{"id":505,"date":"2007-10-03T02:35:39","date_gmt":"2007-10-03T02:35:39","guid":{"rendered":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/?p=505"},"modified":"2025-12-25T16:25:29","modified_gmt":"2025-12-25T15:25:29","slug":"marathon-de-berlin-haile-gebrselassie-et-moi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2007\/10\/03\/marathon-de-berlin-haile-gebrselassie-et-moi\/","title":{"rendered":"Marathon de Berlin &#8211; Hail\u00e9 Gebrselassie et moi"},"content":{"rendered":"\n<p>Dimanche matin, r\u00e9veil dans un Berlin gristre (notre h\u00f4tel \u00e9tait du c\u00f4t\u00e9 Est de Berlin) vers 6h45. Laurent fait son yoga, j&rsquo;enfile vite un jean et je descends prendre un petit d\u00e9jeuner. Un th\u00e9, des c\u00e9r\u00e9ales au lait, quelques tranches de jambon, une pomme que je ne peux pas avaler. Dans les n\u00e9ons bleus et verts de la salle aux murs m\u00e9talliques, je vois beaucoup de convives en collant de course, les chaussures de running aux pieds, chacun est dans son silence. <br> Retour \u00e0 la chambre, pr\u00e9paration sans \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me (tout \u00e9tait pr\u00eat depuis la veille), installation de toute l&rsquo;\u00e9lectronique : puce du marathon sur la chaussure droire, acc\u00e9l\u00e9rom\u00e8tre sur la gauche, walkman au c\u00f4t\u00e9, casque ultra-l\u00e9ger autour du cou, montre cardio-fr\u00e9quencem\u00e8tre avec batterie neuve (merci C\u00e9cile), brassard contenant 6 gels au glucose.<br> 7h30, RV dans le hall de l&rsquo;h\u00f4tel, d\u00e9part en m\u00e9tro \u00e0 8 coureurs. Matin gristre, des pans de ciel clair commencent \u00e0 appara\u00eetre, les nuages sont poudr\u00e9s de rayons de soleil. Il va faire beau, il fait froid. <br> A la station d&rsquo;arriv\u00e9e, il n&rsquo;y a qu&rsquo;\u00e0 suivre les gens d\u00e9guis\u00e9s &#8211; comme nous &#8211; en pr\u00e9servatifs jaunes (\u00ab\u00a0Adidas, c&rsquo;est la classe !\u00a0\u00bb), \u00e7a n&rsquo;est pas dur, quand 40 000 personnes convergent \u00e0 pied vers un lieu, \u00e7a se remarque. R\u00e9partition dans les sas, je suis dans le dernier sas avec Joce, ce qui nous vaudra de franchir la ligne avec 24 minutes de d\u00e9calage par rapport aux premiers. Il fait froid, je garde le sac jusqu&rsquo;au dernier moment. Superbe moment quand le l\u00e2cher de ballons peuple le ciel de Berlin de milliers de ballons orange, sous le ballet des h\u00e9licopt\u00e8res.<br> Et c&rsquo;est le d\u00e9part. M\u00eame si je cours \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Joce, cette fois, c&rsquo;est d\u00e9cid\u00e9 : ce sera \u00e0 mon rythme, j&rsquo;arr\u00eate les conneries, je vais courir lentement, avec une strat\u00e9gie de course prudente, pour en garder sous le pied pour la seconde partie du parcours. Malgr\u00e9 la foule (c&rsquo;est l&rsquo;inconv\u00e9nient des d\u00e9parts, surtout dans le dernier sas, qui m\u00e9lange ceux qui veulent faire 4h15, 4h30, 5h, 5h30 ou plus&#8230;), je garde l&rsquo;oeil sur la montre, je d\u00e9roule la foul\u00e9e sans acc\u00e9l\u00e9rer (ce n&rsquo;est pas l&rsquo;envie qui m&rsquo;en manque). Il fait 13\u00b0.