En conclusion, je cite Feu mon oncle Yves : « l’informatique, c’est passer deux heures pour en gagner une ».
    J’ai froid, je vais me pieuter.

    De la microseconde à l’année

    Quand on publie un article de blog, on peut le faire référencer (je crois qu’on dit pinguer, mais je ne sais pas si ça s’utilise à la voie active ou passive. Les Monty Python ont même une machine qui fait Ping), et en quelques secondes, Technorati l’a référencé, hop, on existe sur la Toile. En revanche, il y a des mises à jour qui prennent plus de temps. Aussi, certaines rubriques sont déjà du passé. Il convient de connaître le décalage temporel de ces pages, pour éviter des bévues. Voici quelques durées moyennes :

    • les liens d’une page Internet professionnelle datent en moyenne de 6 mois ;
    • les liens d’une page Internet personnelle datent en moyenne de la date de création de la page + 3 semaines ;
    • la photo en ligne d’une personne date en moyenne d’il y a 6 ans (écart-type de 2 ans), ce qui n’est guère pratique. On devrait disposer d’un vieillisseur de photos en ligne, ce qui éviterait de chercher un homme de 40 ans au cheveux aile-de-corbeau, alors qu’il s’agit d’un vieillard égrotant au cheveu plus sel que poivre.
    • le CV en ligne d’une personne a au moins deux ans de retard ; évidemment, la liste des publications d’un chercheur peut retarder de 2 ans ;
    • la page d’un salon ou d’un congrès propose toujours de s’inscrire alors que le congrès est terminé (ex : Solutions Linux 2006 affiche le 7 février « La prochaine édition de Solutions Linux : 31 janvier, 1er et 2 février 2006« ).
    • les locations de vacances sont encore libres dans le monde cyber, mais sont blindées depuis 3 mois dans le monde réel.

    Mais il y a des satisfactions : Ibrahim Ferrer est encore vivant

    Le syndrome RTFM

    Le phénomène du zapping n’est pas récent : quand j’étais jeune et beau, les télévisions n’avaient que 3 chaines (dont une en noir et blanc), et il fallait se lever pour changer de chaine. On avait intérêt à savoir ce qu’on voulait, et à s’y tenir. Bref, c’était l’ère de la concentration. Arriva la télécommande, et l’on commença à zapper. Les stations FM sur l’autoradio devinrent programmables, hop, cette chanson ne me plaît pas, je zappe. Puis vint le signal d’appel sur le téléphone, qui permit de dire – à peu près – « Excuse-moi, vieux, je vais voir si mon autre correspondant est plus intéressant que toi ».
    Puis vint le Web, avec ses liens cliquables. Il y a un temps immémorial, une publicité montrait un internaute avec ce slogan « Quand Arnaud surfe, il est très patient. Quand un lien ne répond pas, il attend toujours 2 secondes avant de cliquer ailleurs ». Aujourd’hui, nous atteignons l’acmé de la technologie, nous sommes à l’heure du zapping multichrone : au travail linéaire, on substitue le zapping neuronal, notre attention sautant comme une puce passe de canidé en canidé : de l’agenda en ligne au logiciel de messagerie qui vient de faire « tilou ! », puis à la liste des to-dos qu’on a à faire, mais voilà que le téléphone sonne, ah tiens, on toque à la porte tandis que la messagerie a re-tilouté.
    « Je ne sais pas ce que j’ai fait de ma journée » devient un leitmotiv.
    Ce zapping révèle une relation bizarre au temps. Il n’y a pas si longtemps, nous étions allongés dans l’herbe pendant des heures, en attendant qu’une antilope se pointe. Aujourd’hui, nos mes sont des totons virevoltants qui n’ont même pas d’axe central, tout au plus une énergie centrifuge. Bref, nous avons été pourris gâtés, et cela cause des dommages irréparables au cerveau. C’est vous dire que l’enseignement à la mode linéaire, du genre « je parle pendant 3 heures face à un public qui n’a jamais connu un monde sans télécommande », tient de la fosse aux lions, ou de l’expérience surannée.
    Mais la tendance que je remarque depuis quelque temps tient à la sous-traitance des problèmes. La méthode universitaire, au temps où j’étais beau, consistait à se poser correctement la question, puis à lire tout ce qu’on trouvait sur le sujet, puis à bâtir un plan, puis à relire tout, puis à commencer à rédiger. Aujourd’hui, ce sont les forums de discussion ou les messages mails qui héritent de nos questions, et plus la question est simple, moins nous y consacrons du temps personnel. Quelques exemples des dernières années :

    1. Par mail
    • Bonjour, j’ai vu que vous aviez écrit un article sur « La displasie des métamorphes », j’ai un mémoire de maîtrise à rédiger et j’ai choisi le sujet sur « La displasie des métamorphes », aussi pourriez-vous m’envoyer toute votre bibliographie (voire, idéalement, le fichier de votre article) ?
    • Bonjour, auriez-vous des références sur l’agriculture sumérienne ? (et moi d’aller chercher sur Google et de répondre)
  • Dans les forums de discussion
    • Bonjour, comment fait-on pour installer le logiciel ?
    • Bonjour, comment fait-on pour imprimer ?

