{"id":910,"date":"2009-04-28T04:17:36","date_gmt":"2009-04-28T04:17:36","guid":{"rendered":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/?p=910"},"modified":"2009-04-28T04:17:36","modified_gmt":"2009-04-28T04:17:36","slug":"la-course-commence-au-30eme-km","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2009\/04\/28\/la-course-commence-au-30eme-km\/","title":{"rendered":"La course commence au 30\u00e8me km&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>Voici donc le compte-rendu de mon Marathon de Londres, couru hier. <\/p>\n<p> L&rsquo;histoire a commenc\u00e9 par de la peur et de l&rsquo;appr\u00e9hension. Je le rappelle pour ceux qui ne sont pas familiers de ces pages, notamment <a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/index.php\/Courir\">la rubrique Courir<\/a> : sur les 6 marathons que j&rsquo;ai courus, 4 se sont termin\u00e9s dans une grande souffrance. Pour des r\u00e9cits d\u00e9taill\u00e9s, voyez par exemple <a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2007\/04\/25\/407-surhumain\">ici<\/a> ou <a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2008\/04\/14\/659-tout-ce-qui-ne-tue-pas-rend-plus-fort\">l\u00e0<\/a>.<br \/> Depuis que je cours 2 marathons par an, je vois la diff\u00e9rence. Mes marathons d&rsquo;automne (<a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2007\/10\/03\/508-marathon-de-berlin-haile-gebrselassie-et-moi\">Berlin<\/a>, <a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2008\/11\/11\/818-nenikamen\">Ath\u00e8nes 1<\/a> et <a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2008\/11\/12\/819-marathon-d-athenes-la-course-revisitee\">2<\/a>) sont arriv\u00e9s apr\u00e8s un entra\u00eenement d&rsquo;\u00e9t\u00e9, au soleil, et ce sont les deux marathons o\u00f9 je n&rsquo;ai pas eu trop de difficult\u00e9s. Par opposition, mes marathons de printemps arrivaient apr\u00e8s un entra\u00eenement de janvier \u00e0 mars. Imaginez d\u00e9but janvier, la nuit, le froid, et la n\u00e9cessit\u00e9 de se motiver pour caler des entra\u00eenements. Ajoutez \u00e0 cela le travail et son stress. J&rsquo;arrive souvent aux marathons de printemps en ayant eu un entra\u00eenement all\u00e9g\u00e9.<br \/> C&rsquo;\u00e9tait donc ma perception vendredi : les mois d&rsquo;hiver avaient \u00e9t\u00e9 durs, j&rsquo;avais saut\u00e9 des entra\u00eenements. Mais \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9, j&rsquo;\u00e9tais aiguillonn\u00e9 par une certitude : plus jamais la souffrance des marathons o\u00f9 je finissais d\u00e9truit, en trottinant p\u00e9niblement au gr\u00e9 de mes douleurs.<br \/> C&rsquo;est assez comme intro, passons \u00e0 la course de dimanche.<\/p>\n<p> <span style=\"font-weight: bold;\">L&rsquo;aube<\/span><\/p>\n<p> <img decoding=\"async\" style=\"width: 400px; height: 296px; float: left;\" alt=\"\" src=\"\/blog\/wp-content\/images\/Metro.jpg\" hspace=\"20\">R\u00e9veil dimanche matin avant que le r\u00e9veil ne sonne, Laurent et moi avons pr\u00e9par\u00e9 toutes nos affaire la veille, mais nous descendons d&rsquo;abord petit d\u00e9jeuner. Surprise tr\u00e8s agr\u00e9able : le ciel est bleu, il y a un rayon de soleil. Pour une m\u00e9t\u00e9o qui annon\u00e7ait