{"id":632,"date":"2008-03-20T10:15:04","date_gmt":"2008-03-20T10:15:04","guid":{"rendered":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/?p=632"},"modified":"2008-03-20T10:15:04","modified_gmt":"2008-03-20T10:15:04","slug":"novela-qua-sono-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2008\/03\/20\/novela-qua-sono-4\/","title":{"rendered":"Novela &#8211; Qua sono (4\/&#8230;)"},"content":{"rendered":"<p>Nous all\u00e2mes nous promener sur le bord de la plage, j&rsquo;avais emport\u00e9 mon enregistreur. <\/p>\n<p> &#8211; Quel est votre secret pour savoir comment d\u00e9couper ? <br \/> &#8211; Chaque \u00eatre a ses fissures. Le couteau ne fait que r\u00e9v\u00e9ler la fissure. <br \/> &#8211; Dites, c&rsquo;est un peu philosophique, je ne vois pas bien l&rsquo;application. <\/p>\n<p> Nessu ramassa un galet, le fit sauter dans sa paume, puis l&rsquo;observa en silence. Il sortit son couteau, appuya bri\u00e8vement en un point de la surface polie, et le galet tomba en petits morceaux entre ses doigts. Je le saluai avec respect. <\/p>\n<p> Nous marchions le long des flots. Je commen\u00e7ais \u00e0 conna\u00eetre le silence de Nessu, mais ce qui \u00e9tait plus \u00e9tonnant \u00e9tait mon propre silence. J&rsquo;avais une centaine de questions \u00e0 poser, mais je pr\u00e9f\u00e9rais marcher, profiter de la brise de la fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi, regarder le soleil qui envoyait des fl\u00e8ches de rayons dans les vagues en p\u00e2te de verre. J&rsquo;arr\u00eatai mon magn\u00e9tophone. Nessu s&rsquo;assit, et je m&rsquo;allongeai \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, les yeux dans le bleu liquide du ciel. Je crois que je dormis un peu, et je r\u00eavai que Nessu me parlait. Voil\u00e0 ce qu&rsquo;il me dit. <\/p>\n<p> &#8211; J&rsquo;ai une histoire \u00e0 vous raconter. Cette conserverie existe depuis une cinquantaine d&rsquo;ann\u00e9es, et elle constitue le poumon canc\u00e9reux de la r\u00e9gion. C&rsquo;est une mal\u00e9diction polluante, et un bienfait \u00e9conomique. Nos vies d\u00e9pendent de son activit\u00e9, et bien qu&rsquo;elle continue \u00e0 faire semblant de l&rsquo;ignorer, son activit\u00e9 d\u00e9pend de nos vies. <br \/> Il y a 20 ans, un nouveau directeur d&rsquo;usine arriva. Ils se ressemblent tous, et celui-l\u00e0 ne faisait pas exception. Il \u00e9tait dur, il avait ses t\u00eates, et exigeait toujours plus. Il avait le pragmatisme brutal de ceux pour qui l&rsquo;argent gouverne tout. Il avait plusieurs femmes, plusieurs voitures, et c&rsquo;\u00e9tait un fin manipulateur. Mais il \u00e9tait aussi tr\u00e8s travailleur. Il arrivait t\u00f4t, travaillait longtemps, il avait l&rsquo;oeil \u00e0 tout. <br \/> Les ann\u00e9es pass\u00e8rent, et son succ\u00e8s augmentait. Le groupe dont il d\u00e9pendait exigeait une productivit\u00e9 accrue, mais lui obtenait encore plus, et recevait des primes importantes \u00e0 la fin de chaque ann\u00e9e. Mais il \u00e9tait d\u00e9chir\u00e9 de responsabilit\u00e9s. De plus en plus de personnes d\u00e9pendaient de lui, et comme il ne faisait confiance \u00e0 personne pour faire son travail, il se levait plus t\u00f4t chaque matin pour r\u00e9pondre aux demandes de tous. Il avait perdu jusqu&rsquo;au go\u00fbt de la vie, mais il ne le savait pas, il estimait \u00eatre responsable, et fustigeait les faibles qui n&rsquo;arrivaient pas \u00e0 suivre son rythme. Il se disait toujours \u00a0\u00bb&nbsp;dans trois semaines, j&rsquo;aurai un moment de calme, je pourrai faire le point&nbsp;\u00ab\u00a0. Mais ces trois semaines s&rsquo;enfuyaient toujours plus avant, et il n&rsquo;atteignait jamais le moment de calme. La nuit, son coeur battait furieusement pour