Category Archives: Romano

Magnolia Express – 2ème partie – # 31

Tu étais là
 
Je sortis de la librairie vers sept heures du soir. Je fermai le rideau métallique de devant, rangeai quelques bricoles, passai dans l’arrière-boutique et débouchai dans la ruelle derrière. J’aimais bien cette ruelle le soir, juste une petite issue entre deux maisons, j’aimais bien ma petite porte de derrière par laquelle je pouvais sortir sans éveiller l’attention de l’Ennemi. Avant de fermer la petite porte, je respirai l’odeur de la nuit tombée, jetai un coup d’œil vers le bout de la ruelle. Etait-ce un soir de calme bleuté, toute chose étant en harmonie ? Les éclairs allaient-ils déchirer la nuit et les cœurs ? Je pensais à ce petit chat qui était déjà venu deux fois, qui cherchait un livre, son livre, j’aurais voulu pouvoir l’aider mais pour une fois, je me sentais étrangement vide, impuissant.
 
Je restai ainsi à ruminer devant ma petite porte fermée, un petit vent s’engouffra dans la ruelle et fit flotter les pans de mon manteau, large manteau dissimulatoire. Le vent soufflait plus fort, je me drapai dans ce manteau flottant, ramenai un des pans sur mon visage. Métamorphose : d’obscur libraire perdu au sein de la nuit et de son impuissance, je devenais le Héros Masqué, et le souffle qui me portait était le Vent de l’Histoire. Quoi, y avait-il des injustices, des carnivores par delà le monde ? Le Héros Masqué était là pour faire régner le bon droit, et sa mission salvatrice l’emportait comme un surf sur les vagues de l’audace …

Ainsi drapé, superbe et solitaire, je me mis à courir comme un félin vers le bout de la ruelle, prenant mon élan pour m’envoler et accomplir mon devoir nocturne. Je sentais mon Manteau Dissimulatoire flotter comme une cape, j’étendis les bras et débouchai sur le trottoir éclairé, jaillissant de la ruelle sombre comme un éclair doré. Je virai sec à gauche pour rejoindre mon engin spatial, le Libelluloplane.

Aline était là, devant la librairie, elle tourna la tête vers moi qui surgissais des profondeurs de ma métamorphose.

Je décélérai,
les pans de mon manteau anodin flottaient,
je revins doucement au pas,
mis les mains dans mes poches
et avançai encore,
finissant sur mon élan.
 
– Belle nuit, n’est-ce pas ? dis-je d’un ton dégagé.

Fin de la deuxième partie

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Le roman, dans l’ordre, est
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Magnolia Express – 2ème partie – # 30

Pas de mots pour ça
 
Plongeon, étincellement de bulles qui remontent crever la surface, Conrad à ma droite, qui a gardé sa casquette (« Plutôt mourir ! » a-t-il grincé quand le moniteur lui a demandé de l’enlever avant de plonger), Aline un peu plus loin dans l’eau bleue, Eileen à ses côtés. Le moniteur nous précède en palmant régulièrement vers le fond, une dizaine de mètres plus bas. Descente ondoyante, ascenseur liquide, palmitude des profondeurs, je touche le fond sablonneux à côté du moniteur. Il me regarde, regarde autour de lui nerveusement, guettant un Saumon ou un Monstre.
Peine perdue, vieux, il faut avoir la Foi.
 
Aline et Eileen se sont assises sur le fond, un peu plus loin, elles s’allongent et hop, les bras étendus le long du corps elles ferment les yeux. Je vois Conrad qui les regarde aussi, qui se tourne vers moi en grimaçant, derrière son masque on dirait un mérou enfermé par erreur dans un bocal à poissons rouges. Je m’assieds en tailleur sur le sable, ça n’est pas facile avec des palmes, Conrad prend un air de cocker mouillé, et puis il s’assied, s’allonge, et regarde la surface, là-haut, à une vingtaine de mètres. Peu à peu, je le sens, je le sais, il se détend, il regarde les jeux de lumière à la surface, les bulles minuscules qui flottent autour de nous. Il étend les bras derrière sa tête, il fumerait bien une pipe sous-marine, dans ce bar bleuté, à s’écouter respirer. Il ferme les yeux.
Des quatre, je suis le seul qui n’aie pas dormi. Je me suis allongé, j’ai regardé les rayons du soleil qui jouaient avec l’eau, les poissons curieux qui venaient nous regarder, le moniteur montait la garde, à l’affût de Révélations, tandis que nous glissions sous une banquise dorée, environnés de narvals et de baleines blanches.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 29

Big Salmon Inc. (2)
 
– Quelle histoire de saumon ?
– Ben votre copain dit que vous voulez aller retrouver un Grand Saumon en dormant au fond des lacs …
– Il vous a dit ça ? répondis-je, puis j’ajoutai d’un ton perfide : Et vous l’avez cru ?
– Ben vous savez, on voit tellement de choses … Mais alors, c’est pour quoi ?
– Eh bien voilà …
 
Et tout en parlant, je faisais de grands gestes pour qu’il comprenne mieux. Je montrai la jetée, les eaux si calmes du lac, il me regardait l’air effaré. Je lui montrai alors les montagnes environnantes, là c’était sûr, plus jamais il ne les verrait du même œil.
 
