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Polissons

Depuis quelque temps, j’ai l’impression de perdre du sens, et des auditeurs, dans mes cours. Un sentiment de redite – classique chez un prof – m’étreint. Ayant l’impression d’être moins intéressant, je suis moins motivé, donc moins intéressant, etc. Alors je me dis, tel le Phénix moyen : réinventons-nous. Si en 13 ans, je n’ai pas réussi à avoir le même support de cours pendant plus de 6 mois, ça veut dire qu’il y a toujours quelque chose à améliorer, changer, supprimer. Surtout supprimer. Je me souviens d’un manuel américain qui, dans sa 2ème ou 3ème édition, se vantait d’avoir réduit son nombre de pages. Il avait entièrement raison (et pas seulement parce que c’était un manuel de compta).
Je liste donc ici quelques points, quelques pistes de réflexion :

  • plus le temps passe, plus je deviens adepte du learning by doing (l’apprentissage par le faisage, ou l’apprentissure par la facture. plus celle-ci est salée, plus on apprend). Maintenant, le teaching by doing (l’enseignance par faisance) est difficile à développer, car il présuppose une certaine liberté (celle de laisser l’étudiant se tromper, ou errer) tout en gardant à l’esprit un fil, non, pas bon, un ensemble de concepts qu’on veut faire passer. C’est ça, il n’y a pas de chemin absolu, mais clairement, des points de passage.
  • mes séances d’intro à la finance, autrefois unanimement (c’est-à-dire, par ma seule voix) considérées comme des modèles de clarté et de synthèse, deviennent, à mes yeux au moins, une suite de sentences assénées et d’exemples desséchés usés jusqu’à la corde. De plus, et c’est là où le couteau virevolte dans la plaie, cela m’a l’air complètement déconnecté de la séance 2, où l’on se mange direct des Mathématiques Financières.
  • Hier soir en live, j’ai été défié sur l’efficience des marchés, et – probablement parce que j’en ai beaucoup parlé, en cours et ailleurs – je n’ai pas été très bon à la réponse. Je veux dire, bien sûr que j’ai été incroyablement bon, excellent, et tout et tout, mais en me mettant à la place du questionneur, je me dis « ce n’était pas convaincant ». Ce matin aux lieux d’aisance, j’ai mis le doigt sur le problème : plutôt que de partir bille en tête sur la création de valeur, on devrait commencer par l’être humain, la rationalité (supposée, et de toute façon limitée) et l’efficience. Si j’arrive à montrer que l’efficience des marchés est une conséquence logique de ce que l’on sait sur la manière de raisonner de l’être humain, je pense que je retrouverai mon état de Phénix aux ailes dorées.

Donc je commence à glaner des articles sur les singes (les vrais, pas certains de mes collègues) pour appuyer ma réflexion future.

Les marchés financiers sont-ils efficients ? Partie III – à qui profite le crime ?

Voici donc le troisième article de ma série de quatre thibillets sur l’efficience des marchés financiers, après mon introduction sur l’efficience, et le rappel des résultats des études académiques, en attendant le quatrième (et dernier ?).

Ici, je souhaite juste introduire une de mes grilles analytiques, probablement la plus importante pour comprendre comment fonctionnent les gens dans un monde professionnel. Les chercheurs (?) qui me lisent (?) n’apprendront rien (?) sur la théorie de l’agence, je m’adresse ici aux milliards de lecteurs peu au fait des théories académiques, ceux qui forment le lot quotidien des statistiques de ce blog.

La théorie de l’agence postule que, quand vous confiez un mandat à quelqu’un (par exemple, vous chargez un agent immobilier de vendre votre maison), vous allez avoir un problème principal-agent. Vous, en tant que principal, avez un intérêt : que la maison se vende le mieux ( = le plus cher) possible ; l’agent peut s’aligner sur votre intérêt (dans ce cas, il est honnête, gentil, scrupuleux), ou bien mettre en avant son propre intérêt. Quel sera l’intérêt de l’agent immobilier ? On peut essayer d’exprimer les différents intérêts qu’il peut avoir :

  1. Vendre bien. En effet, sa commission est un pourcentage du prix de vente. Dans ce cas, les intérêts du principal (le vendeur) et de l’agent sont alignés.
  2. Vendre vite. Pour éviter de multiples visites sans concrétisation, l’agent peut être tenté de n’accepter que les maisons se vendant en-dessous du prix du marché. C’est le principe mieux vaut faire 10 ventes par mois, à 50 000 € pièce, qu’une seule vente à 300 000 €.
  3. Toucher des primes. Ces primes peuvent être liées aux ventes, ou bien à d’autres activités, par exemple la prospection commerciale. Si on imagine une agence qui donne une prime à ses agents à chaque fois qu’ils reviennent avec un mandat de vente, on peut en conclure que l’agent passera beaucoup de temps au téléphone, à convaincre des vendeurs de lui confier un mandat, et peu de temps à faire réellement visiter les maisons.

Tout ceci pourrait n’être que fiction, c’est hélas la réalité. Si vous vous posez un moment, vous allez éventuellement trouver d’autres modes de rémunération des agents, qui rapprocheront leur intérêt, ou l’éloigneront, de celui du vendeur. Plus généralement, tout système incitatif, par exemple un système de rémunération (fixe / variable, indemnités kilométriques, tickets restaurant, miles…) pourra être analysé à l’aune de « quel est l’intérêt du principal (l’employeur), quel est l’intérêt de l’agent (le salarié) ? »

Revenons aux marchés financiers. Qui est le principal ? L’investisseur, qui a du capital, et souhaite l’investir en actions. Quel est son intérêt ? Maximiser sa rentabilité, ou plus précisément, son couple risque-rentabilité.
Qui sont les agents ? Les conseillers en patrimoine et responsables d’agence bancaire, les traders et analystes boursiers, les journalistes économiques. Quel est leur intérêt ? Toucher des commissions sur les achats-ventes, ou bien faire vendre des journaux.

Les intérêts du principal et des agents ne sont pas alignés. Le jour où un gestionnaire de patrimoine sera rémunéré un certain pourcentage de mes gains, je veux bien envisager de devenir son client. Dans le système actuel, quand la Bourse monte, les conseillers recommandent d’acheter, ils touchent des commissions, ils y gagnent ; quand la Bourse baisse, les conseillers recommandent de vendre, ils touchent des commissions, ils y gagnent. Si la Bourse remonte, etc.

Dans ce système, les « conseillers » sont rémunérés plus s’ils font « tourner » le portefeuille de leurs clients (on parle de portfolio churning, littéralement, du touillage de portefeuille). Et le moyen de faire tourner, c’est de proposer des tuyaux, des informations de première bourre, des trucs, bref, d’être convaincu qu’on est meilleur que le marché. Cela tombe d’autant mieux que les gogos (vous, moi) veulent gagner plus que les autres, et sont prêts à écouter n’importe quelle sirène, celle qui dit que les graphiques permettent de prédire l’avenir, que la Bague de Ré les protège contre les accidents de voiture, ou que l’ail éloigne les vampires. Ce qui nous ramène aux gestionnaires de portefeuille.