    Tous ces demandeurs ont d’autant plus raison qu’il se trouve toujours une bonne me pour les renseigner (après tout, rien ne coûte si peu cher que le temps des autres). Sauf dans certains cas, où la réponse oscille entre « je vous signale que c’est indiqué dans la FAQ » et « FAQ, bordel ! ».
    Les anglo-saxons ont une formule poétique : RTFM pour Read The Fucking Manual (traduction presque littérale : « Je me permets courtoisement de vous renvoyer à la documentation, qui, si vous prenez la peine de la consulter avant de poser vos questions ineptes, saura vous affranchir de votre ignorance crasse »).

    Voyez comme je suis d’une autre génération : je n’arrive toujours pas à rédiger des billets, ce sont plutôt des romans.
    (ce blog est de toute façon expérimental, à durée de vie non définie, mais pas infinie).

    Et comme je viens de finir Les choses de la vie, voilà la citation appropriée, et son commentaire :

    L’idée d’une longue convalescence me séduit par certains côtés. Je pourrais enfin relire Proust ou Guerre et Paix, ou un autre chef-d’oeuvre post-opératoire.
    Paul Guimard, Les choses de la vie, Folio n° 315, p. 94.

    Ainsi, dès la fin des années 60, les longs romans sont diagnostiqués comme n’étant plus lisibles qu’en état de convalescence, le reste du temps étant dévolu aux histoires courtes, aux articles de journaux, ou aux blogs…

    Le gratuit et le payant : les prix, les coûts et la valeur

    Je suis abonné depuis plusieurs mois au Standblog, de Tristan Nitot, et dans la ligne de ce que dit cet auteur sympathique, j’ai quelques réflexions sur le gratuit et le payant (je rédige en parallèle un billet sur le neuf, l’occasion, et le jetable, et j’en ai un autre en tête sur les licences).

    Premier constat : le web est le vecteur du gratuit

    Certes, les shareware (partagiciel) ou freeware (gratuiciel) existaient auparavant, mais le réseau a amplifié leur diffusion, en parallèle d’autres actifs : des images, contenus, applets, icones, etc. C’est bien simple, si une image nous plaît, hop clic droit enregistrer sous, un texte, hop Sélectionner tout, copier. Cet esprit libertaire du début a son charme, et je pense qu’il démultiplie les motivations. Soyons franc : si je rédige sous Dotclear, c’est parce que c’est une référence en matière de blog, et qu’il est gratuit. Cela ne m’empêchera pas de leur faire un don, mais je suis persuadé que si Dotclear avait été payant dans un emballage sous cellophane, oncques l’aurais-je acheté.

    Corollaire : l’internaute de base (dans lequel je m’inclus, car j’aime la chaude ambiance virile des groupes) va piocher de ci de là, butiner, copier-coller, et les frontières du droit et de la propriété personnelle vont s’estomper dans son esprit.
    Après tout, de gratuit à libre, il n’y a qu’un pas, que les anglo-saxons ont franchi allègrement quand ils ont bricolé leur idiome, puisque free (gratuit) se dit comme free (libre) alors que c’est pas du tout la même chose. Mettre un actif en libre accès ne signifie pas que j’abandonne mes droits (copyright) dessus. Prenons le cas du gratuit pour l’instant, nous traiterons du libre (c-à-d des licences) plus tard.

    Deuxième constat : il y a une différence entre le prix, le coût et la valeur
    Une ressource mise à disposition gratuitement a nécessité un développement coûteux, ne serait-ce qu’en temps. Tout ceux qui ont développé un site web, un programme, ou un logo, savent de quoi je parle. Et comme le dit Sénèque à propos du temps,

    Les hommes jouent avec le bien le plus précieux d’entre tous ; mais ils ne s’en rendent pas compte parce qu’il s’agit d’un bien immatériel, parce qu’ils ne l’ont pas sous les yeux et de ce fait, il est estimé à un prix très bas, je dirais même à un prix pratiquement nul.
    Sénèque, De la brièveté de la vie, Ch. VIII, Par. 1.

    Ergo, un actif gratuit peut avoir été coûteux pour son producteur, et détenir une valeur. Mais l’on constate une multiplication d’à peu près, voire de contre-sens :

    • pour la majorité des internautes butineurs, gratuit signifie sans valeur, voire sans coût.
    • Pour beaucoup d’entrepreneurs, le Graal se résume à « Si tu veux devenir riche, mets quelque chose de gratuit en ligne, et si tu as du succès, tu te feras racheter ».

