Ce matin
Le sol gris
C’est la gare.Mais le ciel bleu
Filtrant la lumière
C’est l’Arizona.
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Caillou – Opium
C’était il y a longtemps
J’ai brûlé ma vie
En ta compagnie
Et j’ai vécu des rêves fous.Et j’ai souffert de l’état de manque
Pendant longtemps après.
Il ne me restait plus que les cendres
De la poussière
Et un drôle de truc dans les poumons.Et le temps a passé,
Lentement.
Un jour, je me suis retourné,
J’avais arrêté de penser à toi
Pendant un jour.J’avais même oublié ces pépites d’opium
Au fond de ce tiroir
Que j’ai ouvert ce soir.Et tout m’est revenu.
La caresse de tes volutes
Au repos.
L’élasticité de tes idées.
Le dragon qui se réveille
Dans ma poitrine.
Les ruines fumantes.Ne plus jamais ouvrir ce tiroir.
La nuit est noire et froide
Ce soir.
Caillou – Sierra Selva
Ma ville est dans une vallée de nuages.
Au bout des rues
Je vois leurs frondaisons.
Caillou – Reste encore
Cet espace tiède
Dans ton cou
Cookie à grignoter.
Le son du silence
J’en avais formulé le souhait, deux fois, mais l’idée (l’envie) était plus ancienne.
Je suis allé quelques jours en retraite spirituelle, seul.
Pas d’Internet, pas de sonneries de téléphone ou de porte d’entrée, pas de télé ni de radio. Très peu de musique, et douce (Bach, Mozart, Pat Petheny).
Réveil sans sonnerie de réveil, travail (sur un livre) dès le matin, en buvant du thé toute la matinée.
Il y avait un silence qui était tel qu’on entendait enfin tous les bruits qu’on n’entend que quand il y a du silence. Le froissement des ailes d’une petite chauve-souris, la nuit tombée. Le bourdonnement des abeilles, le zonzonnement des mouches.
J’ai passé des heures à regarder les nuages.
Un collègue qui m’avait dit, il y a 15 ans : quand je prendrai ma retraite, j’irai dans ma maison dans Le Perche, j’écouterai les rythmes des plantes et des bêtes.
J’y suis allé, j’en suis revenu.
Le vent s’appuie
Sur le paillasson dru
Des champs de blé.Les yeux au ras de l’herbe
Je vois les abeilles qui s’affairent
Balles de golf tigrées
Sur un green à l’abandon.Éole dessine des motifs d’Escher
Avec ses troupeaux de nuages.Les arbres jouent
Aux marionnettes chinoises
Dans le feu du couchant.
Caillou – Grand écart
J’ai tout fait.
Tout.J’ai été gentil,
Et j’ai franchi les barrières sombres
Plus d’une fois.J’ai été compréhensif
Et inhumain.
Ouvert
Et farouche.
Aimant
Et cassant.J’ai tout fait.
J’ai vu la lumière
Je vois l’ombre.
J’attends demain
Ce soir
Sans attente.
Caillou – 5 mn
Cinq minutes pour te dire quoi,
Dans ce bruit et ces fâcheux.Cinq minutes ensemble,
Mais il reste les autres dans ma tête.Cinq minutes
Où je refuse mon masque habituel.Il nous faudra beaucoup de fois
Cinq minutes.
Caillou – Danaé
La nuit dernière
Trois petites filles face au cerisier
Enneigées de pétales qui tombent dans la brise.
Voilà le printemps.
Caillou – Effeuillés
Au moment du décompte final
Je n’aurai probablement pas lu
Les bons livres.
Caillou – Lemming
C’est souvent au printemps
Que je fais des conneries.
Caillou – Je n’ai plus la patience
Tu étais adorable, et j’étais enflammé
Tant de nouveauté, et de réactivité,
Tu percutais à chacun de mes actes
Et je me disais « Whoa ! »Tu avais l’attrait de la nouveauté
Il y en avait eu d’autres avant toi
Mais tu étais juste… la perfection.Je me souviens encore de notre complicité
Tu étais juste une partie de mon corps
Et je sais que tu en as tiré du plaisir, aussi.Mais maintenant tu rames.
Je n’ai plus la patience, je veux que tu me délivres
Ce que je veux
Quand je le veux.
Et de plus en plus souvent
Tu ronfles.Je veux que tu me délivres.
Je vais te reformater
Ou te recycler
Tu sais, il y a des nouveaux modèles
Moins cher
Qui ne demandent pas autant de préliminaires avant de booter.
Je suis juste fatigué de toi.
Excuse-moi.
Caillou – Hephaïstos
Toi qui as vu
Sous tous mes masques
Ma tristesse inexpliquée
Tu me connais.
Caillou – Contrepoint
A chaque plat correspond un vin
Dit-on.
A chaque moment de ma vie a correspondu une musique
Et pour l’instant, ça m’a sauvé.
→ Bother
Caillou – Attila
Tout brûler.
Les e-mails en attente,
les supplications en vain depuis l’autre bout du monde,
Les brûler.
Les appels téléphoniques, les amis,
Tout brûler.Le travail, les collègues, les dossiers, les post-its,
Partis en fumée sacrificielle.
Les factures.
Les déclarations de TVA et les chèques emploi-service.
Les relevés bancaires.
Les relevés de portefeuille
Qui montrent des actions
Dont la valeur est déjà partie en fumée.
Tout brûler.Les meubles les patères les étagères
Les statues les tableaux les lampes
Les cadenas les verrous
Les fissures et les écailles de peinture
Les robinets les éponges moisies
Les serpillières
Tout éponger
Et l’eau se transformera en vapeur
Dans le brasier final.Les CDs les musiques les iPods
Ne laisser qu’une musique dans ma tête
Celle du crépitement des flammes
Le chuintement du plastique fondu
Recyclé brutalement.Les livres.
Tous.
Sauf peut-être Steinbeck, London, Kipling.
Peut-être.Mes écrits.
Tout abandonner, tout finir,
Entre un roman chef d’oeuvre et un roman de gare
Le feu ne voit que du papier.
Il résume tout l’orgueil en quelques flammes.
Le point final de mes oeuvres sera une escarbille.
Tout retourne à la poussière.Les caresses brûlantes, les baisers torrides,
La douceur tiède d’une couette
Où nous étions deux
La fièvre de nos échanges, la lumière de nos mots,
Deviendront buisson ardent.Les souvenirs, les regrets,
La tristesse natale de mes origines,
Tout fondre dans un creuset à haute température
Où ma carte-mère sera réinitialisée.
Et puis brûler la carte-mère.Et quand il ne restera que des cendres
Brûler les cendres
Et brûler les cendres des cendres
Infiniment.
Et quand, des cendres des cendres,
Il ne restera qu’un petit tas dans ma paume,
Faire « pfouh ».Laisser la poussière retomber
Prendre mes Steinbeck, London et Kipling
(peut-être)
Et partir.Et commencer à fumer.
Caillou – Ce qu’on vit…
C’est simplement bizarre
Et en même temps si simple.
Comme deux animaux,
craintifs, mais confiants,
Ouverts, mais marqués,
Qui s’apprivoisent
En liberté.Comme deux animaux joueurs.
Futiles et graves,
Mais surtout futiles.Ce monde n’existe pas,
Raison de plus pour profiter
De chaque instant
A deux.
Caillou – In fusion (2)
Prendre un bain.
Et fondre comme un morceau de sucre
Dans la tisane.