– Alors, il aurait quitté le Loch Ness pour venir ici ? Et la montagne est un gruyère tellement il a creusé de grottes ?
 
Je hochai la tête d’un air sérieux, c’était bien ça, il avait tout compris.
 
– Mais pourquoi avoir voulu changer ? (devant son air dubitatif, je haussai les épaules en faisant une moue) … et comment aurait-il fait pour venir ici ?
– C’est ce que nous allons tenter d’élucider, répondis-je d’un ton grave, en fronçant les sourcils pour bien montrer que ça n’était pas de la rigolade.
– … et pourquoi dormir au fond du lac ? Vous n’avez pas des sonoscopes, des instruments de mesure osmotique pour le repérer ?

Je pris un air de commisération du genre Des-sonoscopes-non-mais-mon-pauvre-monsieur-pourquoi-pas-des-presse-purée, puis je dis « Je ne peux pas trahir le secret (air grave), j’en ai déjà trop dit ».
Et tu es arrivé à ce moment, solaire, bouillonnant, et tu as tapé sur l’épaule du moniteur :

– Renversant, hein ?!

Il s’éloigna en bougonnant : « Mais pourquoi que je leur pose des questions, hein ? Pourquoi je reste pas peinard à peigner la girafe, hein, bon sang d’ablette ! »

Il est allé vers Conrad, mais il l’a prévenu dès le départ :

– Dormir au fond d’un lac ? Ouais, c’est courant par ici, j’ai déjà vu ça, faut pas croire…

Conrad l’a regardé, a arrêté de mâchonner son bout de bois :

– ça arrive souvent, vous dites ?
– Ouais ouais, vous êtes pas les premiers, c’est sûr.
– Tous piqués, a grommelé Conrad en bouclant son harnais.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 28

Big Salmon Inc. (1)
 
– Qu’est-ce que c’est que ce truc, me demanda le moniteur en ajustant mon harnais, de vouloir aller dormir au fond d’un lac ? C’est une nouvelle secte, une mode pour rajeunir ?

Je le regardai avant de répondre, il avait des cheveux gris ébouriffés, des yeux clairs, un visage tanné et ridé par le soleil.

– Nous allons à la recherche du Grand Saumon, celui qui s’est endormi au fond d’un lac quand la Terre était jeune.
– Han han, a-t-il fait, pas vraiment convaincu.
– Vous comprenez, le Grand Saumon, on ne le retrouve pas quand on ouvre une boite de conserve de la Civilisation (et en disant ce mot, je montrai l’ouest en prenant un air tragique), même si c’est une boite de saumon extra-fin…

Il s’éloigna en hochant la tête, pour aller vérifier le harnachement d’Aline. Je l’entendis qui renouvelait sa question à Tiny Aline.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 27

Vénus
 
On a passé le temps à sucer des brins d’herbe dans le soleil, sur la berge à côté de la jetée. Il n’y avait quasiment personne, il était encore tôt et on voyait juste quelques pêcheurs, assis sur leurs pliants, surveiller leurs lignes avec un sérieux ecclésiastique. Conrad consultait fréquemment sa montre, se levait, allait vers son taxi, rebroussait chemin, se rasseyait en bougonnant, Aline restait bien tranquille contre mon épaule. Grand calme intérieur.
Une heure s’est écoulée et Conrad avait mâchonné douze petits bouts de bois, il avait fini par enfoncer sa casquette sur les yeux et ne voulait plus rien voir, à ressasser des pensées noires comme un seau rempli d’anguilles.

– Conrad ?
– Mmgrrff ?!
– Ils font surface…

Il a soulevé sa casquette, a regardé les deux petites têtes dans l’eau là-bas au bout de la jetée, nous étions déjà debout mais il restait assis là, les yeux étrécis, les bras passés autour de ses genoux.

– Allez, vieil homme, elle a besoin de ton aide…

Il s’est levé comme un grizzly neigeux, a commencé à marcher vers la jetée.