Vous imaginez un analyste financier, ou un gestionnaire de patrimoine, dire « OK, je l’avoue, le meilleur moyen de ne pas perdre ses plumes, c’est de tout mettre dans un portefeuille diversifié, et d’aller dormir pendant 5 à 10 ans » ? Cela irait contre son intérêt (toucher des coms). En revanche, un prof, chercheur à ses heures perdues, quel sera son intérêt à clamer que les marchés sont efficients ? A qui le crime profite-t-il ?

Conclusions :

  • Les marchés financiers sont efficients, car d’innombrables études l’ont montré
  • Mais dès que l’on se focalise sur les intérêts de chacun, on peut comprendre que certains déclarent, postulent, affirment, que « les marchés ne sont pas efficients, sur la vie de ma mère, j’ai fait du 120% sur cette action ! »
  • Cela ne remet pas en cause la fonction d’analyste financier : celui-ci est un passeur, il produit des informations à partir d’informations, et contribue à l’efficience des marchés. Mais le métier d’analyste financier est un métier très concurrentiel, aussi, en contribuant à l’efficience, tous contribuent finalement à réduire leurs gains à des rations de survie.

Dans un dernier article, nous verrons que tout ceci peut être discuté, raisonnablement, car la recherche avance toujours…

Coûts cachés et société de consommation

Cela fait quelque temps que je souhaite développer cette idée, mais par manque de temps (air connu), je n’ai pas pris le temps d’approfondir. Et hier, les moyens d’information classique (Libération) et cyber (le blog FreeMoneyFinance) m’ont remis le pied à l’étrier (et l’étrier est un os de l’oreille interne, donc proche du cerveau).

Dans Libé d’hier, p. 10, un article intitulé Le yaourt aux fraises est gourmand en pétrole offre quelques informations réjouissantes :

  • un pot de yaourt aura parcouru 9 115 km avant d’arriver dans mon frigo (attention, cela inclut aussi le trajet de toutes les matières premières)
  • acheter un yaourt en prenant sa voiture consomme 136 grammes équivalent pétrole (gep) par Kg de yaourt, contre 97 gep si l’on achète le yaourt sur Internet (car dans ce cas, il est livré par un camion commun à tous les acheteurs. Finalement, les cybermarchés en ligne sont les transports en communs des emplettes).

Cela résonne avec plusieurs billets de FreeMoneyFinance. Ce blog américain donne, entre autres, quantité de conseils pour économiser/gagner de l’argent dans sa vie personnelle. Cela inclut des antiennes comme « débarrassez-vous de vos cartes de crédit » (Rappel : les américains vivent essentiellement à crédit, et les européens en prennent allègrement le chemin. Rappel du rappel : une offre de paiement différé – par exemple avec une carte de grand magasin – coûte actuellement 19,66% par an (TEG) pour un crédit inférieur à 1 524 euros, tandis qu’un crédit à la consommation coûte aujourd’hui du 2,9% TEG fixe. Cherchez la meilleure solution. Réponse : ne vivez pas à crédit) ou « traquez les petites dépenses ». Une batterie de conseils porte sur les comportements d’achat, et il y a quelques semaines, le conseil était « Evitez de faire des courses 3 fois par semaine, essayez plutôt deux fois par mois ». L’argument était financier (coût du transport en voiture) et psychologique (rester à l’écart du magasin permet d’éviter les achats compulsifs). Je me souviens, quand j’étais jeune et célibataire, que mon médecin m’avait demandé si je pratiquais un sport, j’avais répondu « Oui, je fais mes courses le samedi après-midi dans un hypermarché ». Quand j’arrivais aux caisses, j’entendais des conversations comme « Oh, il est déjà 17h, on est ici depuis 10h du matin ! » (c’était un centre commercial). Et juste avant de passer en caisse, je passais en revue scrupuleusement mon caddie : avais-je vraiment besoin de tout cela ? Il n’était pas rare que je remette un ou deux produits en rayon, les ayant identifiés comme « achats compulsifs ».

Aussi, le conseil de Tonton Thib, et la conclusion :

  • faites vos courses une fois toutes les deux semaines, et faites-les par Internet : cela réduit les tentations (il y a moins d’achat compulsif si l’on n’est pas devant le rayon), diminue les coûts logistiques (les frais de livraison + le pourboire doivent représenter la moitié, voire le quart, du coût de l’essence d’une voiture) et surtout, cela diminue beaucoup de coûts cachés.
  • les coûts cachés sont soit des coûts dont on n’a pas conscience (ex : le temps passé à conduire la voiture, remplir le caddie, payer, remplir le coffre, conduire la voiture, vider le coffre. Comme le dit le philosophe Roland Magdane dans un sketch « le soir, quand tu sors la boite de petits pois pour préparer le dîner, ça fait la 15ème fois de la journée qu’elle te passe entre les mains ») ou bien des coûts mutualisés, c’est-à-dire supportés par la collectivité (ex : la pollution de toutes les voitures allant vers / ou revenant de / l’hypermarché).

En conclusion(s) :

  • Aller faire ses courses tous les week-ends, avec un 4×4 (voiture très polluante) acheté avec un crédit auto, c’est pô intelligent
  • Surfer sur le web et se faire livrer à domicile, et utiliser son temps libre pour lire des livres dans les transports en commun, c’est bon pour la santé (ça pollue moins), la santé (on marche plus), la santé financière (on dépense moins) et la santé intellectuelle (on lit des livres, au lieu d’écouter SuperRadioFunMaxRap). Et ça c’est intelligent.

Bon, je ne vous dis pas où je me situe, je suis modeste, et puis la réponse est difficile à trouver…

Rapport d’étape

You may write me down in history
With your bitter twisted lies
You may trod me down in the very dirt
And still like the dust I’ll rise
Does my happiness upset you
Why are you best with gloom
Cause I laugh like I’ve got an oil well
Pumpin’ in my living room

So you may shoot me with your words
You may cut me with your eyes
And I’ll rise
I’ll rise
I’ll rise
Out of the shacks of history’s shame
Up from a past rooted in pain
I’ll rise
I’ll rise
I’ll rise

Now did you want to see me broken
Bowed head and lowered eyes
Shoulders fallen down like tear drops
Weakened by my soulful cries

Does my confidence upset you
Don’t you take it awful hard
Cause I walk like I’ve got a diamond mine
Breakin up in my front yard

So you may shoot me with your words
You may cut me with your eyes
And I’ll rise
I’ll rise
I’ll rise
Out of the shacks of history’s shame
Up from a past rooted in pain
I’ll rise
I’ll rise
I’ll rise

So you may write me down in history
With your bitter twisted lies
You may trod me down in the very dirt
And still like the dust I’ll rise

Does my happiness upset you
Why are you best with gloom
Cause I laugh like I’ve got a goldmine
Diggin’ up in my living room

Now you may shoot me with your words
You may cut me with your eyes
And I’ll rise
I’ll rise
I’ll rise
Out of the shacks of history’s shame
Up from a past rooted in pain
I’ll rise
I’ll rise
I’ll rise

Ce sont les paroles de la chanson I’ll rise, de Ben Harper. En août 2001, alors que mon fiston avait 1 an et demi, et que je traduisais mon premier manuel de finance américain de 8h du matin à 1h du matin tous les jours, j’ai envoyé ce message une nuit, avec ces paroles. Cela signifiait, au premier degré, que j’avais terminé ma traduction, en envoyant le dernier chapitre par mail. Cela signifiait, au second degré, que je n’avais pas été détruit, ou diminué, par ce travail, mais bien au contraire, que j’en étais sorti renforcé dans mes certitudes.
Aussi, au moment où je viens d’envoyer le dernier et ultime chapitre du manuel que je traduis, je réitère.