du gris et de la pluie, nous y voyons un signe : \u00e0 part Berlin, tous les marathons que nous avons courus ont \u00e9t\u00e9 baign\u00e9s de soleil. Du th\u00e9, du pain complet, du jambon. Retour \u00e0 la chambre, douche, pr\u00e9paration. La pr\u00e9paration vestimentaire s&rsquo;apparente \u00e0 celle du tor\u00e9ador ou du samoura\u00ef : plusieurs rituels correspondant au torse, aux pieds, aux parties sensibles, le souci de tous les d\u00e9tails (piles de rechange dans la poche du short, gels au glucose sur l&rsquo;avant bras, pommade sur les pieds, bracelet avec les temps de passage au poignet, pansements et cr\u00e8me l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a frotte, casque de baladeur autour du cou&#8230;).<br \/> Nous nous retrouvons tous dans le hall, d\u00e9part en m\u00e9tro, il suffit de montrer notre dossard pour que les pr\u00e9pos\u00e9s nous ouvrent les portillons.<br \/> Trajet ensemble, \u00e0 plaisanter en riant un peu jaune, je respire profond\u00e9ment, le stress est l\u00e0 mais je le maintiens \u00e0 distance \u00e0 grands coups d&rsquo;inspirations.<\/p>\n<p> <span style=\"font-weight: bold;\">Le d\u00e9part<\/span><\/p>\n<p> Nous arrivons et marchons au soleil avec les milliers d&rsquo;autres coureurs. Nous d\u00e9bouchons sur une \u00e9norme \u00e9tendue de pelouse, allons d\u00e9poser nos affaires au vestiaire, puis c&rsquo;est l&rsquo;ultime pipi pour ceux qui en avaient besoin, et on se retrouve dans le peloton. 36 000 coureurs qui attendent, \u00e7a parle, \u00e7a se tait, \u00e7a visualise, \u00e7a \u00e9coute les h\u00e9licopt\u00e8res qui tournent, les haut-parleurs qui crachent leurs encouragements. Le d\u00e9part a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 devant, le temps que le mouvement arrive jusqu&rsquo;\u00e0 nous, je prends mon premier gel au glucose. Nous marchons, un dernier coup d&rsquo;oeil, un encouragement, et \u00e7a commence \u00e0 trottiner. Je vois la ligne de d\u00e9part qui se rapproche, j&rsquo;ai l&rsquo;impression de flotter dans une chaussure : je m&rsquo;arr\u00eate sur le bas-c\u00f4t\u00e9, je relace la chaussure pos\u00e9ment, mieux vaut le faire avant de passer la ligne de d\u00e9part qui d\u00e9clenchera mon chrono officiel. <br \/> D\u00e9part. La foule est tr\u00e8s dense, on n&rsquo;arrive pas \u00e0 prendre son rythme.<img decoding=\"async\" style=\"width: 400px; height: 296px; float: right;\" alt=\"\" src=\"\/blog\/wp-content\/images\/Course.jpg\" hspace=\"20\"> Plusieurs fois de suite, le peloton s&rsquo;arr\u00eate et on est oblig\u00e9s de marcher. Frustration : comment se mettre dans le rythme de la course, si on en est r\u00e9duits \u00e0 marcher. Mais apr\u00e8s quelques arr\u00eats, \u00e7a d\u00e9marre doucement. La voie est \u00e9troite, il faut faire attention \u00e0 ne pas se faire bousculer, le rythme de course n&rsquo;est pas du tout id\u00e9al, tout le monde est ralenti. Un ou deux miles s&rsquo;\u00e9coulent comme \u00e7a, on regarde le dos du gars devant, on s&rsquo;essaie aux zig-zags. Pour ma part, je respire profond\u00e9ment, j&rsquo;attends le bon moment sans stress.