– Hey Conrad, attends-nous !
– Dépêche fiston, dit-il en riant et en accélérant, elle a besoin de nous.

Quand nous sommes arrivés au bout de la jetée, Conrad l’aidait à se débarrasser du harnais et des bouteilles, il ne disait rien mais souriait d’une oreille à l’autre et portait son harnais, ses bouteilles, ses palmes, son tuba, il avait passé son masque autour du cou et avait jeté la ceinture de plombs sur son épaule, tout ça dégoulinait, on aurait dit un mercenaire aquatique de retour de mission.

– Alors, Eileen ?

Elle nous regarda tous les trois un moment, secoua la tête, son regard était lumineux comme si elle était passée à travers une cascade, ou si elle avait caressé le museau d’une louve en liberté. Elle passa son bras autour de la taille de Conrad : « Pas de mots pour ça ».

Aline se tourna vers moi, le regard interrogateur, je dis « Si tu veux » puis me tournai vers Conrad. Il me regardait, il était toujours jubilant, mais il a compris doucement et le sourire s’est effacé de sa figure comme le vent efface les traces dans la poussière.

– Ah non, a-t-il fait, certainement pas, c’est hors de question !
– Ben quoi ? a dit Eileen.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 26

Gros Bêta
 
Nous étions sur la jetée, Eileen s’est tournée vers moi, toute harnachée des pieds à la tête avec des bouteilles d’oxygène, des palmes aux pieds, des tubes partout et une espèce de harnais gonflable autour du buste. Elle a cligné de l’œil derrière son masque, a fait OK avec les doigts, puis HOP elle a sauté à l’eau pour rejoindre le moniteur. L’eau bleue moussait de bulles et d’écume blanche, puis le nuage s’est dissipé, Eileen et le moniteur se sont préparés et ont basculé vers le fond bleuté. Bientôt la surface a repris son teint de jeune fille, nous étions penchés sur la rambarde, à regarder silencieusement nos reflets dans l’eau.
 
Conrad s’est tourné vers moi en grimaçant : « Bon sang mais quelle idée ! Tu as déjà voulu faire ça, toi, dormir au fond d’un lac ? Est-ce que ça rime à quelque chose ?! ». Je ne savais pas très bien , c’est vrai que quand elle nous avait dit ça, on s’était regardés entre nous en se demandant ce qu’il fallait en penser. Eileen nous a dit qu’elle en rêvait depuis longtemps, que dormir tout au fond d’un lac, ça devait être reposant, et calme surtout, si calme, elle voulait le faire.

On aurait pu en rire, mais elle nous regardait sérieusement et Aline a dit qu’elle comprenait. Alors bon, si Aline comprend, il n’y a plus de questions à se poser. En tout cas, je le dis au risque de perdre mon indépendance intellectuelle chèrement acquise au fil des années, pour moi il n’y avait plus de questions à se poser. Mais pour Conrad, bernique ! Lui il ne comprenait pas, et qu’Aline lui dise ça, ça ne lui faisait ni chaud ni froid : il n’en voyait pas l’intérêt et on sentait qu’il était inquiet, peut-être qu’il imaginait que le fond d’un lac est toujours rempli de pieuvres d’eau douce et autres aquamonstres lacustres. Il n’avait jamais autant parlé et il faisait NON avec sa tête mais Eileen répondait avec un OUI têtu, avec un air un peu boudeur (et pourtant Eileen, habituellement elle n’était pas difficile, pas embêtante pour deux sous), et au bout d’un moment Conrad s’est tu. Puis il a fait un effort pour sourire et il est allé voir le moniteur de plongée, a passé un bras autour de ses épaules et lui a expliqué calmement qu’il lui couperait le nez si jamais il arrivait quelque chose à Eileen, le moniteur acquiesçait un peu nerveusement et il essayait de s’échapper mais Conrad faisait peser son bras un peu plus lourd tout en faisant semblant de rien, à lui expliquer qu’il tenait à Eileen et qu’on peut toujours vivre avec un nez coupé mais que c’est moins drôle en général. Quand il est revenu vers nous en grommelant, Eileen l’a pris par la taille en riant et en disant Gros Bêta.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 25

Lac
 
Conrad a garé le taxi sur la berge et nous avons remonté la jetée, une jetée de bois blanchie par le soleil avec une vieille rambarde noueuse pour empêcher les otaries de grimper sur les planches. Conrad et Eileen se sont arrêtés devant, quand nous les avons rejoints il lui parlait tandis qu’elle regardait l’étendue d’eau avec une main en visière.
On entendait Conrad qui disait :
– … et tu comprends, c’est à ce moment seulement que tu verses les poivrons émincés, évidemment il y a toujours des impies qui mettent tout en vrac au départ, et après on s’étonne du manque d’amour dans les familles, non, ce qu’il faut, c’est procéder avec énormément de précautions et de tendresse…
 
Eileen regardait l’étendue d’eau tout en se protégeant les yeux avec sa main en visière.

