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Livre lu : John Steinbeck – Les naufragés de l’autocar

John Steinbeck est un vieil ami. Je n’en pas lu autant que j’ai lu de Giono ou Djian, mais je tiens John Steinbeck pour le plus grand écrivain américain du XXème siècle (oui, devant Richard Brautigan, oui, devant Jack Kerouac).
Le livre que je viens de (re)lire s’appelle Les naufragés de l’autocar, et étant donné que j’ai lu la majorité de mes Steinbeck avant de démarrer ce blog, je profite de cette critique pour faire une taxonomie rapide de l’auteur et de l’oeuvre.
Les naufragés de l’autocar est – je suppose – une oeuvre mineure de Steinbeck, mais ce n’est pas pour autant une oeuvre négligeable, loin de là. C’est amusant, parce que dans ma typologie des oeuvres de Steinbeck, je ne serais pas sûr de pouvoir loger facilement ce livre-là.
Steinbeck est connu pour les Raisins de la colère, que je classerai dans ses romans politiques, avec En un combat douteux. Une variante plus soft sur ce thème en sera Des souris et des hommes, qui est aussi un très beau film de Gary Sinise avec John Malkovich.

Il y a une autre veine, aussi chère à mon coeur, qui est la veine humoristico-tendre de Tortilla flat, Rue de la sardine et Tendre jeudi. S’il prenait la fantaisie à quelqu’un (au hasard parmi nous 😉 ) de croiser En un combat douteux et Tendre jeudi, je pense que toute la personnalité de Steinbeck serait révélée :

  • un étonnant observateur des personnes, mais aussi des paysages et des situations
  • un ardent défenseur de la cause humaine (ça sonne mal, je sais, mais il est tard), on va dire un ardent croyant en l’homme (c’est pas mieux, mais je fais ce que je peux)
  • un vivant ô combien vivant, actif et énergique, brûlant d’un idéal. Les premiers paragraphes de Travels with Charley sont marquants en ce sens : Steinbeck se positionne comme un éternel vagabond (« once a bum, always a bum ») prêt à bondir dès qu’un navire siffle son départ.

Une troisième catégorie de romans pourrait être « romans de la terre », dans lesquels je compterais La grande vallée, Au dieu inconnu et A l’est d’eden, le dernier étant de loin le plus âpre, le plus biblique (Caïn et Abel ne sont pas loin). J’avoue que le film m’a moins frappé, mais c’est peut-être une histoire de génération (quoique, j’aime bien James Dean par ailleurs). Autant A l’est d’eden est clairement biblique et américain, avec la Faute et le Pardon, autant Au dieu inconnu m’a fait penser à Colline, de Giono, avec cette nature animiste et rebelle.

Nous abordons maintenant les romans inclassables, ou multitrophes, dont Les naufragés de l’autocar.

  • La perle et Le poney rouge : je n’accroche pas, ce sont des romans pour enfants mais finalement destinés aux adultes, des allégories simples et finalement déprimantes ;
  • La coupe d’or : un roman historique, le premier livre de Steinbeck, l’histoire d’un homme (typique de Steinbeck) qui ne s’arrête pas aux frontières du raisonnable.

Il me reste trois romans / récits que j’ai gardés pour la fin. A eux trois, ils décrivent l’Amérique de Steinbeck, celle qui, sans forfanterie, me fait rêver.

  • Une saison amère est un des romans pour lequel j’ai une secrète préférence, ce ne sont pas les lumières amusées de Tortilla Flat, ni la grandeur de En un combat douteux, il s’agit d’un homme, épicier, qui décide de devenir riche, d’une manière directe, non pas brutale, mais pas loin, dans les limites de sa morale pragmatique, et le lecteur est d’accord pour le suivre.
  • Les naufragés de l’autocar représente une autre incursion dans l’amérique mythique, celle des années 50, mais je trouve ce roman toujours d’actualité. Les situations sont intemporelles, les personnages sont permanents. Je cite juste un exemple mais il y en a des centaines :
  • M. Pritchard usait d’une stratégie bien établie dans ses rapports avec les gens. Il n’oubliait jamais le nom d’un homme plus riche ou plus puissant que lui, mais il oubliait régulièrement le nom d’un inférieur. Il avait découvert que d’amener un homme à décliner son nom suffisait pour le placer dans une position légèrement désavantageuse.
    John Steinbeck, Les naufragés de l’autocar, Folio n° 861, p. 183.