<br \/> Peu \u00e0 peu, le peloton s&rsquo;\u00e9tire, et m\u00eame si la foule de coureurs reste dense, on commence \u00e0 pouvoir courir. Au bout de 2-3 miles, je suis \u00e0 mon allure fix\u00e9e, 5&rsquo;30\u00a0\u00bb au kilom\u00e8tre. Je sais que c&rsquo;est ambitieux, j&rsquo;ai vraiment la trouille que \u00e7a me fasse exploser en vol vers le km 25 ou 30, mais j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 \u00e7a vendredi soir, je vais tenter cette allure.<\/p>\n<p> <span style=\"font-weight: bold;\">Le d\u00e9roul\u00e9<\/span><\/p>\n<p> Nous sommes dans une banlieue de petits cottages, le soleil brille, et la foule est d\u00e9j\u00e0 amass\u00e9e sur les c\u00f4t\u00e9s, c&rsquo;est tr\u00e8s diff\u00e9rent des autres marathons que j&rsquo;ai courus, o\u00f9 l&rsquo;on d\u00e9marrait dans une indiff\u00e9rence totale.<br \/> Je d\u00e9couvre l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de courir en miles : il y en a moins, on n&rsquo;est pas dans l&rsquo;impatience de voir le prochain panneau. Nous arrivons bient\u00f4t au Mile 3, c&rsquo;est le moment de prendre mon deuxi\u00e8me gel. Le stand de boissons n&rsquo;est pas loin derri\u00e8re, je dilue tout ce sucre sans m&rsquo;arr\u00eater, tout va bien. Il y a beaucoup de foule, il faut signaler quand on double, c&rsquo;est dense. Je jette de temps en temps un \u0153il sur ma montre, histoire de corriger l&rsquo;allure. Rien de grave : de temps en temps une petite pointe de vitesse, par moments un ralentissement, allez, on n&rsquo;est pas des machines, je peux tol\u00e9rer un certain flou autour de l&rsquo;objectif. On passe les miles 4, puis 5. Je consulte r\u00e9guli\u00e8rement mon bracelet de temps de passage : je suis en avance sur l&rsquo;objectif de 4h (rappel : mon record date de Berlin 2007, 4h18 sur un marathon r\u00e9put\u00e9 tr\u00e8s plat) mais je sais par exp\u00e9rience que l&rsquo;enthousiasme du d\u00e9but peut se transformer en souffrance \u00e0 la fin. Je me cantonne \u00e0 mes 5&rsquo;30\u00a0\u00bb au km, \u00e7a durera ce que \u00e7a durera. Il y a des ravitaillements en eau tous les miles, c&rsquo;est trop, je d\u00e9cide de ne boire que tous les 2 miles. Le tout sans m&rsquo;arr\u00eater. <br \/> Il y a des orchestres, des coureurs d\u00e9guis\u00e9s, ou des vrais professionnels. Je passe un pompier qui court, un vrai pompier, avec son manteau de cuir \u00e9pais, son casque d&rsquo;intervention, sa bouteille d&rsquo;oxyg\u00e8ne attach\u00e9e dans le dos et &#8211; d\u00e9tail qui tue &#8211; ses grosses chaussures en cuir, on dirait des chaussures de chantier, pas vraiment ce qui est recommand\u00e9 pour courir 42 km. Un coureur l&rsquo;interpelle \u00ab\u00a0You&rsquo;re not serious ?!\u00a0\u00bb Il r\u00e9pond sans douter \u00ab\u00a0Oh yes I am !\u00a0\u00bb<br \/> Grande ambiance populaire.