Now you may shoot me with your words
You may cut me with your eyes
And I’ll rise
I’ll rise
I’ll rise

Des taxis et des comptes courants – Le coût du temps, et le prix de la liquidité

Je devais aller chez un membre de ma famille aujourd’hui. Je n’ai pas de voiture. Etant donné que le trajet en train+RER prenait plus de 50 minutes, je me suis dit « je suis un businessman hyper-richissime et cynique, mon temps est précieux, je vais m’acheter le temps d’un esclave (nommément, un taxi) pour m’alléger de mes problèmes de timing ».
J’appelle une société de taxis renommée et commande un taxi « pour maintenant ». Musique sur 3 notes, sons d’oiseaux, voix sussurante « veuillez patienter », cui cui, bloing bloing, « Votre taxi sera un Hummer kaki qui arrivera dans 15 minutes ».
Bon, en 15 minutes je rédige un billet sur ce blog, je m’occupe, et je sors de ma boite, tel le Pandore moyen, au bout de 15 minutes. Attente sur le trottoir. Reniflage du temps : il fait beau, les oiseaux cuicuitent, les taxis merdoient. Attente derechef. Au bout de 10 minutes (donc, 25 minutes au compteur de la société de taxis), mon portabeul sonne :
– Bonjour, ici la société de taxi, le taxi nous dit qu’il est à l’adresse, et vous, vous n’y êtes pas.
– Bonjour, voix synthétisée de la société de taxi, je suis un être réel, sur un trottoir réel, face à l’adresse réelle, et je vous informe que je suis au bon endroit, tandis que votre taxi est probablement en train de se manger une moule-frite à Oulan-Bator.
– Restez en ligne, je contacte le taxi.
Musique, harpe kurde et cri du macareux sur les rizières.
Soudain, au loin (500 m ?) je vois un taxi qui déboite de sa place de stationnement, et qui arrive à bride abattue (40 chevaux sous le moteur) en me faisant un appel de phare, du genre « Oh, vous étiez là, je ne vous avais pas vu ».
Je m’installe sans piper mot, au compteur, 15 euros. C’est la stratégie de base, je connais,
celle-du-taxi-qui-arrive-en-avance-et-qui-se-planque-en-faisant- tourner-le-jackpot-de-toute-façon-le-client-sera-toujours-content- de-le-voir-arriver-fut-il-en-retard.

Avec toute cette histoire, je suis obligé de lui demander de s’arrêter à un distributeur, car mes 30 euros ne suffisent pas à la course. Et je me dis : « combien coûtait la location d’une voiture pour une journée ? Avec un aller-retour taxi, en incluant le temps d’arrivée, le petit battement de temps (« je m’étais arrêté pour vidanger mon carter » ou « ce bled c’est dla daube, y a que des sens uniques ta mère »), ça me coûte la banalité de 70 euros, allez, on est jeunes, je peux me payer 5 BD ou 4 CD avec ça, c’est rien.

Je me renseigne. Sur Easycar.com, en m’y prenant à la dernière minute (location le jour-même, à 18h30), j’en aurais pour 55 euros. Ce n’est pas une économie énorme, mais j’aurai la flexibilité : je n’attends pas 25 mn pour partir, je peux aller chez Tati m’acheter des slips, chez BonToutou pour faire toiletter mon Sharpei, bref, profiter de cette journée pour faire toutes ces choses que je dois faire depuis des mois. 55 euros, c’est le prix, ou la valeur, de ma liberté totale. Repentir du 17/03 : sur Interrent, on peut louer une voiture pour 20 euros par jour, et si on la prend en cours de journée, le tarif est diminué prorata temporis

Bref, j’arrive chez cette personne de ma famille, et l’aide à faire ses comptes. Je remarque 112 000 euros qui traînent sur son compte chèques depuis des mois (oui, on est comme ça dans ma famille, on est pétés de thune, si je travaille, c’est juste pour aider les jeunes. Accessoirement, aux personnes qui me demandent « comment vous faites pour être riches ? », je réponds « c’est tout simple, il suffit que quelqu’un qu’on aimait beaucoup meure, alors on touche un capital décès »).
J’y dis « ô, personne de ma famille, pourquoi ne places-tu point, à 4% par an, ça fait 30 000 F (elle est de l’ancienne école) par an de revenu ».
Elle me répond : « Oui, c’est ce que tout le monde me dit, mais je me dis que j’aurai besoin de cet argent en cas de dépense, et je ne veux pas être en découvert. »

Et voilà, encore une fois, c’est une question de liquidité, d’accès immédiat à la ressource. Pour éviter d’avoir des frais de découvert de 50 euros, elle abandonne 448 euros de gains de placement. De la même manière, pour éviter les soucis d’une location de voiture (caution, permis, prise en charge), je suis prêt à payer plus cher, et à attendre.

Deux conclusions, ou deux remarques :

  • La liberté de pouvoir réagir à la dernière minute, sans planification, a une valeur.
  • Tout n’est pas quantifiable. Ce n’est pas parce qu’une location me coûte 15 euros de moins qu’un taxi que je vais systématiquement opter pour la location. Tout est une question de planification, et ceci est consommateur de temps (donc coûteux).

Mais bon, juste pour éviter la valse des taxis, la prochaine fois, je testerai la solution de location. Et j’en aviserai mes 2 lectrices et 3 lecteurs.

Dilbert et les prévisions financières

Je ne sais pas comment peut faire Scott Adams (tiens, il a un blog), le dessinateur de Dilbert (enfin, j’imagine un peu comment il fait, vu que j’ai lu son livre), mais ses dessins sont toujours d’une grande actualité managériale. Il aurait travaillé 17 ans comme programmeur dans une grande boite américaine qu’il ne saurait pas mieux décrire tous ces travers. D’ailleurs il a travaillé 17 ans comme programmeur dans une grande boite américaine.

Il y a quelques semaines, il s’est attaqué aux prévisions financières. Traduction ici, et lien vers le cartoon original ci-dessous :
(le chef vient voir Dilbert)
Dilbert : « Je peux vous faire cette étude de faisabilité en deux minutes. C’est la pire idée du siècle. Les chiffres ne mentent jamais. »
Le chef : « Oui, mais notre PDG adore cette idée ».
Dilbert : « Heureusement pour nous, les prévisions, elles, mentent tout le temps ».

Le cartoon original est ici.