– Hey, tu m’écoutes ? C’est quand même important, non ?

Elle restait appuyée à la rambarde, les yeux fixés sur le lac, puis elle nous a regardés, a souri bizarrement, et elle a dit :

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Magnolia Express – 2ème partie – # 24

Tribunal de lapins
 
Quelques heures après, nous étions toujours au même endroit, nous avions fini de manger, le dos appuyé contre les rochers tièdes, et nous profitions du champ de bruyère et de serpolet et de la forêt qui nous entourait. Eileen et Conrad regardaient fixement un endroit depuis quelque temps, j’ai touché silencieusement le coude d’Aline.
Deux lapins étaient venus vers les rochers en se cachant, ils devaient se demander si nous faisions partie de la race des Dangereux ou des Inoffensifs. Ils devaient aussi se croire bien cachés, derrière leur rocher à une vingtaine de mètres de nous, se dire avec fierté :

– Tu as vu, Moses, ils n’ont rien vu ! Nous sommes très forts …
– C’est normal, Lincoln, nous sommes discrets. Et bien cachés.
 
Mais voilà, tout discrets qu’ils étaient, ils avaient oublié leurs oreilles longues et neigeuses, et on en voyait de temps en temps une paire qui se levait au-dessus du rocher quand un oiseau chantait, et puis l’autre paire d’oreilles se pointait, elles se tournaient brusquement d’un côté quand on entendait une branche craquer, puis l’une se retournait vers l’autre et les deux lapins recommençaient à discuter.
 
– Alors Moses, comment juger de leur inoffensivité ?
– Il y en a un qui a l’air d’un ours avec un pyjama à carreaux. Un ours qui se prépare à hiberner, ça n’est pas dangereux, dit Moses.
– Mais les trois autres ?
– Eh bien, il y en a une qui secouait sa crinière en riant, or les chevaux, fussent-ils sauvages, ne nous font jamais de mal. Ils nous poussent un peu avec leurs naseaux et soufflent un air tiède, et en hiver ça fait du bien. Donc en voilà une qui est inoffensive.
– Ah.
– Oui. Il en reste donc deux.
– Le petit chat n’a pas l’air dangereux : elle a les yeux dorés, et puis regarde-la s’étirer en plein soleil.
 
Aline me sourit, elle avait passé l’examen. Ne restait plus que moi.
 
– Il en reste donc un …
– Ami des renards …
– Donc fourbe et cruel …
– Animé de mauvaises intentions à notre endroit …
– Lui, quand il regarde un lapin, il voit un civet …
 
Eileen s’agitait un peu, me jetait des regards en coin.
 
– En plus, il n’a pas l’air très malin, a dit Lincoln.
– Oh non, ho ho ho, moins malin qu’un lapin, ça c’est sûr, a répondu Moses.
 
Alors Eileen s’est levée, a mis ses poings sur ses hanches, et a grondé :
 
– Hey, les deux mangeurs d’herbe, montrez-vous un peu !
 
On a vu deux paires d’oreilles pointer vers nous avec effarement.
 
– Allez, venez présenter vos excuses !
 
Silence dans le camp lapin.
 
– Montrez-vous, ou je viens vous chercher à coups de sabots !
 
Alors on a vu un nez de lapin pointer d’un côté du rocher, à nous regarder piteusement. C’était Moses. Et puis Lincoln est apparu de l’autre côté, avec un air si effaré que j’ai ri tout seul, à voir ses oreilles pendantes et ses yeux écarquillés. Eileen a vu que je riais de leur déconfiture, alors elle a grommelé :
 
– Allez, c’est bon pour une fois, vous pouvez circuler…

Et ils se sont enfuis dans les hautes herbes, dépités, le bout de leur petite queue blanche a disparu dans la bruyère. Et nous, nous sommes repartis dans les hautes herbes, allégés, les pans de nos chemises flottant dans le soleil, nous avons repris le taxi surchauffé.
La route a commencé à descendre doucement, on voyait un lac au loin.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 23