<br> Km 10, je prends mon premier gel un peu avant le ravitaillement en eau, tout est sous contr\u00f4le, Joce me rejoint quelques centaines de m\u00e8tres plus tard. Un gars reconna\u00eet mon T shirt, il est ESCP, 54 ans, DG d&rsquo;une boite d&rsquo;informatique. Il nous montre quelques b\u00e2timents, mais le rythme est un peu trop rapide, \u00e7a se joue \u00e0 une poign\u00e9e de secondes, mais je pr\u00e9f\u00e8re d\u00e9crocher. Seul dans la course, je suis en moi-m\u00eame, toujours attentif \u00e0 maintenir un rythme serein. Je m&rsquo;\u00e9tais fix\u00e9 de courir \u00e0 6&rsquo;20\u00a0\u00bb au kilom\u00e8tre, j&rsquo;ai du mal \u00e0 ne pas descendre en dessous des 6&prime;, mais je me freine. Je me souviens de toutes ces comp\u00e9titions o\u00f9 j&rsquo;ai explos\u00e9 en vol \u00e0 la moiti\u00e9 de la distance, pas question de me cramer \u00e0 nouveau. <br> Km 20, deuxi\u00e8me gel au glucose. Encore 1 km et quelques, et ce sera le semi. Je prends soin d&rsquo;\u00e9viter les jets d&rsquo;eau rafraichissants, \u00e0 14-15\u00b0, le plus souvent \u00e0 l&rsquo;ombre, c&rsquo;est la caillante assur\u00e9e.<br><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/wp-content\/uploads\/2007\/10\/Berlin_vitesse.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"657\" height=\"344\" src=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/wp-content\/uploads\/2007\/10\/Berlin_vitesse.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-6970\" srcset=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/wp-content\/uploads\/2007\/10\/Berlin_vitesse.jpg 657w, https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/wp-content\/uploads\/2007\/10\/Berlin_vitesse-300x157.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 657px) 100vw, 657px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Semi-marathon. Je voulais le passer \u00e0 2h13, je le passe \u00e0 2h15, tout va bien, j&rsquo;ai bien g\u00e9r\u00e9 cette partie. A <a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2007\/04\/25\/407-surhumain\">Madrid<\/a>, j&rsquo;avais pass\u00e9 le semi \u00e0 2h03, tout content de ma rapidit\u00e9, et j&rsquo;avais explos\u00e9 d\u00e8s le 23\u00e8me kilom\u00e8tre (il en restait donc 19 \u00e0 courir&#8230;). <br> Conform\u00e9ment \u00e0 ce que j&rsquo;avais d\u00e9cid\u00e9, je chausse le casque du walkman \u00e0 partir du semi : la premi\u00e8re partie a \u00e9t\u00e9 concentr\u00e9e et silencieuse, la deuxi\u00e8me partie va \u00eatre rythm\u00e9e et en musique. J&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re pour passer \u00e0 5&rsquo;40\u00a0\u00bb au kilom\u00e8tre, et commence donc mon <em>negative split<\/em>. Dans ma strat\u00e9gie de course, je dois maintenir cette allure jusqu&rsquo;au km 31 : \u00e0 ce moment-l\u00e0, je verrai si je peux encore acc\u00e9l\u00e9rer (5&rsquo;30\u00a0\u00bb ou moins) ou bien s&rsquo;il vaut mieux rester \u00e0 cette allure. Un morceau de Graham Nash et David Crosby, un instrumental tir\u00e9 de Rocky, la musique est agr\u00e9able, et puis cette chanson faite pour la course, <em>Men In Black<\/em>, par Will Smith. Dop\u00e9 par le rythme, je double des coureurs sans effort, sans \u00e0-coup, je suis dans la course.<\/p>\n\n\n\n<p> Km 25, gel anti-crampes. Les ravitaillements sont de grandes flaques d&rsquo;eau, des amoncellements de gobelets en plastiques que l&rsquo;on \u00e9crase, on se fait souvent pousser dans le dos, chacun est \u00e9nerv\u00e9 par sa contrainte de temps. Je saute un ravitaillement sur deux, il y en a trop.