La quête de Dilbert se poursuit dans les dessins des quelques jours suivants, au Pays des Hypothèses Prévisionnelles Irréalistes, où le soleil brille toujours, l’argent se ramasse par terre, et les concurrents sont inexistants ou amorphes. C’est tellement vrai. Cela me rappelle tous ces étudiants qui venaient me voir en 1999-2000 pour que je valide (gratuitement, évidemment) leur business plan. Telle la Porsche moyenne, qui fait du 0 à 100 km/h en n secondes, les projets d’entreprises faisaient du 0 à 1 000 000 K€ en quelques années, les investissements étaient minimes, les concurrents inexistants, les marges croissaient au fil du temps. On s’étonne après que j’aie voulu m’essayer aussi à des prévisionnels sur LibertySurf (article des Echos du 29 mars 2000, disponible en pdf dans ma page de publications, lien direct ici). Ah, pétulante jeunesse, ce monde est injuste avec toi…

Zephirum

La première fois que j’entendis parler du zephirum (le zéro), c’était dans La nuit des enfants-rois, de Bernard Lenteric, où un très jeune garçon prodige étonnait un adulte en remarquant que (je cite de mémoire) « de tous les chiffres, seul le zéro gardait la même signification quelle que soit sa place dans le nombre. » J’y avais souvent repensé sans, je l’avoue, arriver vraiment à comprendre.
Puis, dans un roman de Jean d’Ormesson que je lisais (Histoire du juif errant, je crois), un personnage arabe dessine dans le sable un petit cercle, en disant que ce zephir est la plus grande invention de tous les temps.
Puis, dans Le théorème du perroquet, déjà mentionné en fin de ce billet, nouvelle mention des chiffres arabes, sans insistance particulière sur le rôle – et la spécificité – du zéro. Donc, entre La nuit des enfants-rois, que j’ai dû lire vers 1985, et Le théorème du perroquet (lu pour la première fois en 2003), 18 années d’incompréhension, sauvées depuis hier par la lecture d’un ouvrage de 1202. Léonard de Pise nous le dit, et c’est pour moi la deuxième révolution des chiffres arabes :

« Ainsi, si c’est le nombre cinq cents que vous souhaitez écrire, en première et en deuxième place, vous inscrirez le zephir, en en troisième place, le chiffre cinq, de cette manière : 500 ; et ainsi vous pourrez écrire une ou plusieurs centaines avec deux zephirs. »
(traduction par mes soins depuis le livre en anglais, p. 18).

Ainsi, de même que le blanc n’est pas une couleur, de même que notre écriture se compose de 26 lettres et de l’espace, de la même manière, notre « alphabet mathématique » se compose de 9 chiffres et d’un espace, communément appelé Zéro. Un 1 à la place des unités signifie « un ». A la place des dizaines, il signifie « dix », « cent » a la place des centaines, et ainsi de suite. Il en va de même pour les 9 chiffres, en revanche, quelle que soit sa place, un 0 signifie toujours « il n’y a rien ici ».

Le zéro, c’est le vide à côté de l’arc-en-ciel, celui qui, par sa non-existence, donne sa stature à l’existant.

Cela me fait immanquablement penser à La disparition, de Georges Perec, que je vais essayer de décrire dans le style, et selon la contrainte, de l’auteur :

un roman où, sur vingt-six signifiants, tous sont là sauf un, l’absolu. Absolu, non, mais important, car l’individu (composant pourtant moult mots) fut banni du discours. Imaginons l’abstraction du Z, ou l’abolition du K dans un roman : coton, mais pas surhumain, car la proportion du discours français où Z apparaît (ou K) vaut un minimum. Mais l’individu abstrait ici fut plus courant qu’un K, plus primordial, surtout pour un continuum bâti sans lui. L’amputation du discours signifiait l’aboli par omission, lui dont la disparition occupait un quatuor d’individus durant tout l’opus.

A plus.

Histoire de la finance – la révolution des chiffres arabes

Je travaille sur deux livres actuellement, il ne s’agit pas de ceux que j’écris (ma traduction, et mon Grand Projet), mais de deux livres d’histoire de la finance que j’ai achetés récemment :

Ce sont deux livres qui traitent de l’histoire de la finance, soit sous l’angle d’une impressionnante somme chronologique, analysée et commentée avec intelligence, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours (Belze et Spieser), soit en prenant l’exemple d’un manuel de mathématiques (mais aussi de commerce) du XIIIème siècle sans aucune équation (la traduction du manuel de Fibonacci). Je me régale, car cela comble mon inculture encyclopédique. Je découvre quantité de choses, aussi je partage mon étonnement.

La découverte du jour porte plutôt sur le Fibonacci (je me réserve, pour la suite, de parler du Code d’Hammourabi dans le Belze-Spieser), précisément sur l’avènement des « chiffres arabes » en Europe. C’est Fibonacci qui a tout fait en 1202, si, si. Ces chiffres étaient anciens, puisque en fin de mon billet, je citais Brahmagupta au VIème siècle après JC. Fibonacci n’a donc pas inventé ces chiffres, mais il en a popularisé l’usage avec un manuel qui m’a l’air extrêmement clair et pédagogique.

Empruntons la De Lorean de Marty McFly et opérons un Retour vers le Futur.
Nous sommes au XIIIème siècle, et depuis la Rome antique, on compte en chiffres romains. Ce n’est pas le nirvana, pour deux raisons détaillées ci-dessous :

  • C’est super fastidieux à écrire. Même s’il y a un ordre logique (les chiffres des centaines arrivent avant les chiffres des dizaines, eux-mêmes passant devant les chiffres des unités), il faut avoir une plume bien taillée pour écrire huit cent quatre-vingt sept : en chiffres romains, cela nécessite DCCCLXXXVII = 11 caractères. Vous me direz, en lettres, cela nécessitait 27 signes (espaces et tiret inclus). En chiffres arabes, 3 caractères : 887. Je ne vais pas en dériver une loi absolue, mais pour chaque chiffre arabe (unités, dizaines, centaines, milliers, etc.) il faut en moyenne 2 à 3 chiffres romains. 4212 nécessite MMMMCCXII = 9 caractères. Que dire de 763 987 238…
  • Ces chiffres arabes ont permis de gagner du temps, car auparavant, il y avait deux mondes distincts : celui de l’écriture des nombres (en chiffres romains) et celui des calculs (réalisés avec un boulier). Pour faire XIX plus XLIII, il fallait « introduire » ces valeurs dans un boulier, calculer la somme, puis la retranscrire en chiffres romains (soit LXII). Fibonacci arrive, et hop, ce qu’il a appris des Arabes (qui l’ont eux-mêmes appris des Indiens), ce n’est pas seulement un système de codage plus efficace : cela vient aussi avec une boite à outils d’algorithmes, c’est-à-dire de manipulations de ces chiffres pour réaliser toutes sortes d’opérations. Exit le boulier : le chiffre est devenu matière malléable, sur laquelle on peut directement travailler. On pose une addition, on retient 2, qu’on rajoute aux dizaines, ou on calcule le reste d’une division sur un coin de table : chapeau, Fibo !

Je cherche une analogie en informatique, et la trouve approximativement: aux beaux temps de l’Intelligence artificielle et des systèmes experts (toute ma jeunesse), on opposait l’informatique procédurale (un programme est constitué d’une part d’un listing d’instructions, figées dans la pierre, qui sont censées réaliser des opérations, et d’autre part, de variables mouvantes, qui prennent différentes valeurs, dynamiquement) et les langages d’intelligence artificielle où il n’y avait plus, ni linéarité de l’algorithme (Exit le if… then… else…), ni variables en tant que telles: tout le programme devenait variable…

Je sens que vous ne suivez déjà plus, je vous parlerai donc une autre fois du Zéphir, cette absence qui a une valeur.