  • Travels with Charley est, à ma connaissance, la dernière oeuvre de Steinbeck. Atteignant la soixantaine, il décide de partir seul (enfin, avec Charley, son grand caniche) en pickup pour « redécouvrir l’Amérique ». Un pionnier, je vous dis, un vrai. Le résultat est un récit forcément daté, mais une vraie bonne tranche de vie.

Voilà ma contribution, bien humblement.

Livre lu : Siri Hustvedt – Tout ce que j’aimais

(Billet rédigé le 20 janvier sur ma version alpha de blog sous blogspot, puis migré ici)
Je viens de finir de lire Tout ce que j’aimais de Siri Hustvedt. C’était le premier que je lisais, et en ce qui me concerne, le dernier avant quelque temps. J’ai souffert, et je lorgnais sur Les naufragés de l’autocar de Steinbeck, qui consisterait en ma récompense si j’arrivais à finir ce roman. Revenons à Siri Hustvedt. Elle est écrivain, et je n’aurais rien lu d’elle si je n’avais su qu’elle était la seconde femme de Paul Auster, écrivain que j’apprécie fort. J’ai donc acheté ce roman de Siri Hustvedt, traduit en français chez Actes Sud. Mon sentiment sur le livre :

  • c’est comme du Paul Auster, en moins bien. Il y a des jeux sur le langage, la création artistique, les dédoublements de personnalité, mais cela apparaît, pour quelqu’un qui connaît Paul Auster, comme un avatar, un clone.
  • l’écriture alterne entre des moments durs, ou troublants, avec le sentiment d’être ancré dans la réalité, et des réflexions qui (pour moi) sont intellectuelles, ou plutôt, intellectualisantes. J’aime Bill quand il fume, quand il crée, j’aime Violet quand elle pose pour lui ou qu’elle lui écrit, mais je n’aime pas le narrateur, parce qu’il me paraît être une victime, sans esprit critique (il y a des moments où la suite des événements est vraiment prévisible, mais aucun ne s’en rend compte, le narrateur se contente de phrases du type « nous aurions dû nous en douter, bien sûr, mais »). J’ai du mal à m’intéresser à son sort. Pour établir une comparaison, le narrateur de ce livre a le même âge que le narrateur de Brooklyn Follies, de Paul Auster, mais en comparant ces deux personnages de papier, je préfère mille fois celui de Paul Auster.
  • je ne peux pas dire que je me sois tout le temps ennuyé : le personnage de Mark restera une énigme pour moi, et à la fin du roman, je suis frustré de ne pas en savoir plus sur lui. Dans ma frustration, je reconnais d’ailleurs le travail de l’écrivain, qui m’a amené jusque là. En revanche, il y a eu de nombreux moments où je m’ennuyais.

Ce que je retiendrai de ce roman (dédié à Paul Auster, rien n’est le fait du hasard), ce sont les oeuvres de Bill, qui sont – selon moi – une transposition au monde de la peinture / sculpture de ce que sont les oeuvres de Paul Auster en littérature. Notamment, le voyage de O est une référence aux jeux de Paul Auster sur les lettres de l’alphabet, qu’il a commencés avec Cité de verre. On sent chez Bill la même liberté créative, le même enthousiasme novateur que je retrouve dans les oeuvres de Paul Auster. Et je retiendrai aussi un certain malaise vis-à-vis du personnage de Mark.