    Conclusion provisoire :

    • C’est d’Internet qu’est partie la crise, avec les programmes d’échanges de fichiers qui ont developpé le piratage. Dans cette faille juridique, et ce flou psychologique, se trouvait un point de droit que l’Etat n’a pas comblé, à mon avis. De la même manière que l’on a vu éclore des mouvements citoyens dans tous domaines où l’influence de l’Etat était jugée insuffisante (les restos du coeur ont vingt ans), les internautes se sont attaqués au domaine du droit, en bâtissant une solution alternative : multiplier les types de licenses, pour bien dissocier des choses telles que la paternité de l’oeuvre, le droit à la copier librement, le droit de la modifier librement (je prends ici les grands principes des licences creative commons).
    • En effet, au système du droit répressif, se substitue un système collaboratif, qui n’est plus régi par des brevets déposés au nom de chacun, mais des mises en commun de compétences pour bâtir des produits encore meilleurs, qui soient la propriété de tous. Cette mise en commun, qui fait la force des systèmes d’exploitation ouverts comme Linux, ou des logiciels libres comme Openoffice, repose avant tout sur une démarche collective. Mark Shuttleworth, le fondateur de Ubuntu Linux exprime régulièrement cela en termes d’éducation : donner à tous un accès à un système d’exploitation et des programmes librement modifiables. De même, malgré des crises, l’objectif de Wikipedia est de créer une « encyclopédie libre, gratuite et multilingue ».
    • La question sera d’appréhender les conséquences économiques de tels développements. Le marché du gratuit est-il un marché ? (Je pense que oui). Le gratuit est-il viable économique ? (Je pense que oui). Comment intégrer les apports du marché du gratuit ? A mon sens, en raisonnant de plus en plus en termes de capital humain, c’est-à-dire d’éducation, et de coûts / gains dérivés, ce qui est difficile : comment évaluer le coût total d’un actif comme la somme de son prix de vente, des obligations auxquelles ils nous contraint, de son impact futur sur l’environnement et sur la société, etc. Tristan Nitot traite déjà d’un aspect du problème, en expliquant que le bas prix des produits fabriqués en Chine que nous retrouvons chez nous est notamment dû aux faibles coûts du transport, ce qu’une hausse inconsidérée des prix du pétrole pourrait remettre en cause. Il en profite pour parler de l’environnement, un coût caché récurrent (billet à venir).

    Chr.

    Mes contributions passent sous licence Touchatougiciel (anythingware)

    (Billet rédigé le 20 janvier sur ma version alpha de blog sous blogspot, puis migré ici)
    Depuis 1995, je contribue à Internet, en mettant en ligne des textes (lexique), données, feuilles de tableur, des cas ou exercices, graphiques, etc. Le credo, à l’époque, était : Internet vous permet de récupérer gratuitement des données/produits que les autres ont mis en ligne, aussi, si vous récupérez quoi que ce soit, vous avez le devoir moral de poster aussi des choses utiles aux autres. (ce qui est souvent évoqué, dans d’autres contextes, par don’t be a leecher, ne soyez pas une sangsue / un parasite). C’est ce qui m’a conduit, dès 2000, à poster des supports de cours, des
    graphiques et des feuilles de tableur concernant la finance : je voulais participer à cet effort de partage des connaissances (une sorte de Wikipedia avant l’heure). Le problème est de fixer la license sous laquelle mes contributions peuvent être utilisées. Jusqu’à plus ample informé, je suis partisan de conserver le copyright, et de mettre mes contributions en utilisation libre. Mais certains utilisateurs satisfaits m’ont contacté pour savoir s’ils pouvaient me faire un don / m’encourager. Or, dans le milieu des développeurs informatiques (c’est une analogie, je me considère peu comme un développeur), il existe différents systèmes :

    • le gratuiciel (freeware), programme qu’on peut utiliser sans rien donner à l’auteur ;
    • le partagiciel (shareware), programme que l’on peut utiliser pendant un temps limité, ou avec des fonctionnalités limitées, avant de décider de payer l’auteur. Quand on paie l’auteur (i.e. quand on achète le logiciel), celui-ci envoie une clé pour « débloquer » le logiciel. C’est le principe « essayez d’abord, et si vous êtes satisfait, payez-moi après » ;
    • le x-giciel (x-ware), programme qui utilise un autre mode de rémunération comme par exemple le cardware (si on est satisfait, envoyer une carte postale à l’auteur du logiciel), le beerware (si on est satisfait, envoyer une bière à l’auteur du logiciel – pourquoi pas une bière opensource 😉 ), etc. La liste des x-ware est infinie, car elle a pour seule limite l’imagination du demandeur (une liste de référence peut-être trouvée ). Notez que la plupart du temps, le x-ware permet d’utiliser le logiciel gratuitement (pas de blocage ou de limitation des fonctionnalités).
    • le touchatougiciel (anythingware), terme que je forge pour l’occasion : si vous êtes satisfait(e) d’une de mes contributions, envoyez-moi ce que vous voulez : un petit mot, une carte postale, une bière, un jambon cru, une pensée, un chèque, un livre, une clé usb, un cheveu, un pot de miel, une bouteille de Mercurey, une photo, etc. Rappelez-vous néanmoins : le but est de me faire plaisir, avant de vous faire plaisir. Donc n’envoyez pas de petit chat, de petit chien, de petit putois, et en cas de doute, consultez-moi.

    Voilà, mes contributions (soyons clair : celles qui sont téléchargeables depuis un de mes sites, la racine étant à www.thibierge.net) sont désormais sous license touchatougiciel / anythingware. Si jamais je reçois quelque chose, je mettrai peut-être en ligne une liste de souhaits (certains le font sur le site d’Amazon…)