Nos retraites : rien que du bonheur…

Cela fait plusieurs semaines/mois/années que je souhaite mettre à plat une réflexion sur le financement des retraites. Donc, je voudrais réaliser, et mettre en ligne, un petit utilitaire de calcul de retraite, avec le pré-requis suivant : c’est pessimiste, mais ce modèle supposerait que la retraite versée par répartition sera dérisoire, bref, ce sera un modèle de retraite par capitalisation (je verse de l’argent sur un compte, il fructifie au fil du temps, et à ma retraite, hop, je me paye tout le Viagra que je veux). Je ne prends aucune position politique, mon domaine, c’est l’économique. Donc, je ne prédis rien, mais cela m’intéresse de tester la sensibilité, en d’autres termes, « combien faut-il que je verse chaque mois pour être sûr de pouvoir vivre décemment jusqu’à ma mort ? »
Oui, je sais, la finance, c’est que du fun.

J’ai donc en tête les paramètres suivants (que je récupère notamment d’un excellent ouvrage que j’ai traduit en 2000, précisément au chapitre 5) :

  1. le montant que l’on souhaite épargner chaque mois
  2. le taux d’intérêt auquel on peut placer cet argent
  3. le nombre de mois d’ici la retraite (donc le nombre de versements)
  4. => Cela devrait donner une somme d’argent : « à la date de votre retraite, vous aurez accumulé XX zilliards d’euros, yo !« 

    Restent les paramètres de l’après :

  5. le niveau de vie souhaité après retraite i.e. ce que l’on dépenserait chaque mois (pour savoir en combien de mois/années le capital sera cramé)
  6. à comparer notamment au niveau de vie avant retraite i.e. ce qu’il restait du salaire chaque mois (après épargne retraite) pour vivre
  7. l’espérance de vie, qui permettra d’obtenir la durée de la retraite

Pourquoi, tout à coup, décidé-je de mettre sur le cyberpapier ces réflexions, en attendant de développer la feuille de tableur qui tue ? (au figuré…)
Parce qu’hier soir, mon ami Jim Mahar (ce n’est pas mon ami, il ne me connaît pas, mais dans la blogosphère, on se tutoie et on cotoie les grands pour s’asperger d’un peu de leur poussière divine), de FinanceProfessor, a mis sur son blog le compte rendu d’un article qui établirait que l’espérance de vie étant bondissante chez les espèces dont la vie est fondée sur le carbone (pas les tigres, non, les humains), on devrait s’attendre à des âges de retraite évoluant à 75 ans, puis 85 ans. Donc mon point 3. devra clairement être un paramètre, et non une variable fixée… Que du bonheur, je vous dis.

Des tigres, des actionnaires, et de l’éducation des masses

Ce soir, mon fils (6 ans, 39°6) me dit d’une voix faible, mais ferme :
– Papa, moi je ne veux pas qu’on chasse les tigres roux (car il connaît aussi les tigres blancs)

J’ai beau le rassurer en lui disant qu’ils font partie d’une espèce protégée, je sais que cet argument n’aura jamais de poids dans la tête d’un indigène qui espère se faire quelques dollars (soit, son salaire mensuel) en tuant un tigre pour le compte de quelque poussah luisant. Comme le dit (je cite de mémoire) Romain Gary dans Les racines du ciel,

« un éléphant, cela représentait plusieurs semaines de viande qu’un coup de sagaie heureux pourrait procurer à la tribu. La noblesse de l’éléphant, c’est une pensée d’homme rassasié ».

Et je me dis que l’évolution des esprits ne passera pas par les sanctions (les garde-chasses touchent quelques dollars de plus par mois, mais pas beaucoup plus) mais plutôt par l’éducation. S’il n’est pas trop tard.
L’analogie est bonne pour certains actionnaires – et analystes – sur les marchés financiers. Avoir l’oeil rivé sur le résultat du prochain trimestre, c’est vivre à très court terme, c’est tirer des tigres tant qu’il y en a, pour un petit profit. En revanche, permettre à un dirigeant de créer un projet d’entreprise, de motiver et rémunérer tous ses employés, et d’investir intelligemment, c’est comme de créer un parc zoologique de tigres : les recettes deviendront bien supérieures à celles obtenues en braconnant. Et le monde sera meilleur, oui, oui.
Mais qui sera assez éduqué pour avoir la patience d’attendre ?

Citation – Le risque et le temps

J’aime beaucoup les écrits de Paul Valéry, mais je dois confesser que certaines pensées me dépassent. Le matin, après la douche et deux cafés, bien concentré et alerte dans mon métro matutinal, je capte beaucoup de choses, et je me dis « Ce Valéry, c’est un cador ». Le soir, après des heures passées dans mon bureau, à supporter des collègues à l’humeur volatile, des flots d’e-mails, et des amphis d’étudiants – la crème de la crème, mais il y en a certaines qui ont tourné – bref, dans mon métro vespéral, j’ai plus de mal à appréhender la profondeur des raisonnements du génial penseur.
Je viens de finir un livre commencé il y a… 9 mois, abandonné, repris, ça ne fait pas trop de mal, puisque c’est une collection de différents écrits (articles, lettres, conférences) de Paul Valéry. Intitulé Variété 1 et 2 (Idées, Gallimard, n° 394), l’ouvrage commence par cette fameuse phrase (issue d’une lettre écrite en 1919) :

Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.

Au fil des pages et du rythme des rails, j’ai glané quelques passages à couleur financière (enfin, c’est moi qui trouve une résonance financière à ces passages) :

Nous espérons vaguement, nous redoutons précisément ; nos craintes sont infiniment plus précises que nos espérances.
p. 31.

Comment ne pas penser au couple espérance – variance, où la variance, c’est la fluctuation que l’on redoute ? 😉
Dans le même esprit :

Le mesurable a conquis presque toute la science et en a discrédité toutes les parties où il n’a pas pu s’introduire. La pratique presque tout entière lui est soumise. La vie, déjà à demi asservie, circonscrite ou alignée ou assujettie, se défend difficilement contre les horaires, les statistiques, les mensurations et les précisions quantitatives, dont le développement en réduit de plus en plus la diversité, en diminue l’incertitude, en améliore le fonctionnement d’ensemble, en rend le cours plus sûr, plus long, plus machinal.
p. 159.

En parlant d’Henri Beyle, c’est-à-dire de Stendhal :

Il avait remarqué que ces hommes importants, si nécessairement associés à la bonne marche des affaires, sont nuls et muets devant l’imprévu. Un Etat qui n’a pas quelques improvisateurs en réserve est un Etat sans nerfs. Tout ce qui marche vite le menace. Ce qui tombe des nues l’anéantit.
p. 193.

Ce « tout mesurable » m’inquiète. J’y vois un dessèchement des facultés d’imagination et d’improvisation, et une forme de religion aveugle vis-à-vis des machines.

Les marchés financiers sont-ils efficients ? Partie II : les faits

Voici la deuxième partie d’une synthèse qui en comportera quatre. Après avoir posé les bases de ce qu’est l’efficience des marchés, résumons les résultats obtenus depuis… 50 ans de recherche.