Repos
 
Le taxi a grimpé le long d’une route en lacets, peu à peu la forêt s’est développée jusqu’à ce qu’il y ait un rideau d’arbres de chaque côté, Conrad conduisait en faisant Pom Pom Popom, on avait ouvert toutes les vitres et Eileen avait son bras sur la portière. On s’est arrêtés un peu avant le sommet, il y avait un petit chemin de terre sur la droite et on voyait plus loin une clairière et des champs. On s’est installés dans l’herbe à côté de rochers grisonnants, le champ descendait en pente douce vers la forêt plus bas. Eileen a posé sa tête sur une cuisse de Conrad et s’est endormie, et lui essayait de ne pas bouger, clignant des yeux dans le soleil, environné d’insectes vrombissants de chaleur.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 22

Stuffy beans
 
Vers l’aube, Eileen prit une route latérale et le taxi alla s’arrêter en chuintant en face d’une auberge illuminée. Elle se tourna vers nous, vers Aline qui émergeait et ouvrait de grands yeux, et dit « C’est le meilleur Stuffy Beans de toute la région, je vous l’offre ». Et tandis qu’elle descendait, qu’Aline me quittait, ouvrait la porte et allait rejoindre Eileen qui était déjà partie vers l’entrée de l’auberge, Conrad se retourna vers moi, me fixa. Je lui souris : « Ça n’est pas moi qui lui ai dit que le Stuffy Beans était ton plat préféré. Ni Aline. Et puis après tout, elle a aussi le droit d’aimer le blues et les Stuffy Beans… ».
Il hocha la tête, le regard fixé loin derrière moi, puis soupira et grommela pour la forme : « Le meilleur Stuffy Beans ! Qu’eski faut pas entendre ! »

Stuffy beans : arg. cuis. Sorte de plat intermédiaire, dont la recette varie avec la latitude et l’heure. Si l’on s’en tient à la froideur des faits, le Stuffy Beans est un plat de haricots blancs ou rouges (cuits au beurre), dans lequel siègent avec grâce des tranches épaisses de jambon, lui-même doré-sauté-grillé à la poêle. Certains esprits pointilleux ont cherché à décortiquer, décomposer, analyser le principe du Stuffy Beans, ils ont cru cerner ce plat avec des livres et des citations, mais ça n’est pas la bonne approche. Le Stuffy Beans, ce sont simplement des haricots et du jambon d’un côté, et un affamé de l’autre.
(extrait de L’art du mijotage, par Horace Diantredesdeux).

On s’est attablés dans la lumière, on a commandé quatre Stuffy Beans avec du café, Conrad a poivré ses haricots pendant qu’Eileen versait du Tabasco dans les siens, ça sentait bon le jambon doré.
Quand on est sortis de l’auberge-relais-routier, Conrad a passé son bras autour des épaules d’Aline et ils sont repartis vers le taxi, je restai sur le seuil à les regarder, à regarder les nuages blancs dans le petit matin. Méditation. Puis Eileen sortit de l’auberge et vint vers moi. Bon. Elle me regarda, piétina un peu, puis me dit : « Vraiment, ça ne vous gêne pas que je sois là ? »
Elle semblait avoir un problème. Dans ces cas-là, il faut rassurer, prouver que Rien N’est Problème Si l’On a La Foi. Alors je soulèvai un sourcil étonné. « Non », dis-je, « pourquoi ? »
(Dans la discussion, c’est toujours le premier qui dit pourquoi qui a l’avantage, après on n’a plus qu’à se laisser glisser. C’est à ce genre de choses que je dois d’être encore en vie, sémillant et véloce comme au premier jour).

– Ben, vous étiez trois, et maintenant on est quatre…
– Mmmm… , fis-je.

Je pris un air songeur. Quand quelqu’un se pose un problème comme ça, il ne faut pas tout de suite le prendre à la légère, il faut communier avec lui, montrer qu’on pèse le pour et le contre de nos petites misères. Nous sommes tous humains après tout.
Enfin, je crois.
Je pris donc l’air sérieux, bien qu’intérieurement mon âme flottât telle une bulle de savon colorée. Et je dis :

– Oui, évidemment, c’est un problème.

Eileen eut l’air un peu rassurée : son problème était devenu notre problème.

– En effet, dis-je, avant, on partageait nos rations de voyage en trois (j’aime bien parler de rations de voyage, ça fait Organisé). Maintenant, que faire ?

– On pourrait peut-être les partager en quatre ? suggèra-t-elle, tout en se demandant si je me payais sa fiole.

– C’est ça ! dis-je, C’est l’idée ! Voilà, tout est réglé ! Heureux d’avoir résolu ton problème ! Et …

Et je la laissai là, c’était pas tout ça, il fallait que j’aille voir Aline pour refaire mon électrolyse interne.

– De quoi parliez-vous ? me demanda Alinette.
– Boff, de logistique nourricière, tu sais ce que c’est, l’intendance quoi.