<\/p>\n<p> <span style=\"font-weight: bold;\">La foule<\/span><\/p>\n<p> Nous ne sommes jamais seuls. Quel que soit le moment, il y a des vingtaines de personnes de chaque c\u00f4t\u00e9, press\u00e9es sur plusieurs rangs, pour nous voir passer et nous encourager. Et tout \u00e7a \u00e0 10h du matin, un dimanche, dans un quartier \u00e9loign\u00e9 de Londres. Que sera le centre ? L&rsquo;ambiance est en m\u00eame temps bon enfant et passionn\u00e9e : la foule interpelle ceux qui avaient leur pr\u00e9nom imprim\u00e9 sur le T shirt, les spectateurs brandissent leur bi\u00e8re (\u00e0 10h du matin&#8230;), les orchestres jouent \u00e0 plein volume. J&rsquo;arrive au Mile 9, je prends mon troisi\u00e8me gel. Les petites rues sont tortueuses, je lis les dos des T shirts devant moi : quasiment tous courent pour une cause, une <span  style=\"font-style: italic;\">charity<\/span>. Du coup, je me sens \u00e0 l&rsquo;aise : avec nos 18 300 \u20ac de dons lev\u00e9s uniquement sur ce marathon, nous faisons partie int\u00e9grante de<br \/>\nce mouvement. Le soleil tape, l&rsquo;asphalte est dur, mais pour l&rsquo;instant, tout cela fonctionne bien. Je suis toujours en avance sur le programme de 4h, je d\u00e9cide de ne plus regarder mon bracelet, je connais trop bien les effets de l&rsquo;enthousiasme, et la somme qu&rsquo;il faudra payer cash apr\u00e8s coup, au moment o\u00f9 les forces m&rsquo;abandonneront.<\/p>\n<p> <span style=\"font-weight: bold;\">La moiti\u00e9<\/span><\/p>\n<p> Nous subissons quelques petites c\u00f4tes, o\u00f9, conforme \u00e0 ma strat\u00e9gie d&rsquo;Ath\u00e8nes apprise apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec cuisant de Turin, je ralentis l&rsquo;allure. Je me fais doubler sans angoisse, cela m&rsquo;aide \u00e0 conserver cette \u00e9nergie qui me sera indispensable \u00e0 partir du Km 30. Aux ravitaillements, il faut vraiment \u00eatre attentif. Certains coureurs passent en force en bousculant. D&rsquo;autres laissent tomber leur bouteille derri\u00e8re eux, juste dans les pieds des suivants. Tout est une question de vigilance. Et je sais que la vigilance baissera avec la fatigue. <br \/> Je continue \u00e0 mouliner des gambettes, \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie, les pieds rasant le sol, le torse qui ne bouge quasiment pas. R\u00e9guli\u00e8rement, je convoque le Regard Qui Tue, le regard qui fixe l&rsquo;horizon, et surtout, au-del\u00e0 de l&rsquo;horizon, le regard qui dit : bient\u00f4t, je serai L\u00e0-Bas, et rien ne m&rsquo;arr\u00eatera. Gel au Mile 12 + eau.<br \/> Tower Bridge. Cette vue me remplit de joie, c&rsquo;est superbe, ce pont suspendu qui nous attend. Certes, \u00e7a monte, mais la foule vibrionnante des deux c\u00f4t\u00e9s, la Tamise et tous les monuments que l&rsquo;on aper\u00e7oit, font que cette travers\u00e9e du pont est un grand moment. Il y aurait eu 5 000 spectateurs sur ce pont que cela ne m&rsquo;\u00e9tonnerait pas. <br \/> Sortie du pont, retour \u00e0 la vie, retour \u00e0 la course.<br \/> J&rsquo;approche du Mile 13, presque la moiti\u00e9 du parcours. Je vois un T-shirt \u00ab\u00a05marathons\u00a0\u00bb devant, je me rapproche progressivement, c&rsquo;est Marcin, le copain de Maciej. Je le rejoins, on \u00e9change quelques encouragements, puis je continue \u00e0 avancer. J&rsquo;arrive au 13, j&rsquo;attends encore quelques centaines de m\u00e8tres, jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre s\u00fbr d&rsquo;avoir pass\u00e9 le semi-marathon, puis je mets mon casque : c&rsquo;est la seconde partie de la course, \u00e7a va se faire en &nbsp;musique. J&rsquo;ai une inqui\u00e9tude : je me sens