<\/p>\n\n\n\n<p> Km 30, je pense que je ne pourrai pas acc\u00e9lerer. Je suis tomb\u00e9 sur l&rsquo;intro de Rocky II, superbe morceau bien rythm\u00e9, \u00e7a m&rsquo;a redonn\u00e9 la p\u00eache. Je suis bien content d&rsquo;avoir achet\u00e9 ce disque, plus quelques morceaux en ligne, voil\u00e0 de l&rsquo;argent bien investi. <\/p>\n\n\n\n<p> Km 31, \u00e7a devient dur, je ralentis insensiblement, je dois me motiver pour maintenir l&rsquo;allure de croisi\u00e8re. Je monte souvent \u00e0 5&rsquo;50\u00a0\u00bb au km, il faut \u00eatre vigilant. Pas question d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer comme pr\u00e9vu initialement, il faut se maintenir. Mais en m\u00eame temps, je n&rsquo;ai pas eu \u00ab\u00a0le mur\u00a0\u00bb (que j&rsquo;avais eu \u00e0 Paris 2002, puis Paris 2006 au 26\u00e8 km, et \u00e0 Madrid 2007 au 23\u00e8me), je ne l&rsquo;aurai pas de tout le parcours. Km 35, dernier gel \u00ab\u00a0coup de fouet\u00a0\u00bb. Mon t-shirt est tremp\u00e9, je suis glac\u00e9. J&rsquo;ai eu Eddy Mitchell et Johnny \u00ab\u00a0on veut des l\u00e9gendes\u00a0\u00bb, tout \u00e7a c&rsquo;est du bon. Je passe tous ceux que je peux, je ne suis plus doubl\u00e9 depuis des kilom\u00e8tres. En revanche, de plus en plus de personnes se mettent \u00e0 marcher (c&rsquo;est leur droit) au milieu de la route (c&rsquo;est pas sympa). Depuis le d\u00e9but, c&rsquo;est une gestion des doublements, des trottoirs, des encombrements de personnes.<br>\n D\u00e8s que je le sens, d\u00e8s que je le peux, je tape dans les mains des petits gosses sur les c\u00f4t\u00e9s, \u00e7a me booste.<br>\n Km 40, celui-l\u00e0 je l&rsquo;ai attendu longtemps, \u00e7a fait depuis le km 28 que je guette le panneau kilom\u00e9trique suivant. Un th\u00e9 chaud au ravitaillement, c&rsquo;est la derni\u00e8re fois que je m&rsquo;arr\u00eate. OK, encore 2 km, je fais ce que j&rsquo;avais pr\u00e9vu : j&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re. Il s&rsquo;agit tout de m\u00eame de tenir 2 bornes, avec les 40 que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dans les pattes, mais je le sens bien. De toute fa\u00e7on, je vois vite mes limites : oui, j&rsquo;ai pu acc\u00e9l\u00e9rer, mais pas \u00e9norm\u00e9ment, et maintenant, il s&rsquo;agit de tenir. Je convoque mon loup int\u00e9rieur, je grogne \u00e0 chaque foul\u00e9e, les autres coureurs tournent la t\u00eate, je m&rsquo;en fous, \u00e7a m&rsquo;aide, et je les d\u00e9passe un \u00e0 un, inexorablement. Longue avenue d&rsquo;<em>Unter den Linden<\/em>, je vois la Porte de Brandebourg au bout, je sais qu&rsquo;il ne faut pas se d\u00e9mobiliser, l&rsquo;arriv\u00e9e sera quelques 200 m apr\u00e8s. Je passe la porte dans la bousculade, il ne s&rsquo;agit plus de tr\u00e9bucher. Longue avenue, derni\u00e8re course tendue, la foule des deux c\u00f4t\u00e9s sur des gradins, des hauts-parleurs annoncent qu&rsquo;Hail\u00e9 Gebrselassie a battu le record du monde du marathon, je passe la ligne, top chrono, j&rsquo;ai fait 4h18&rsquo;25\u00a0\u00bb, mon meilleur temps \u00e0 ce jour, 22 minutes de mieux que mon premier marathon (2002), 34 mn de mieux qu&rsquo;en 2006, 29 mn de mieux qu&rsquo;\u00e0 <a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2007\/04\/25\/407-surhumain\">Madrid<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p> Depuis dimanche, je suis sur mon nuage. <\/p>\n\n\n\n<p> Prochaine \u00e9tape : le 13 avril, quelques jours avant mes 40 ans, Marathon de Londres. <br>\n Mais pour l&rsquo;instant, baguette, fromage au lait cru, vin rouge, viandes rouges, expressos : \u00e7a fait du bien&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dimanche matin, r\u00e9veil dans un Berlin gristre (notre h\u00f4tel \u00e9tait du c\u00f4t\u00e9 Est de Berlin) vers 6h45. 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