Je regardai là-bas Eileen qui me regardait, les pieds plantés dans les touffes d’herbe desséchée. Et puis elle secoua la tête et vint nous rejoindre en souriant.

– Bienvenue à bord, dis-je.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 21

Etape de nuit
 
Eileen avait allumé un petit cigare brun et je la voyais, depuis la banquette arrière, une petite lueur orange illuminait son visage régulièrement. Devant moi, je ne voyais que la nuque de Conrad, mais c’était comme si j’avais vu son visage, une nuque c’est très expressif, surtout quand c’est la nuque d’un plantigrade itinérant. Eileen conduisait en douceur, on avait quitté la ville et elle n’hésitait pas à pousser la vitesse, on aurait dit qu’elle était guidée par la lueur des phares devant nous, qu’elle cherchait à les rattraper.
De la nuque de Conrad, si expressive, que pouvait-on dire ? Ouragan sur les rizières, tourment des âmes, l’œil ne voit que l’essentiel. Eileen brancha la radio, tourna le bouton à la recherche d’une station audible, et s’arrêta sur une intro à la guitare : Everything’s gonna be alright, un des blues préférés du vieux Conrad. Habituellement, quand il entendait ce morceau, il souriait, on avait l’impression qu’il était ailleurs, et il se mettait à accompagner le morceau d’une voix de basse profonde, les yeux au loin. Y avait pas à dire, elle savait y faire. Je vis la nuque se détendre, il tendit le bras, attrapa doucement le petit cigare au coin de la lèvre d’Eileen, en tira une ou deux bouffées songeuses, puis lui rendit, sa grosse patte avait la délicatesse d’un papillon qui ne veut pas réveiller les fleurs. Il étendit les bras, les mit derrière sa tête, je l’entendis rire un peu, pour rien, comme ça, il devait se dire « Bon sang, bon sang de bois » en rigolant, puis il dit « Ah, bah ! » et tout fut dit, tout fut réglé pour lui.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 20

Wells Fargo Inc.
 
Quand nous sommes arrivés au taxi, il y a eu un moment de flottement, flottement de la chemise d’Eileen dans le vent, flottement de sa crinière dans la nuit sombre, elle était l’étendard de notre indécision.
 
– Passe-moi les clés, je vais te relayer, a-t-elle dit à Conrad.
 
Il y a eu un petit moment de silence, c’était compréhensible, je n’avais jamais vu personne avoir le droit de conduire le taxi de Conrad, il était comme ces conducteurs de diligence qui fouettent et jurent et conduisent leur attelage dans les plaines désolées de l’Ouest en sacrant comme des beaux diables, mais qui jamais jamais ne laisseraient leur fouet à un pied tendre, une corne verte, ils sont nés sur la route, ont été bercés sur les cahots des chemins poussiéreux et c’est leur Mission à eux que de maintenir un lien entre les Hommes perdus à l’horizon.
Conrad s’est tourné à demi vers Eileen, elle le regardait en tendant la main, il n’avait qu’un effort à faire. Il mâchonnait son tuyau de pipe, regardait Eileen, se passait la patte dans les cheveux, marmonnait. On a entendu des grommellements du genre « Mmmfffboite de vitesses… pas facile… liquide de refroidissemfff… d’mande du doigté… Mmmf … doigté… » et puis il a plongé la main dans sa poche de jean, a tendu les clés qui brillaient dans la nuit bleue. Passation de commandement.
Conrad s’est juché sur le siège du passager, Aline et moi étions à l’arrière, curieux de voir ce qui allait se passer. Eileen est montée sur le siège du conducteur, a desserré les freins, a fouetté l’attelage en criant « Hoahey, Giddyap ! », Conrad a ouvert la bouche, aucun son n’est sorti, il l’a refermée avec un air renfrogné. La diligence a pris de la vitesse dans la rue principale, s’est arrêtée au bar-étable où Eileen a récupéré son sac de voyage, et puis les chevaux sont partis au galop sur la piste poudreuse, balisée par les cactus chandeliers, pour notre étape de nuit.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 19