fatigu\u00e9 des jambes. Au semi-marathon, c&rsquo;est pr\u00e9occupant. Le premier morceau que j&rsquo;entends est <a href=\"http:\/\/www.deezer.com\/track\/2193534\">Sting, \u00ab\u00a0Brand new day\u00a0\u00bb<\/a>. <br \/> <span style=\"font-style: italic;\">You can turn the clock to zero, honey<\/span><br style=\"font-style: italic;\"> <span style=\"font-style: italic;\">I&rsquo;ll sell the stock, we&rsquo;ll spend all the money<\/span><br style=\"font-style: italic;\"> <span style=\"font-style: italic;\">We&rsquo;re starting up a brand new day<\/span><\/p>\n<p> <span style=\"font-weight: bold;\">Face aux champions<\/span><\/p>\n<p> A partir du Mile 13, le parcours fait une boucle. Cela signifie que l&rsquo;on voit, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;avenue, ceux qui reviennent de la boucle. Ce sont les rapides, ceux qui vont courir en 2h30. Ils sont peu nombreux, tr\u00e8s distants les uns des autres, et &#8211; mirage oculaire &#8211; ils ne me semblent pas courir plus vite que nous (alors qu&rsquo;il courent \u00e0 20 km\/h. Eux.) <br \/> L\u00e0, on rentre dans le trou noir. Pendant 2 miles (c&rsquo;est-\u00e0-dire tr\u00e8s longtemps), je ne vois plus les panneaux de miles, et je ne sais plus o\u00f9 j&rsquo;en suis. J&rsquo;attends le prochain panneau pour faire le point, en attendant, je prends les tournants, je surveille mes vis-\u00e0-vis, je double ou je ralentis quand il le faut. C&rsquo;est dingue, on en est au Mile 15, plus de la moiti\u00e9 de la course, et on ne peut toujours pas courir librement, il faut zig-zaguer, \u00e9viter, ralentir, passer de c\u00f4t\u00e9&#8230; <br \/> Le poteau arrive enfin : Mile 16, ouf. <br \/> Je me rends compte que c&rsquo;est le moment de prendre mon gel du Mile 16, j&rsquo;attends le prochain ravitaillement, et hop, c&rsquo;est fait. <br \/> Je zappe toutes les musiques qui me gonflent, ou qui ne sont pas adapt\u00e9es (Paul Personne, <span style=\"font-style: italic;\">Me laisse pas tout seul<\/span>, c&rsquo;est super, mais qu&rsquo;est-ce que \u00e7a fout sur ma playlist de marathon ?), ma vitesse tombe souvent \u00e0 5&rsquo;40\u00a0\u00bb au km, je respire, je consulte ma fr\u00e9quence cardiaque : comme je l&rsquo;ai souvent observ\u00e9, il suffit que je me focalise sur ma respiration pour faire redescendre mes battements de coeur. \u00c9motif que je suis. <\/p>\n<p> <span style=\"font-weight: bold;\">\u00ab\u00a0La course commence au Km 30\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p> On arrive au Mile 19. Celui-l\u00e0, je l&rsquo;attendais plus que le semi-marathon. Car comme dit Pierre Couvreur, notre gourou, l&rsquo;homme aux 40 marathons, le record \u00e0 2h42, \u00ab\u00a0La course commence au 30\u00e8me km\u00a0\u00bb. Par l\u00e0, il ne veut pas dire qu&rsquo;avant le 30\u00e8me, on n&rsquo;a rien fait. Il veut juste souligner que c&rsquo;est l\u00e0 que \u00e7a va devenir s\u00e9rieux, et difficile.