Des études académiques ont été menées…

Il faut préciser ce que nous entendons par études académiques (ou travaux de recherche). Il s’agit d’études scientifiquement rigoureuses, reproductibles, et validées par d’autres scientifiques. Détaillons chaque terme :

  • études scientifiquement rigoureuses : on pourrait en écrire des tartines, il s’agit juste de préciser quelques idées.
  1. Pour valider une théorie, il faut des échantillons suffisamment importants, afin d’éviter les généralisations abusives (« l’auteur de ce blog sait jouer de l’harmonica, donc tous les auteurs de blog savent jouer de l’harmonica »).
  2. Ce n’est pas parce que deux événements sont corrélés qu’ils sont liés. L’apprenti chercheur – ou le mauvais journaliste – recherche à tout prix des corrélations, le chercheur recherche des événements liés entre eux. Citation attribuée à Mark Twain : « Le lit est l’endroit le plus dangereux du monde : 99 % des gens y meurent. »
  3. La précision des résultats dépend de la précision des outils. On ne peut généralement rien tirer de simples moyennes, ou de statistiques descriptives, sans les croiser avec des variables de contrôle. Exemple : sur toute sa vie, un homme aura consommé en moyenne 0,12 biberon par jour.
  • études reproductibles : une étude scientifique doit être livrée avec son protocole expérimental, de telle sorte qu’un autre chercheur puisse répliquer l’étude, et vérifier les résultats. Ce protocole expérimental contient notamment le mode de sélection de l’échantillon, la durée d’observation, les variables et les calculs statistiques réalisés. Contre-exemple : « une étude réalisée sur des entreprises européennes montre que celles-ci sont endettées ». Où, quand, comment, quomodo ?
  • études validées par d’autres scientifiques : la recherche est évaluée au sein de colloques ou de revues académiques. Chaque expert est régulièrement relecteur pour des revues, c’est-à-dire qu’on lui soumet des articles de manière anonyme, et il juge si la démarche et les résultats de l’article sont « corrects ». Les taux de rejet de certaines revues sont de plus de 90%.
  • Il s’ensuit qu’une étude qui ne respecte pas les critères énoncés ci-dessus devra être jetée à la poubelle interprétée avec de très grandes précautions, d’autant plus quand il s’agit de la performance des investissements boursiers.

    Et les résultats sont…

    … que les marchés boursiers sont efficients sous une forme semi-forte à forte. En français dans le texte

    • un investisseur ne peut pas durablement battre le marché, ou (exprimé autrement)
    • son profit, net des coûts qu’il a engagés (temps, abonnements, déjeuners…) ne sera pas supérieur – à long terme – à celui qu’il aurait eu en investissant passivement dans un portefeuille diversifié, ou encore
    • il n’existe pas de stratégie avérée pour gagner régulièrement plus que le marché, sauf à prendre plus de risques (mais un investisseur peut aussi le faire de manière passive).

    FAQ :

    – y a-t-il unanimité dans les études ?
    Nan, mais une grosse majorité bien ventrue. Prenez les études qui concluent que les marchés ne sont pas efficients :

    • supprimez les études ne répondant pas aux critères académiques (donc, études aux résultats peu crédibles)
    • supprimez les études qui identifient une stratégie qui aurait marché dans le passé (backtracks), mais qui ne marche plus aujourd’hui
    • vérifiez que dans les études restantes, les critères d’efficience énoncés au précédent article (profit net des coûts, gain ajusté au risque pris) sont respectés
    • à ce point-là, s’il vous reste au moins une étude en mains, investissez à mort en suivant sa stratégie. Mais je ne vous suivrai pas 😉 Et tenez-moi au courant…

    – Cela veut-il dire que personne n’a jamais de bonnes performances ?
    Non, cela veut juste dire qu’en moyenne, sur plusieurs années, seules quelques personnes sortent du lot, et que leur performance est due pour beaucoup à la chance… ou à des recettes que des générations de chercheurs n’ont pas trouvées.

    – à quoi cela sert-il d’investir, alors ?
    Parce que « ne pas arriver à surperformer le marché » ne signifie pas « ne rien gagner ».

    – La citation de la fin ?
    Deux pour le prix d’une :

    « Et quelqu’un qui prétend détenir des informations confidentielles, ou avoir une « stratégie automatiquement gagnante » est probablement, soit une crapule, soit un idiot ».
    Bodie, Merton, Finance, chapitre 1, Pearson education France, 2001.

    « J’ai remarqué que toutes les personnes qui m’ont dit que les marchés sont efficients, sont pauvres. »
    Larry Hite, trader américain

    Faites votre choix…
    (à suivre)

    La Bourse = du poker, de la roulette ou du tiercé ?

    Je ne suis pas trop fana de la lecture quotidienne des cours boursiers, mais puisque je suis dans le sujet, et que la journée a été saumâtre, une analogie vite fait. En salle de cours, ou au Café du Commerce, j’entends souvent « La Bourse, c’est comme de jouer à la roulette ».
    Eh ben non, pô du tout. Je ne contesterai même pas l’emploi du terme « jouer », car il y a du frisson là dedans. Cela me rappelle une pensée de l’architecte Turpin (?) dans un des romans des Hommes de bonne volonté, de Jules Romains (dont la page Wikipedia est singulièrement courte, il faut que j’y mette bon ordre). Turpin doit concevoir un casino, et il a un raisonnement du type « Bon, la roulette, c’est de la raison et du hasard. Je te fais une bâtisse carrée, en angles, pour la géométrie des combinaisons, les calculs, la sensation que l’on peut tout maîtriser, et puis je te rajoute un dome façon minaret, une virgule qui s’envole, Mektoub, c’est le hasard, la fatalité ». (ce n’est pas une citation précise, je l’ai lu en 1996 ou 1997…)

    Alors la Bourse, poker, roulette ou tiercé ?

    Analysons rapidement :

    • Au poker, les cartes sont distribuées au hasard ; l’historique des jeux précédents est pris en ligne de compte, non pas à des fins statistiques, mais parce que cela contribue à comprendre la psychologie de chacun.
    • A la roulette, la bille tombe au hasard. L’historique ne sert à rien. Certes, il y a les partisans des séries statistiques, qui notent tous les numéros déjà sortis, en comptant sur les probabilités. Mais dire « la bille n’est pas tombée sur le 24 depuis 72 coups, donc je mise sur le 24 », c’est oublier qu’à chaque coup, il y a une chance sur 36 pour que la bille tombe sur le 24. Pas plus, pas moins. Ce sont que l’on pourrait appeler en économétrie des séries statistiques indépendantes.
    • Au tiercé, l’historique semble important : tel jockey a eu la mixomatose, tel canasson a surperformé le marché au Derby d’Epsom, voilà autant de « signes ». Le problème est que ces signes sont connus de tous (information publique) et qu’ils servent aux paris, donc à la cote. Telle action, pardon, tel cheval est très apprécié, donc tout le monde mise sur lui, et il va donner une rentabilité, pardon, un gain, relativement faible, car il est peu risqué. Telle autre action, pardon, tel autre bourrin, n’attirera que les amateurs de risque, qui ne seront pas légion, mais si le bourrin gagne, c’est 10 fois la culbute.

    Vous la voyez venir, mon analogie. En Bourse, quoiqu’en disent les partisans de l’analyse technique (l’article de Wikipedia est très orienté, je m’en vais vous me le rechapper d’ici… quelques jours), l’historique ne sert à rien, dans la mesure où

    • les actions suivent une marche au hasard (ce qui n’exclut pas une tendance à la hausse ou à la baisse)
    • les informations publiques sont immédiatement intégrées dans les cours

    Donc la bourse, ce n’est certainement pas du poker (mais c’était évident), ce n’est pas non plus de la roulette : c’est un marché où les informations publiques, les tuyaux, et l’historique (le tout servi par des bons commerciaux) fondent les offres et demandes de titres. C’est exactement la description du tiercé.