Rêve nocturne au milieu de l’été
 
Nous sommes sortis de l’étable au milieu de la nuit, tous les quatre, Aline était pelotonnée contre moi et Eileen et Conrad se tenaient bras-dessus bras-dessous. Dans le ciel nocturne, une écharpe d’étoiles enveloppait la lune frileuse, on entendait le bruit des peupliers dans le lointain, le vent de la nuit qui soufflait et peignait nos cheveux.
Nous sommes aussi des vers luisants, des gardons qui remontent un torrent de montagne, je dis bien des gardons, pas des saumons, et notre Quête est de celles qui transcendent l’espace, les seules barrières qui puissent nous arrêter sont celles que nous érigeons. A chaque pas que nous faisons vers notre étape, nous distillons une buée de rêve et rien ne peut se comparer à cela, nous sommes des écrivains en trois dimensions et cette nuit bleue est notre page blanche. Les façades des maisons projetaient de grands lacs d’ombre sur le sol, nous passions d’une plaine éclairée par les réverbères à la nuit d’une forêt de maisons, puis débouchions à nouveau dans une vallée de lumières et nos semelles buvaient le pavé. Au bout d’un moment, on a longé une barrière sur la droite, avec un parc derrière, silencieux et glacé sous la nuit, de grandes étendues d’herbe froide, des arbres solitaires et des réverbères blancs éclairant les allées désertes.
– Brrr … a fait Aline.
Eh oui, si Titania devait aujourd’hui se chercher un lit de mousse, une clairière parfumée où elle puisse dormir, irait-elle dans ce parc aseptisé, sur cette pelouse-motel-confort-minimal-garanti ?
Je ne pense pas.
Je ne pense pas.

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Magnolia Express – 2ème partie – # 18

Eileen
 
Elle a dû sentir que je soulevais un chapeau imaginaire, car elle s’est détendue un peu, a souri, j’ai eu l’impression de voir un poulain gambader dans l’herbe verte.
– Laisse, dit Conrad-le-rêveur-fumeur-de-pipe, ce sont les amis dont je t’ai parlé…
Elle m’a reposé sur le tabouret, j’étais content d’être à nouveau assis, elle se pencha par dessus la table, tendit la main à Aline :
– Eileen (air sérieux, regard volontaire).
– Aline (air espiègle, regard-sourire). Ne me l’abîmez pas, il peut encore servir.
Puis elle me tendit la main :
– Eileen. Excuse-moi, il y a tellement de malotrus qui abusent d’une faible femme…
– …
Elle s’assit sur mes genoux et recommença à parler avec Conrad, je regardais Aline d’un air effaré (ce n’est point ma faute), il fallait tout de même reprendre la situation en main…
Eileen demandait à Conrad : « Alors tu ne veux pas m’expliquer pourquoi vous faites le taxi de nuit tous les trois à 300 miles de ton port ? »
Conrad hochait la tête, le regard un peu vague. Et je répondis :
– il ne peut pas le dire, parce qu’il ne le sait pas. De nous trois, il n’y a que moi qui sache.
Eileen me regarda, ça y est, j’existais, je n’étais plus simplement un coussin pour boire de la bière. Conrad me regardait en tirant une ou deux bouffées de sa pipe de maïs. Et Aline me regardait aussi, l’air interrogateur. Les yeux d’Eileen trottèrent de mon visage à celui de Conrad, firent un détour par Aline, revinrent sur moi.
– Alors ?
– Je ne sais pas si je peux te le dire, tu comprends, on ne te connaît pas vraiment…
Je jouais le jeu, il fallait bien qu’elle comprenne l’Enjeu. Elle me regarda en fermant un œil, allait-elle me tire-bouchonner à nouveau le col de chemise, me soulever de ce tabouret reposant, allait-elle me faire subir un interrogatoire troisième degré ? Elle racla du sabot sous la table. Allez, elle avait l’air vivante après tout, je pouvais bien lui en parler, même si je ne savais pas encore ce que j’allais dire. Je respirai et puis :
– Nous sommes des Pèlerins allant vers la Frontière.
C’est notre Mission, c’est notre Vœu. A tous les trois.
Silence.
Et puis Conrad se racla la gorge, réfléchit, et dit « Oui, c’est bien ça, le petit a raison ». Aline ne dit rien mais Aline n’a jamais besoin de parler, c’est sa magie à elle.

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Roman, publié progressivement, sous un contrat Creative Commons. Et aussi sous licence Touchatougiciel.