<br \/> Je prends mon gel du Mile 19, je respire, je reviens \u00e0 5&rsquo;30\u00a0\u00bb, j&rsquo;\u00e9coute Eric Clapton, je fixe un regard au laser sur l&rsquo;horizon, putain, va pas falloir me faire chier, je suis l\u00e0 pour aller jusqu&rsquo;au bout, et sans mollir. <br \/> La foule est partout. J&rsquo;\u00e9coute ma musique \u00e0 fort volume, mais j&rsquo;entends bien les acclamations : la foule est une vraie foule de supporters, c&rsquo;est un vrai plaisir de courir au milieu de ces personnes qui rendent vraiment hommage \u00e0 notre effort. Plusieurs fois, je me d\u00e9tache du milieu de la route et je cours le long des barri\u00e8res en tendant la main : tous les enfants tendent la main pour je tape dedans, \u00e7a me booste, je finis r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 5&rsquo;00 au km, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que je me calme en me disant que je ne vais pas arriver \u00e0 tenir ce rythme jusqu&rsquo;au bout, et je ralentis.<br \/> Et puis arrive le morceau de musique.<br \/> A Berlin, je me souviens, \u00e7a avait \u00e9t\u00e9 <span  style=\"font-style: italic;\"><a href=\"http:\/\/www.deezer.com\/track\/626417\">Men in black<\/a><\/span>, j&rsquo;avais commenc\u00e9 \u00e0 doubler tout le monde en zig-zaguant.<br \/> L\u00e0 c&rsquo;est <span style=\"font-style: italic;\"><a href=\"http:\/\/www.deezer.com\/track\/2516322\">Why Aye Man<\/a><\/span> (Mark Knopfler). Le morceau d\u00e9marre avec son intro et ses premiers couplets un peu soft, on sent bien qu&rsquo;on attend l&rsquo;implosion. Et puis le refrain. Bon sang, l\u00e0 je d\u00e9marre au quart de tour, je me mets \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer, mes semelles sont sur un coussin d&rsquo;air, je pulse comme un vent du Colorado.<br \/> Je crois que je reverrai toujours cette avenue du Mile 20, et la foule, le soleil et les ombres, et <a href=\"http:\/\/www.deezer.com\/track\/2516310\">Why Aye Man<\/a> dans les oreilles. <br \/> Mais tout \u00e0 une fin, et un autre morceau passe (je le zappe) puis un autre (je le zappe) et Clapton \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p> <span style=\"font-weight: bold;\">La jonction<\/span><\/p>\n<p> La boucle se termine, je repasse de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, et comme tout \u00e0 l&rsquo;heure je voyais les rapides qui couraient en 2h30, je suis d\u00e9sormais \u00e0 leur place et je vois en face tous ceux qui sont derri\u00e8re moi (8 miles derri\u00e8re&#8230;), il y a des vieux, des jeunes, des marcheurs, des gros, des grands, des femmes, des d\u00e9guis\u00e9s, et je me dis \u00ab\u00a0mais comment vont-ils faire, quelle horreur\u00a0\u00bb et je continue \u00e0 courir, je repense juste \u00e0 Hemingway : <\/p>\n<blockquote><p> <em>\u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce que je raconte ? pensa-t-il. Voil\u00e0 que je d\u00e9raille. Faut garder la t\u00eate froide. Garde la t\u00eate froide et endure ton mal comme un homme. Ou comme un poisson.\u00a0\u00bb<\/em><br \/> (Le vieil homme et la mer, Ernest Hemingway, 1952).<\/p><\/blockquote>\n<p> La famille de Laurent et la mienne nous attendent \u00ab\u00a0au Mile 24, mais regardez \u00e0 partir du Mile 22\u00a0\u00bb. Alors je regarde. Je passe des milliers de visages, riv\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9 droit, en me disant \u00ab\u00a0je vais les rater, c&rsquo;est pas possible, dans toute cette foule, c&rsquo;est impossible de reconna\u00eetre quelqu&rsquo;un.