    Mais j’aime bien la référence au poker, car il y a quelques similitudes psychologiques (que les sociologues ont dû investiguer) :

    • Overconfidence : quand on a gagné récemment, on prend plus de risques, on se croit meilleur que les autres
    • Refaire ses pertes : quand on a perdu, on a tendance à prendre plus de risques aussi, du genre « je vais me refaire ». Mais beaucoup d’investisseurs boursiers oublient que un titre qui fait -33% devra faire +50% pour revenir à son cours initial… Les pentes sont toujours plus faciles à dévaler qu’à remonter (non, ce n’est pas parce que les vacances de février approchent. Quoique. Finalement, la journée se termine de manière moins saumâtre).

    Léonard de Pise et les offres commerciales d’Orange

    Depuis que j’ai découvert Léonard de Pise, je ne peux plus m’en passer.
    Ce week-end, à l’heure où blanchit la campagne, je me fais démarcher par un télémarketeur en culotte courte. Résumé de l’entretien :
    – Bonjour Madame, je viens vous annoncer qu’Orange vous offre 30 SMS par mois pendant 6 mois ;
    – C’est Monsieur, et Docteur aussi, mon jeune ami. Que vendez-vous ?
    – Je ne vends rien, Monsieur Docteur, oulala, nous sommes altruistes chez Orange, je vous Hoffre 6 mois de SMS gratuits.
    – Et que se passera-t-il à l’issue des 6 mois ?
    – Eh bien vous aurez la possibilité de résilier cette offre de 30 SMS par mois !
    – Et si je ne résilie point, rusé rhétoricien ?
    – Dans ce cas, vous serez automatiquement déboursé de la somme symbolique de 3 euros (3,63 dollars US) par mois, parce qu’Orange le vaut bien.

    Je lache ex abrupto mon téléphone et convoque la puissance tutélaire de Léonard de Pise. 3 euros par mois, dans 6 mois, sur 6 mois. Puis l’année suivante, 3 euros par mois sur 12 mois, et ceci, jusqu’à l’infini, car je n’ai pas prévu de mourir pour l’instant. Actualisons tout cela à mon coût d’opportunité, que je fixe allègrement à 6% l’an, soit (taux proportionnel) 0,5% par mois.

    Valeur d’un contrat où je débourse 3 euros par mois = 3 / 0,005 = 600 euros de dans 6 mois
    Valeur actuelle de cette somme = 600 / (1+0,005)^6 = 582,31 euros en euros de ce samedi 28 janvier 2006.

    – Allo, sémillant opérateur historique, je vous prie de m’excuser, j’étais en grande conversation avec l’ectoplasme de Léonard de Pise. Je refuse totalement votre coup de Jarnac. Vous avez été vaincu par la force de l’actualisation.

    Que pouvait-il répondre ?

    Repentir : prétendre que je vivrai éternellement n’est pas irréaliste ; en revanche, supposer que je me laisserais soutirer 3 euros par mois pour des SaMouSsas dont je n’ai que faire, c’est pousser le bouchon un peu loin, Maurice. Néanmoins, la grande force de ces opérateurs, et la grande faiblesse de l’être humain post-moderne, c’est le taux de rétention de l’usager, qui met des mois avant de se fendre de la lettre recommandée AR qui le délivrera de cette saignée mensuelle. Si je suppose qu’il me faudrait 6 mois (c’est bien le minimum) pour me fendre de ce courrier, le calcul devient
    Valeur d’un contrat où je débourse 3 euros par mois pendant 6 mois = 17,69 euros
    Valeur actuelle de cette somme = 17,69 / (1+0,005)^6 = 17,17 euros aujourd’hui. Allez, ça vaut bien un repas.

    La naissance de l’actualisation

    Je suis professeur de finance. Cela signifie que depuis des années, j’enseigne l’actualisation et la valeur temps de l’argent, avec notamment la sage sentence : « un euro aujourd’hui vaut plus qu’un euro demain ».
    Dans ma grande ignorance, pendant des années, j’ai attribué le concept d’actualisation à Irving Fisher, économiste américain, médiatiquement fameux pour avoir déclaré, quelques jours avant le Krach de 1929 : « les cours des actions ont désormais atteint ce qui semble être un plateau élevé permanent ». (Mais par ailleurs, Irving Fisher a apporté des contributions non négligeables à la finance moderne, et lui reprocher cette phrase conduirait à se pencher sur tout ce qu’ont pu dire les banques d’affaires et les banquiers dans les années 1998-2001… 😉 ).
    Il m’a fallu l’aide de Wikipedia version anglaise pour me rendre compte que le propagateur (sinon l’inventeur) de la notion d’actualisation a été Léonard de Pise, vers 1202, date de la publication de son ouvrage Liber abaci (le livre des calculs), dont je viens d’acheter une traduction en anglais (mon latin est un peu rouillé, et le livre est introuvable en tant qu’original).
    Léonard de Pise, mathématicien génial, a transposé en Europe ce qu’il avait appris auprès des barbaresques, dans ce qui allait devenir l’Algérie. Son traité porte sur les calculs à partir des chiffres dits « arabes » (en réalité, les chiffres indiens), qui allaient détrôner les chiffres romains dans l’arithmétique occidentale. Et Léonard de Pise consacre une partie de son ouvrage aux calculs sur les intérêts et les marges commerciales. Je n’en sais pas plus pour l’instant, j’attends qu’Amazon me livre, vers la mi-février. En revanche, pour l’avoir vu sur différents sites et document PDF consacrés à notre ami, les raisonnements du mathématicien étaient entièrement littéraires, sans une équation, semble-t-il, comme ici (traduction approximative faite par votre serviteur, en aller-retour entre le texte latin original et la version anglaise) :

    Un individu possède un couple de lapin rassemblés en un endroit circonscrit, pour savoir combien de lapins leur seront nés en une année : étant donné que par nature, ils engendrent chaque mois une paire de lapins, et que ce nouveau couple en engendrera de même le deuxième mois. Aussi, comme la première paire engendre au premier mois, vous doublez le nombre, il y aura deux paires au bout d’un mois. De ceux-ci, une paire la première en fait engendrera au deuxième mois, et ainsi, il sont trois paires au deuxième mois. De ceux-ci, en un mois, deux paires sont gravides, et font naître 2 paires au troisième mois, et ainsi il y a 5 paires en ce mois. De ceux-ci, 3 paires sont gravides, alors il sont 8 paires au quatrième mois. Parmi ceux-ci, 5 paires engendrent 5 autres paires, lesquelles additionnées aux 8 paires font 13 paires au cinquième mois. […] à ceux-ci sont additionnés les 144 paires qui naquirent au dernier mois, il y aura 377 paires. Et toutes ces paires sont engendrées par la paire susmentionnée dans le lieu dit à la fin d’une année. Vous pouvez voir dans cette marge comment il fut procédé. En effet, car nous avons additionné le premier chiffre au deuxième, c’est-à-dire 1 avec 2. Et le second avec le troisième. Et le troisième avec le quatrième. Et le quatrième avec le cinquième, et ainsi de suite, jusqu’à additionner le dixième et le onzième, soit 144 avec 233. Et nous avons la somme de lapins susmentionnée, soit 377 paires. Et ainsi vous pouvez procéder par ordre pour un nombre de mois infinis.