Le roman, dans l’ordre, est
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Magnolia Express – 2ème partie – # 17

Rendez-vous au paddock
 
Nous sommes sortis, une petite pluie fine tombait dans la nuit, Aline s’est pelotonnée contre moi et nous avons marché le long des réverbères entourés d’un halo brumeux. Au coin de la rue se trouvait le bar où était resté Conrad, quand nous sommes entrés on aurait dit une étable tellement il y avait de vapeur, de chaleur, de lumière chaude et de fumée. Conrad était assis à une table au fond, devant lui il y avait une chope de bière à moitié remplie, et il avait sorti sa pipe de maïs et fumait en rêvant. Sur la table de bois ciré, juste en face de sa chope de bière à moitié remplie se trouvait une autre chope de bière, elle aussi à moitié remplie. Deux petites sœurs, une blonde et une ambrée, qui se tenaient bien sagement l’une en face de l’autre. « Tu as trop bu, tu vois double », ai-je dit à Conrad en m’asseyant en face de lui, tandis qu’Aline se mettait sur la banquette à côté de lui. Il hocha la tête, le regard perdu dans la fumée de sa pipe, à construire des châteaux de fumée dans l’air opaque. Et puis une voix m’interpella par derrière : « Alors p’tit gars, tu profites de mon absence pour siroter ma bière ? »
J’ai vu Aline qui regardait par-dessus mon épaule, les yeux rêveurs de Conrad qui se posaient dans l’espace derrière moi, qui souriaient, hochaient la tête, je me suis retourné. Une chemise à carreaux débraillée sur le pantalon, et une fille brune comme une jument dans la chemise. La fille m’attrape par le col, me soulève de mon tabouret en me regardant avec des yeux de cheval sauvage. Je dis juste « Bonjour Madame ».
Si j’avais un chapeau, je le soulèverais.

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Le roman, dans l’ordre, est
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Magnolia Express – 2ème partie – # 16

Rhapsody in Wood
 
La salle de concert était bien remplie, nous n’étions pas assis l’un à côté de l’autre, les lumières ont baissé et je voyais Aline à quelques rangs devant. Les musiciens commencèrent à jouer une de ces œuvres lentes et pénétrées, tout le monde avait l’air très sérieux, le chef d’orchestre fronçait les sourcils en recherchant le Son Juste, les spectateurs eux-mêmes avaient un air de gravité douloureuse, comme ça arrive en cas de problèmes intestinaux.
Je regardai Aline, Aline se retourna, me regarda, me sourit. Bon. Ça au moins, ça n’était pas perdu, Aline reste toujours Aline. Et puis elle se retourna vers l’orchestre et continua à écouter. Alors je me suis endormi.
 
Quand je me suis réveillé, le combat faisait rage. La grosse caisse envoyait de la mitraille sonore BAOUM BAOUM tandis que les violons cédaient, pliaient puis remontaient à l’assaut en tricotant de leurs archets, les cuivres sonnaient la charge et il n’y avait guère que les bois pour se tenir à peu près tranquilles. Les violons faisaient preuve de beaucoup de vigueur, ils se dépensaient sans compter pour contenir l’ennemi et ses vibrations sonores. Les archets zigzaguaient à toute vitesse, les violons s’inclinaient, une fine poussière de bois, une sciure légère commençait à flotter autour des violons. Mais il fallait bien qu’ils se défendent, les grosses caisses étaient toujours menaçantes, alors ils ont continué à scier, maintenant la sciure commençait à tomber sur le plancher et les violons jouaient toujours. Ça n’était plus un concert, ça devenait une entreprise familiale au Canada, où l’on débite des bûches toute la journée. Un des violons s’est arrêté, a enlevé sa veste de smoking, en dessous il avait une chemise rouge à carreaux, et il a recommencé à jouer tandis que son collègue faisait de même, on voyait qu’ils avaient tous chaud, et bientôt tous les violons étaient en chemises à carreaux, et puis les cuivres se sont mis en bleus de travail, tout en continuant à jouer (il fallait bien entretenir la machine).
Désormais, un nuage de sciure de bois les entourait tous, les hautbois et clarinettes avaient recommencé à jouer sur un ton très doux, comme des chants d’oiseaux qu’on ne verrait pas parce qu’ils sont cachés derrière le feuillage. Les grosses caisses tapaient sur un rythme travailleur, comme des marteaux qui enfoncent des clous, et on y était enfin, au Canada, au milieu d’un scierie familiale, la sciure jonche le plancher et une bonne odeur de bois frais flotte dans l’air. Les bûcherons et les mécaniciens travaillent en rythme, en écoutant les oiseaux qui chantent dehors dans le feuillage, et puis il se mettent tous à chanter ensemble l’Hymne Du Bûcheron Travailleur :

Hi Yo Hi Yo
on débite du bouleau
tout le peuplier
c’est sûr y faut travailler
on travaille en chêne,
y a pas vraiment d’ problème
Hi Yo Hi Yo

Et la baguette du chef d’orchestre est devenue un brin d’herbe,
et comme on ne peut pas diriger des gens avec un brin d’herbe,
il se le met à la bouche,
et les mains dans les poches,
il va faire un tour
parmi les bûcherons et les mécaniciens
qui continuent à chanter
en chœur.

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