\u00a0\u00bb Je prends l&rsquo;avant-dernier gel, celui qui contient des excr\u00e9ments d&rsquo;abeille et de la poudre du Sahara, et je continue \u00e0 courir. C&rsquo;est la premi\u00e8re fois que je me suis arr\u00eat\u00e9 pour marcher, prendre mon gel et boire de l&rsquo;eau. Nous traversons de longs tunnels d&rsquo;obscurit\u00e9, la foule est \u00e9blouissante quand on ressort, et toujours la musique dans mes oreilles. <br \/> Mile 23. Je n&rsquo;arr\u00eate pas de regarder la foule du c\u00f4t\u00e9 droit, il y a trop de monde, trop de bruit.<br \/> Mile 24. Je n&rsquo;ai vu personne. Je passe dans un long tunnel sombre. Je me dis \u00ab\u00a0S&rsquo;ils sont devant, je ferais mieux d&rsquo;arr\u00eater la musique\u00a0\u00bb. J&rsquo;enl\u00e8ve mon casque et<br \/>\nje me baigne dans les bruits de la foule. 300 m plus loin, je sors du tunnel, un peu ivre, un peu \u00e9bloui. Je continue vers la barri\u00e8re devant moi. J&rsquo;entends \u00ab\u00a0Christophe !\u00a0\u00bb Je me retourne et l\u00e0, \u00e0 la perpendiculaire, dans un renfoncement que je n&rsquo;avais pas vu, ma famille, celle de Laurent, avec des drapeaux, des T shirts. On a fait la jonction. Je vais tous les embrasser, et eux me disent \u00ab\u00a0Mais vas-y, continue \u00e0 courir, vas-y\u00a0\u00bb. Alors j&rsquo;y vais, j&rsquo;y retourne, il reste juste&#8230; 2 miles.<\/p>\n<p> <span style=\"font-weight: bold;\">When we were Kings<\/span><\/p>\n<p> Nous courons le long de la Tamise. En face, loin, Westminster. La foule, toujours amass\u00e9e contre les barri\u00e8res, nous encourage avec un enthousiasme que je n&rsquo;ai vu qu&rsquo;\u00e0 Madrid. Mais l\u00e0, il y a dix fois plus de monde. <br \/> Cela fait longtemps que j&rsquo;ai abandonn\u00e9 ma vitesse de croisi\u00e8re de 5&rsquo;30\u00a0\u00bb. Je suis \u00e0 6&rsquo;00, souvent 6&rsquo;30\u00a0\u00bb au km. Mais il suffit d&rsquo;une chanson, ou d&rsquo;un d\u00e9tour par les barri\u00e8re pour taper dans des mains, pour que j&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re \u00e0 nouveau \u00e0 5&rsquo;40\u00a0\u00bb, voire 5&rsquo;30\u00a0\u00bb au km. Ce n&rsquo;est plus tr\u00e8s important : je me donne \u00e0 fond dans cette course, mais je profite aussi. Je sais, je sens, que je suis en dessous des 4h. Je veux juste maintenir cet avantage, mais pas au point d&rsquo;exploser et de ne plus pouvoir finir. <br \/> Mile 25. Je passe devant Westminster, les arbres sont verdoyants, la foule fait du bruit, la chaleur est omnipr\u00e9sente, il y a des portions de parcours qui ne font pas plus de 3 m\u00e8tres de large, et nous passons tous, en sueur, \u00e9puis\u00e9s, moulinant inlassablement le m\u00eame rythme de nos jambes fatigu\u00e9es. Je prends mon dernier gel, celui qui est un coup de fouet, qui contient de l&rsquo;uranium enrichi, du venin de scorpion, de la poussi\u00e8re d&rsquo;\u00e9toiles. Plus besoin de ravitaillement en eau, \u00e7a ne sert plus \u00e0 rien \u00e0 ce niveau de la course, je continue \u00e0 travailler des jambes, je pousse le volume de ma musique, zappant impitoyablement tous les morceaux trop mous. Et puis arrive ce morceau, en m\u00eame temps tr\u00e8s classique et toujours plein de souffle. <a href=\"http:\/\/www.deezer.com\/track\/60228\">Je monte le volume \u00e0 nouveau, et j&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re<\/a>.