{"id":9,"date":"2006-01-27T13:19:11","date_gmt":"2006-01-27T13:19:11","guid":{"rendered":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/?p=9"},"modified":"2006-01-27T13:19:11","modified_gmt":"2006-01-27T13:19:11","slug":"reflexions-traduttore-traditore","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2006\/01\/27\/reflexions-traduttore-traditore\/","title":{"rendered":"R\u00e9flexions &#8211; Traduttore traditore"},"content":{"rendered":"<p>Je suis en train de travailler sur la traduction d&rsquo;un <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/0071117997\/qid=1138362019\/sr=2-1\/ref=sr_2_11_1\/171-7644908-4349014\" >manuel de finance am\u00e9ricain<\/a> et cela m&rsquo;inspire quelques r\u00e9flexions et r\u00e9miniscences. Dans la <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2744070041\/ref=ase_sitecompdelouvrf\/171-7644908-4349014\" >pr\u00e9c\u00e9dente \u00e9dition<\/a>, j&rsquo;avais conclu la pr\u00e9face des traducteurs-adaptateurs par les mots suivants :<\/p>\n<blockquote><p>Brealey et Myers concluent leur ouvrage en citant Mark Twain. Nous citerons l&rsquo;acad\u00e9micien Edmond Jaloux, en esp\u00e9rant le contredire : <q>Les traductions sont comme les femmes : quand elles sont belles, elles ne sont pas fid\u00e8les ; quand elles sont fid\u00e8les, elles ne sont pas belles.<\/q><\/p><\/blockquote>\n<p> Je me rends compte de la vanit\u00e9 de mon propos (\u00ab\u00a0en esp\u00e9rant le faire mentir\u00a0\u00bb). <\/p>\n<ul>\n<li>D&rsquo;abord parce qu&rsquo;un ouvrage de finance, aussi r\u00e9put\u00e9 soit-il, ce n&rsquo;est jamais de la grande litt\u00e9rature. <\/li>\n<li>Ensuite parce que, de la m\u00eame mani\u00e8re que Vladimir Volkoff dit dans <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2877060012\/qid=1138367063\/sr=1-1\/ref=sr_1_8_1\/171-7644908-4349014\" >L&rsquo;interrogatoire<\/a> (Livre de Poche n\u00b0 6642, p. 221) que <q>\u00e0 la sortie de la machine, on trouve une mixture de jus d&rsquo;interrogateur et de jus d&rsquo;interrog\u00e9 : cela s&rsquo;appelle les aveux\u00a0\u00bb<\/q>, une traduction demande autant de transpiration aux traducteurs qu&rsquo;elle en a demand\u00e9 aux auteurs. Mais si on am\u00e9liore le texte en traduisant, le lecteur dira \u00ab\u00a0ah, ces auteurs am\u00e9ricains, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;ils sont clairs et p\u00e9dagogiques !\u00a0\u00bb et si l&rsquo;on traduit scrupuleusement un texte confus, le lecteur dira \u00ab\u00a0ah, que ces traducteurs ont d\u00e9natur\u00e9 la pens\u00e9e claire des auteurs am\u00e9ricains\u00a0\u00bb. <\/li>\n<li>Enfin, parce que tout est une question de go\u00fbt personnel. Si Edmond Jaloux \u00e9tait encore de ce monde, je lui demanderais \u00ab\u00a0d\u00e9finissez ce que vous entendez par <em>traduction fid\u00e8le<\/em> (voire <em>traduction belle<\/em>)\u00a0\u00bb<\/li>\n<p>\n <\/ul>\n<p> En termes de go\u00fbt, voici quelques r\u00e9actions personnelles sur des traductions : <\/p>\n<ul>\n<li>Dans <em><a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Blade_Runner_%28film%29\" >Blade runner<\/a><\/em>, au moment o\u00f9 Deckard apprend qu&rsquo;il doit aller \u00e9liminer Rachel, l&rsquo;inspecteur Gaff dit \u00ab\u00a0Too bad she won&rsquo;t live ! But then again, who does ?\u00a0\u00bb, phrase \u00e9minement m\u00e9taphysique selon moi (<em>Dommage qu&rsquo;elle ne vive pas plus ! Mais finalement, qui parmi nous pr\u00e9tendrait vivre ?<\/em>), qui a \u00e9t\u00e9 traduite par le plat \u00ab\u00a0Dommage qu&rsquo;elle doive mourir. Mais qui n&rsquo;en est pas l\u00e0&#8230;\u00a0\u00bb (Je sais, je sais, les contraintes des sous-titres sont drastiques, mais j&rsquo;ai le droit d&rsquo;exprimer <a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2006\/01\/26\/citation-la-qualite-et-la-beaute\/\" >mon esth\u00e9tique<\/a>).<\/li>\n<li>Dans <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/0099786400\/qid=1138364297\/sr=2-1\/ref=sr_2_9_1\/171-7644908-4349014\" >Zen and the art of motorcycle maintenance<\/a>, Robert Pirsig dit (je cite de m\u00e9moire) <q>In a TV series, the scientist that mutters \u00ab\u00a0the project is a failure, we have discovered nothing\u00a0\u00bb is mostly suffering from a bad scriptwriter<\/q> est devenu, dans <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2020333910\/qid=1138364247\/sr=2-1\/ref=sr_2_11_1\/171-7644908-4349014\" >Trait\u00e9 du zen et de l&rsquo;entretien des motocyclettes<\/a> <q>le scientifique qui dit \u00ab\u00a0ce projet est un \u00e9chec, nous n&rsquo;avons rien trouv\u00e9\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas cr\u00e9dible.<\/q> <\/li>\n<li>Je me souviens aussi d&rsquo;un autre passage, que je trouve tao\u00efste, ou bouddhiste zen, que la traduction fran\u00e7aise a aplati, ou ignor\u00e9. Le jeune narrateur se retrouve en Cor\u00e9e ou en Chine, \u00e0 apprendre l&rsquo;anglais \u00e0 des p\u00eacheurs locaux, tandis que ceux-ci lui enseignent leur langue. Au cours d&rsquo;un pique-nique avec eux, il dit \u00ab\u00a0c&rsquo;est quand m\u00eame \u00e9tonnant que, rien qu&rsquo;avec 26 lettres, on puisse exprimer toutes les choses\u00a0\u00bb. Les p\u00eacheurs aquiescent de la t\u00eate, et disent \u00ab\u00a0Non\u00a0\u00bb. Le narrateur pense avoir mal compris, il reformule une phrase plus longue, plus d\u00e9taill\u00e9e, et obtient la m\u00eame r\u00e9ponse : un assentiment de la t\u00eate ; le mot \u00ab\u00a0Non\u00a0\u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n<p> Des limites du langage. Cela me fait sourire. Je retourne \u00e0 ma traduction.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je suis en train de travailler sur la traduction d&rsquo;un manuel de finance am\u00e9ricain et cela m&rsquo;inspire quelques r\u00e9flexions et r\u00e9miniscences. 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