{"id":265,"date":"2006-12-07T21:47:16","date_gmt":"2006-12-07T21:47:16","guid":{"rendered":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/?p=265"},"modified":"2025-12-05T07:28:11","modified_gmt":"2025-12-05T06:28:11","slug":"novela-faria-2-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2006\/12\/07\/novela-faria-2-2\/","title":{"rendered":"Novela &#8211; Faria        [2 \/ 2]"},"content":{"rendered":"\n<p><em>[&#8230;] Le changement advint d&rsquo;une mani\u00e8re que je n&rsquo;avais pas anticip\u00e9e. Aucune pierre ne bougea, aucun bruit ne m&rsquo;alerta, la nuit \u00e9tait avanc\u00e9e, et seul le lancinant bruit des vagues m&rsquo;accompagnait. Le changement vint de moi. J&rsquo;\u00e9tais allong\u00e9 sur le sol froid, observant, monomaniaque, mes papiers, quand je me sentis fondre. Ma peau, mes jambes, mon torse, essayaient tout-\u00e0-coup de r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;appel du sol, je m&rsquo;enfon\u00e7ais dans la terre battue, m&rsquo;amalgamant peu \u00e0 peu \u00e0 la terre, comme si je passais une porte. Je voyais mes papiers se fondre de m\u00eame, \u00eatre peu \u00e0 peu recouverts d&rsquo;une couche de poussi\u00e8re, puis de sable, enfin de terre solide, dispara\u00eetre ainsi \u00e0 mes yeux, tandis que mes mains et mes membres prenaient la teinte d&rsquo;une composition de Rodin. Quand je fus enfonc\u00e9 de moiti\u00e9, quand l&rsquo;appel froid atteignit mon c\u0153ur, j&rsquo;eus un sursaut de conscience, un bond de carpe, et me retrouvai, le corps baign\u00e9 de sueur, sur le sol de ma cellule. Je r\u00e9gulai doucement les battements fous de mon c\u0153ur, inspirai longuement, puis je me suspendis aux barreaux de la fen\u00eatre. Quand le soleil se leva, quelques heures plus tard, je vis des traces blanches, d\u00e9risoires feuilles de papier, flotter le long des rochers de la forteresse, puis \u00eatre emport\u00e9es peu \u00e0 peu vers le large.<br>\n De ce jour, je r\u00e9solus de m&rsquo;\u00e9vader. <br>\n <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je m&rsquo;y entra\u00eenais chaque soir. Je m&rsquo;allongeais sur le sol, dans la pri\u00e8re et la m\u00e9ditation, et j&rsquo;essayais de ne pas combattre la houle tellurique qui allait m&#8217;emporter. Je ne r\u00e9ussissais jamais. A tout moment, une r\u00e9vulsion, un sursaut, me ramenaient au monde des vivants. Je ne pouvais me r\u00e9soudre \u00e0 m&rsquo;enfoncer, c\u0153ur, ongles, poumons, dans la terre, sans promesse de ressusciter. J&rsquo;essayai la respiration profonde, la projection d&rsquo;images, la transubstantiation philosophique, je rebtis une \u00e0 une les cit\u00e9s perdues de l&rsquo;or, j&rsquo;alternai calcul diff\u00e9rentiel et herm\u00e9neutique, j&rsquo;en vins m\u00eame \u00e0 tracer des pentacles de magie blanche sur les murs de ma cellule : cette porte m&rsquo;\u00e9tait refus\u00e9e, ou plut\u00f4t, je la refusais. <br> Une nuit, couch\u00e9 sur le sol froid, alternant entre la surface et les tr\u00e9fonds, aspirant \u00e0 descendre, et redoutant l&rsquo;enterrement, je fis un r\u00eave. J&rsquo;\u00e9tais au milieu des quatre entit\u00e9s, l&rsquo;air, le feu, la terre, l&rsquo;eau, et je bougeais, je courais, je dansais, tandis que la terre restait froide, le feu immobile, l&rsquo;eau glac\u00e9e, et l&rsquo;air sans mouvement. Au bout d&rsquo;un moment, conscient de mon \u00e9chec, je m&rsquo;assis, et englobai les quatre \u00e9l\u00e9ments. Peu \u00e0 peu, ils vinrent \u00e0 moi. D&rsquo;abord la terre, vague de terreau, m&rsquo;enveloppa de sa gangue ; puis vint le feu, des profondeurs, qui noircit jusqu&rsquo;\u00e0 mes os ; j&rsquo;aspirai \u00e0 la fra\u00eecheur, au soulagement, et le vent vint souffler, attisant la combustion, l&rsquo;activant, et la dissipant finalement, alors que je n&rsquo;\u00e9tais plus que poussi\u00e8re ; vint alors l&rsquo;eau, qui rassembla mes poussi\u00e8res en argile, me modela, me fit revenir \u00e0 la mer originelle. Dans mon r\u00eave, je devins successivement larve, alevin, poisson, amphibie, mammif\u00e8re, pr\u00e9-adamique, puis j&rsquo;\u00e9mergeai. Celui que j&rsquo;\u00e9tais alors regarda celui qui r\u00eavait, du fond de sa cellule, et me dit : \u00ab\u00a0Viens\u00a0\u00bb.