<br \/> Mile 26. Je ne le vois pas, car il n&rsquo;est pas indiqu\u00e9. Mais je vois d&rsquo;abord un panneau qui dit \u00ab\u00a0400 m\u00a0\u00bb. Je vais taper dans des mains, les spectateurs ont l&rsquo;air aussi fatigu\u00e9s que moi, j&rsquo;ai du mal \u00e0 obtenir des mains qui se tendent, mais j&rsquo;en ai besoin. Et puis je vois un panneau, juste avant une arche d&rsquo;acier. 385 yards. \u00e7a veut dire que l&rsquo;arche est au Mile 26. Je passe sous l&rsquo;arche, je tourne \u00e0 droite, et l\u00e0 :<br \/> Au loin, tr\u00e8s loin, trois arches jaunes, avec le chronom\u00e8tre officiel. Je vois 03h58&rsquo;49\u00a0\u00bb et je commence \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer. Je sais que j&rsquo;ai pass\u00e9 la ligne avec du retard sur le chrono officiel, donc mon temps r\u00e9el est en-dessous de ce qui est affich\u00e9. Mais 385 yards, c&rsquo;est long, surtout apr\u00e8s 42 km. Je sens que je ne peux pas sprinter sur la distance. Je r\u00e9gule. Je me d\u00e9porte sur la gauche et je vais taper dans des mains . Puis je me recentre, allez, encore quelques foul\u00e9es, et je passe la ligne. Pas du tout comme Ath\u00e8nes, et j&rsquo;\u00e9tais arriv\u00e9 en criant mon cri de guerre. Mais finalement, une fin de course \u00e0 l&rsquo;image de cette ville : j&rsquo;ai fini en tapant dans les mains de ceux qui m&rsquo;avaient soutenu sur toute la course.<img decoding=\"async\" style=\"width: 200px; height: 296px; float: left;\" alt=\"\" src=\"\/blog\/wp-content\/images\/Finish.jpg\" hspace=\"20\"><\/p>\n<p> 3 heure 54 minutes 46 secondes. <br \/> 23 minutes de mieux que mon meilleur temps (Berlin, septembre 2007, 4h18).<br \/> Mon 7\u00e8me marathon.<br \/> Mon 3\u00e8me marathon sans \u00ab\u00a0mur\u00a0\u00bb, sans effondrement, sans souffrance terribles. J&rsquo;apprends, peu \u00e0 peu.<\/p>\n<p> Et surtout, la chose la plus importante : 19 000 euros de dons r\u00e9colt\u00e9s pour la recherche g\u00e9n\u00e9tique sur le syndrome de Williams-Beuren. <br \/> 19 000 euros. Je sais pourquoi je cours. <br \/> Merci \u00e0 tous. <img decoding=\"async\" style=\"width: 400px; height: 296px; float: right;\" alt=\"\" src=\"\/blog\/wp-content\/images\/Bi\u00e8re2.jpg\" hspace=\"20\"><\/p>\n<p> PS : et que s&rsquo;est-il pass\u00e9 dimanche soir ?<br \/> <span style=\"font-style: italic;\">Tonight we&rsquo;ll drink the old town dry<\/span><br style=\"font-style: italic;\"> <span style=\"font-style: italic;\">Keep our spirit levels high<\/span><br \/> <a href=\"http:\/\/www.deezer.com\/track\/885531\">Mark Knopfler, <span style=\"font-style: italic;\">Why Aye Man<\/span> <\/a><\/p>\n<p>\n PPS : pour les vrais aficionados, il y a 3 versions diff\u00e9rentes de Why aye man dans ce thibillet. <\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici donc le compte-rendu de mon Marathon de Londres, couru hier. L&rsquo;histoire a commenc\u00e9 par de la peur et de l&rsquo;appr\u00e9hension. 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