s&rsquo;\u00e9chapper de sa poitrine, et il ne dormait quasiment plus. <br \/> Et puis un jour, il ne vint pas au travail. <br \/> Son assistante appela chez lui, et le t\u00e9l\u00e9phone sonna dans le vide. Ses ma\u00eetresses n&rsquo;avaient pas de nouvelles, toutes ses voitures \u00e9taient gar\u00e9es devant chez lui, et son appartement \u00e9tait d\u00e9sert\u00e9. Mais il n&rsquo;avait rien emport\u00e9, il s&rsquo;\u00e9tait juste abstrait de la vie. Comme il n&rsquo;avait pas d&rsquo;h\u00e9ritier, tout son argent revint \u00e0 ses parents. <br \/> Le groupe envoya un directeur int\u00e9rimaire, et la vie de l&rsquo;usine continua. Tout le monde oublia vite cet accident de parcours. <\/p>\n<p> Le silence dura. Je me dressai sur un coude. <\/p>\n<p> &#8211; Pourquoi me racontez-vous cette histoire ? <br \/> &#8211; (il continuait \u00e0 regarder l&rsquo;horizon) <br \/> &#8211; Vous l&rsquo;avez revu ? <br \/> &#8211; Souvent au d\u00e9but, puis de moins en moins souvent. <br \/> &#8211; Vous savez o\u00f9 est ce directeur aujourd&rsquo;hui ? <br \/> &#8211; Je ne sais pas o\u00f9 est le directeur. Mais je sais o\u00f9 est l&rsquo;homme qui autrefois \u00e9tait un directeur d&rsquo;usine. <\/p>\n<p> Je le regardai. Ses cheveux gris \u00e9taient emm\u00eal\u00e9s par le vent, mais propres, sa chemise \u00e9tait un mod\u00e8le bon march\u00e9, mais repass\u00e9e avec soin. Derri\u00e8re l&rsquo;ouvrier, j&rsquo;essayais de retrouver le profil de l&rsquo;homme qu&rsquo;il \u00e9tait autrefois, par exemple il y a vingt ans. Je vis un profil carnassier. Je l&rsquo;imaginai en costume, arpentant les trav\u00e9es de son usine, son domaine de pouvoir absolu. Assis \u00e0 son bureau, d\u00e8s l&rsquo;aube, convoquant des agents de ma\u00eetrise, cong\u00e9diant des employ\u00e9s. Entretenant plusieurs femmes, et buvant des whiskies co\u00fbteux. \u00c9puisant tous ses collaborateurs \u00e0 la t\u00e2che, debout sur un amoncellement de corps exsangues. Je vis un visage osseux, les orbites profond\u00e9ment enfonc\u00e9es dans la boite cranienne, aucune chair superflue ne venant adoucir ce visage.<\/p>\n<p> Nous rentrmes dans l&rsquo;air qui fra\u00eechissait. <\/p>\n<p> (\u00e0 suivre&#8230;)<\/p>\n<p> <!--Creative Commons License--><a rel=\"license\"  href=\"http:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/2.0\/fr\/\"><img decoding=\"async\"  alt=\"Creative Commons License\" style=\"border-width: 0pt;\"  src=\"http:\/\/i.creativecommons.org\/l\/by-nc-nd\/2.0\/fr\/88x31.png\"><\/a><br \/> Cette nouvelle, comme tout ce qui est publi\u00e9 sur ce blog, est sous un <a  rel=\"license\"  href=\"http:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/2.0\/fr\/\">contrat Creative Commons<\/a><!--\/Creative Commons License--><!-- <rdf:RDF xmlns=\"http:\/\/web.resource.org\/cc\/\" xmlns:dc=\"http:\/\/purl.org\/dc\/elements\/1.1\/\" xmlns:rdf=\"http:\/\/www.w3.org\/1999\/02\/22-rdf-syntax-ns#\" xmlns:rdfs=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/01\/rdf-schema#\"> <work rdf:about=\"\"> <license rdf:resource=\"http:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/2.0\/fr\/\" \/> <dc:type rdf:resource=\"http:\/\/purl.org\/dc\/dcmitype\/Text\" \/> <\/work> <license rdf:about=\"http:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/2.0\/fr\/\"><permits rdf:resource=\"http:\/\/web.resource.org\/cc\/Reproduction\"\/><permits rdf:resource=\"http:\/\/web.resource.org\/cc\/Distribution\"\/><requires rdf:resource=\"http:\/\/web.resource.org\/cc\/Notice\"\/><requires rdf:resource=\"http:\/\/web.resource.org\/cc\/Attribution\"\/><prohibits rdf:resource=\"http:\/\/web.resource.org\/cc\/CommercialUse\"\/><\/license><\/rdf:RDF> -->. 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