    En conclusion

    • J’achète ce livre pour m’inspirer de ses exemples littéraires, dans un effort de clarté pédagogique.
    • Personne ne sait bien qui a « inventé » l’actualisation : Léonard de Pise a popularisé et approfondi des concepts et calculs arabes (al-Khwarizmi a écrit un traité d’algèbre en 830) eux-mêmes fondés, semble-t-il, sur des travaux mathématiques indiens (Brahmagupta, au VIème siècle, réalisait des calculs sur les intérêts, et cite comme référence un auteur indien encore plus ancien). L’algèbre, et la résolution des équations du premier degré, peuvent nous emmener fort loin. Reste à savoir quand, pour la première fois, ces outils mathématiques ont été appliqués aux concepts financiers de prêt et placement.
    • Enfin, en note de bas de page, Léonardo de Pise était aussi appelé Fibonacci, et son exemple des lapins donne la fameuse suite de Fibonacci. Certains traders utilisent les nombres de Fibonacci pour vendre du papier aux gogos prédire les cours boursiers puisque, on le sait, les marchés ne sont pas efficients 😉

    Pour le lecteur peu matheux, mais intéressé, je recommande le roman de Denis Guedj, Le théorème du perroquet, qui balaie l’histoire des mathématiques sous la forme ludique d’une intrigue intellectualo-policière. Ce livre m’a été offert en son temps par mon collègue Philippe Spieser, qui vient de publier une Histoire de la finance fort prometteuse. J’en attends aussi la livraison par Amazon, c’est dire si le temps gouverne nos vies.

    Le gratuit et le payant : les prix, les coûts et la valeur

    Je suis abonné depuis plusieurs mois au Standblog, de Tristan Nitot, et dans la ligne de ce que dit cet auteur sympathique, j’ai quelques réflexions sur le gratuit et le payant (je rédige en parallèle un billet sur le neuf, l’occasion, et le jetable, et j’en ai un autre en tête sur les licences).

    Premier constat : le web est le vecteur du gratuit

    Certes, les shareware (partagiciel) ou freeware (gratuiciel) existaient auparavant, mais le réseau a amplifié leur diffusion, en parallèle d’autres actifs : des images, contenus, applets, icones, etc. C’est bien simple, si une image nous plaît, hop clic droit enregistrer sous, un texte, hop Sélectionner tout, copier. Cet esprit libertaire du début a son charme, et je pense qu’il démultiplie les motivations. Soyons franc : si je rédige sous Dotclear, c’est parce que c’est une référence en matière de blog, et qu’il est gratuit. Cela ne m’empêchera pas de leur faire un don, mais je suis persuadé que si Dotclear avait été payant dans un emballage sous cellophane, oncques l’aurais-je acheté.

    Corollaire : l’internaute de base (dans lequel je m’inclus, car j’aime la chaude ambiance virile des groupes) va piocher de ci de là, butiner, copier-coller, et les frontières du droit et de la propriété personnelle vont s’estomper dans son esprit.
    Après tout, de gratuit à libre, il n’y a qu’un pas, que les anglo-saxons ont franchi allègrement quand ils ont bricolé leur idiome, puisque free (gratuit) se dit comme free (libre) alors que c’est pas du tout la même chose. Mettre un actif en libre accès ne signifie pas que j’abandonne mes droits (copyright) dessus. Prenons le cas du gratuit pour l’instant, nous traiterons du libre (c-à-d des licences) plus tard.

    Deuxième constat : il y a une différence entre le prix, le coût et la valeur
    Une ressource mise à disposition gratuitement a nécessité un développement coûteux, ne serait-ce qu’en temps. Tout ceux qui ont développé un site web, un programme, ou un logo, savent de quoi je parle. Et comme le dit Sénèque à propos du temps,

    Les hommes jouent avec le bien le plus précieux d’entre tous ; mais ils ne s’en rendent pas compte parce qu’il s’agit d’un bien immatériel, parce qu’ils ne l’ont pas sous les yeux et de ce fait, il est estimé à un prix très bas, je dirais même à un prix pratiquement nul.
    Sénèque, De la brièveté de la vie, Ch. VIII, Par. 1.

    Ergo, un actif gratuit peut avoir été coûteux pour son producteur, et détenir une valeur. Mais l’on constate une multiplication d’à peu près, voire de contre-sens :

    • pour la majorité des internautes butineurs, gratuit signifie sans valeur, voire sans coût.
    • Pour beaucoup d’entrepreneurs, le Graal se résume à « Si tu veux devenir riche, mets quelque chose de gratuit en ligne, et si tu as du succès, tu te feras racheter ».

    Conclusion provisoire :

    • C’est d’Internet qu’est partie la crise, avec les programmes d’échanges de fichiers qui ont developpé le piratage. Dans cette faille juridique, et ce flou psychologique, se trouvait un point de droit que l’Etat n’a pas comblé, à mon avis. De la même manière que l’on a vu éclore des mouvements citoyens dans tous domaines où l’influence de l’Etat était jugée insuffisante (les restos du coeur ont vingt ans), les internautes se sont attaqués au domaine du droit, en bâtissant une solution alternative : multiplier les types de licenses, pour bien dissocier des choses telles que la paternité de l’oeuvre, le droit à la copier librement, le droit de la modifier librement (je prends ici les grands principes des licences creative commons).
    • En effet, au système du droit répressif, se substitue un système collaboratif, qui n’est plus régi par des brevets déposés au nom de chacun, mais des mises en commun de compétences pour bâtir des produits encore meilleurs, qui soient la propriété de tous. Cette mise en commun, qui fait la force des systèmes d’exploitation ouverts comme Linux, ou des logiciels libres comme Openoffice, repose avant tout sur une démarche collective. Mark Shuttleworth, le fondateur de Ubuntu Linux exprime régulièrement cela en termes d’éducation : donner à tous un accès à un système d’exploitation et des programmes librement modifiables. De même, malgré des crises, l’objectif de Wikipedia est de créer une « encyclopédie libre, gratuite et multilingue ».
    • La question sera d’appréhender les conséquences économiques de tels développements. Le marché du gratuit est-il un marché ? (Je pense que oui). Le gratuit est-il viable économique ? (Je pense que oui). Comment intégrer les apports du marché du gratuit ? A mon sens, en raisonnant de plus en plus en termes de capital humain, c’est-à-dire d’éducation, et de coûts / gains dérivés, ce qui est difficile : comment évaluer le coût total d’un actif comme la somme de son prix de vente, des obligations auxquelles ils nous contraint, de son impact futur sur l’environnement et sur la société, etc. Tristan Nitot traite déjà d’un aspect du problème, en expliquant que le bas prix des produits fabriqués en Chine que nous retrouvons chez nous est notamment dû aux faibles coûts du transport, ce qu’une hausse inconsidérée des prix du pétrole pourrait remettre en cause. Il en profite pour parler de l’environnement, un coût caché récurrent (billet à venir).

    Chr.