Category Archives: Ubuntu

CQFD

Hier, je forgeais Wouifer, et ce matin, j’ai eu mon aéropage :

[à propos des preneurs de son qui, à la radio, doivent donner un « paysage sonore » aux émissions] « … Elle ne dispose que d’une journée pour réaliser toutes ses prises, donner l’impression du printemps, de l’hiver. Elle se souvient surtout de l’automne. « Michael Lonsdale marchait sur un chemin de cailloux. Devant lui, le technicien reculait avec sa perche. Lonsdale disait ‘la vie n’a aucun sens’, et un coucou s’est mis à chanter : cou-cou cou-cou… Le comédien a levé les yeux au ciel et repris : ‘la vie n’a aucun sens’. L’oiseau a recommencé son cou-cou cou-cou. ‘Et comme la vie n’a aucun sens…’a poursuivi Lonsdale, avant d’être interrompu par un ultime cou-cou, cou-cou… C’était extraordinaire ! »

Catherine Lemire, citée in Telerama n° 3004, 1er août 2007, p. 43.

Donc, Lonsdale et le coucou, ça wouife.
Certes, cela m’était déjà arrivé avec Cyrano, mais c’est toujours agréablement surprenant, ces coïncidences livresques.

Ubuntu – Wouifer (ou bliper)

Je reprends, après de nombreux mois, la taxonomie des petits bonheurs quotidiens (ubuntus), et leur pendant obscur, les petits tracas quotidiens (batanas) (Rappel : de quoi s’agit-il ?).

Wouifer (ou bliper) : v. i. Se rendre compte qu’une musique qui passe est parfaitement en rythme avec une sonnerie domestique. Par exemple, She moves on, de Paul Simon, ça wouife avec les bips de mon micro-ondes qui disent que le plat est prêt.
Par extension : plusieurs fois de suite, prévoir les objections qu’on va recevoir, et avoir une réponse.

Les vrais aficionados (?) de cette rubrique verront (?) une filiation sonore revendiquée avec le « Wouiner » de Yog, à cause de proximité sémantique.

Certains esprits, moins positifs, demanderont « et comment nomme-t-on la sonnerie domestique qui n’est pas en rythme avec la musique, et qui gâche tout ? ». Pour cette batana, je propose le nom d’Assommance.

La phrase du jour

A midi, déjeuner de travail avec des collègues. On évoque des possibilités, une collègue dit « Oui, mais il va toujours y avoir des chieurs qui seront contre. » Et Pierre répond alors « Les chieurs, tu me les envoie. »
J’interviens : « Eh, Pierre, je peux t’envoyer les miens aussi ? Parce que j’en ai des semi-remorques… »
Et cet homme admirable répond, imperturbable : « Pas de problème, tu me les envoie aussi ».
Il m’a sauvé ma journée.

Ubuntu – perdroler

Ces temps nécessitent un peu d’optimisme, et rien de tel qu’un ubuntu fraichement éclos de la machine à faire des pâtes pour se requinquer. Inspiré par deux aventures, deux soirs successifs, au ski.

Perdroler : v.i. Remporter une petite victoire sur un restaurateur.
Par exemple : arguer que c’est à cause de la déficience du gel inflammable que la fondue a croustiné, et suggérer qu’une autre portion de fondue (offerte grâcieusement) serait bienvenue. Attendre avec un intérêt tempéré de patience. Voir enfin le loufiat remonter l’escalier avec un poëlon surnuméraire, et le remercier copieusement, en termes fleuris.
Autre exemple : suggérer que le prix prohibitif de la pierrade frise l’escroquerie, compte-tenu de la faible densité de viande dans l’assiette. Accueillir les excuses désolées du garçon en mettant tout sur le dos du patron. Attendre avec un intérêt tempéré de patience. Voir revenir le garçon avec une autre assiette remplie, le remercier abondamment tandis qu’il fait « chut » par gestes. Lui laisser un pourboire royal, alors qu’on a payé la note sans arrondir au centime supérieur.

Petits conseils pour avoir des chances de perdroler : ne pas sombrer dans le registre typiquement français de l’insulte et des menaces, du regard de haut et du mépris. Être courtois, l’humour marchant très souvent, le but étant de créer une connivence rigolarde à coup de termes coruscants.
Et surtout… ne pas s’entêter si on n’a pas réussi à perdroler. Mais péter la vitrine en sortant, hahaha.

Ubuntu – Aéropage

Attention, mon aéropage est féminine, à ne pas confondre avec un aréopage (encore un r qui se balade).

Aéropage : n.f. Sensation que l’on éprouve quand, dans un roman, on trouve un passage qui correspond à ce que l’on vient de vivre il y a quelques heures. Par exemple : lire plusieurs pages sur la photographie dans un roman le lendemain d’une virée photographique. Recevoir par mail une photo qui correspond assez exactement à une phrase que l’on venait de noter dans un roman (et rassembler les deux).
Par extension : en cherchant des ciseaux, retrouver une vieille photo qu’on croyait perdue depuis des mois (idéalement, quelques heures après le coup de fil / mail / télégramme de la personne perdue de vue.

La liste des Batanas et Ubuntus a été mise à jour (NB : les termes récents sont en bleu).

Inclassable – Bling-Blong

Dans la rubrique Inclassable (mais c’est plutôt un ubuntu) :

Bling-Blong : n.m. Dialogue par le truchement des commentaires d’un billet, qui se transforme en échange nourri (le plus souvent, nocturne), tandis que le propriétaire du blog compte les points (ou dort).
Par extension : dialogue libertin entre deux inconnus chez une tierce personne (qui, idéalement, avait des vues sur l’un des deux).

Ubuntu – Biyarder

Voici un ubuntu citadin.

Biyarder : v.i. En voiture, ne pas avoir à freiner (ni accélerer), car les feux passent tous au vert quand on est encore à 200 m. Se laisser glisser sans à-coup.
Par extension : descendre le toboggan d’une piscine en tenant un enfant dans les bras.

Projet Ubuntu

Monsieur Jean en a été le co-fondateur, et le premier contributeur (premier nommage, première définition), sous les auspices de Yann ou Joséphine. Il s’agit donc de proposer un pendant aux batanas, et de définir, identifier, des petits plaisirs quotidiens.
Le ubuntu, c’est l’anti-batana.
(Liste des batanas ici, et aussi chez Yog, ici et ).

Question : le ubuntu doit-il être par essence champêtre, naturel, estival, ou peut-on avoir un ubuntu en ville ? Réponse (évidente) : étant l’anti-batana, il est l’anti-tracas quotidien. Donc, si une batana, c’est de se prendre la manche dans une poignée de porte, un ubuntu sera, par exemple, cette brise rafraichissante que l’on sent déjà dans le couloir d’un métro surchauffé. Donc le ubuntu peut (voire, doit) être présent en ville, hors vacances.

Voici la liste des premiers ubuntus :

  • Vespéridienne : n. f. Un jour de forte chaleur, heure à laquelle l’air du dehors devient plus frais que l’air du dedans, et on peut donc ouvrir les volets et fenêtres. (terme copyleft Monsieur Jean).
  • Petit-terrasser : v.i. prendre son petit déjeuner dehors au soleil, sans être bien réveillé, éventuellement pieds nus et en caleçon, avec des croissants chauds en feuilletant Libé.