<br> Le lendemain, je nouai une alliance avec mes h\u00e9ros. Je ne pouvais m&rsquo;en sortir seul, je contractai donc un pacte avec eux, j&rsquo;acceptais de ne plus \u00eatre moi-m\u00eame, d&rsquo;abandonner ce que je croyais \u00eatre ma personnalit\u00e9, j&rsquo;\u00e9coutai uniquement l&rsquo;appel de la mer. <br> Vint la nuit. Je m&rsquo;\u00e9tendis sur le sol, plus asc\u00e9tique que jamais, et je m\u00e9ditai. J&rsquo;appelais \u00e0 moi Ant\u00e9e, qui tirait ses forces de sa m\u00e8re la Terre, et qu&rsquo;Hercule n&rsquo;avait pu d\u00e9faire qu&rsquo;en l&rsquo;arrachant au sol. Je me sentis fondre, et acceptai le voyage que m&rsquo;offrait le demi-dieu. Je vis passer une grille d&rsquo;atomes, qui me d\u00e9chira les entrailles, puis une seconde, le temps s&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ra, et je fus dans la terre. J&rsquo;\u00e9tais Ant\u00e9e, et je descendais toujours plus profond dans la matrice originelle. La temp\u00e9rature montait, la sueur glissait le long de mon corps et je descendais, rigide, fusel\u00e9, comme un faisceau d&rsquo;ivoire dans les profondeurs accueillantes. Mes yeux n&rsquo;existaient plus, mais je sentis, je vis, la lumi\u00e8re insoutenable, le puits de fournaise vers lequel je plongeai. J&rsquo;appelai Promoth\u00e9e, la version humaine de Loki, et lui demandai son aide. Nous comparmes nos chtiments, et je le persuadai de m&rsquo;aider. Il s&rsquo;avan\u00e7a sur un tapis de braises, me faisant signe de le suivre, et je marchai, pieds nus, entre deux coul\u00e9es de lave qui s&rsquo;\u00e9cartaient \u00e0 notre passage. Le vent se leva, faisant rougeoyer mon enfer, et des brandons enflamm\u00e9s vinrent me frapper le corps. Je continuai \u00e0 avancer, seul, la peau noircie, tandis que la chevelure rousse de Prom\u00e9th\u00e9e disparaissait loin devant moi. Le vent me gla\u00e7a, je br\u00fblai, puis devins morceau de charbon, pierre, min\u00e9ral. <br> Mes membres se s\u00e9par\u00e8rent, devinrent murs, couloirs, impasses. Mon cerveau devint solide, et je fus Labyrinthe. Mes pens\u00e9es \u00e9taient pi\u00e9g\u00e9es, perdues, mais je savais qu&rsquo;il existait une voie, non pas la voie conventionnelle, qui consiste \u00e0 marcher en cherchant la sortie, mais une voie lat\u00e9rale, une voie qui exige du g\u00e9nie. J&rsquo;appelai Icare. Il me montra comment une fourmi, qui vit en deux dimensions, peut \u00e9chapper \u00e0 la fatalit\u00e9 si elle con\u00e7oit une troisi\u00e8me dimension. Avec les yeux d&rsquo;Icare, je vis que le Labyrinthe n&rsquo;\u00e9tait pas une succession de couloirs, mais un ensemble de motifs g\u00e9om\u00e9triques, un mandala, et que la vraie harmonie \u00e9tait de consid\u00e9rer le Labyrinthe dans son ensemble. Icare s&rsquo;\u00e9leva, et je le suivis. Je vis des murs, des avenues, des gens perdus dans leur vie, courant apr\u00e8s des illusions, je vis des cit\u00e9s imbriqu\u00e9es, des ambitions, des r\u00eaves. Je vis surtout beaucoup d&rsquo;id\u00e9alistes, forcen\u00e9s, qui passaient leur vie \u00e0 chercher la Porte ultime, usant leurs semelles, leurs illusions, leurs mes. Je volais au-dessus d&rsquo;eux, et ils ne me voyaient pas. <\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full\"><a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/wp-content\/uploads\/2006\/12\/Aqua.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"451\" height=\"300\" src=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/wp-content\/uploads\/2006\/12\/Aqua.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-6886\" srcset=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/wp-content\/uploads\/2006\/12\/Aqua.jpg 451w, https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/wp-content\/uploads\/2006\/12\/Aqua-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 451px) 100vw, 451px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Icare volait devant moi, il s&rsquo;\u00e9loignait, j&rsquo;avais le soleil dans les yeux, je ne le vis pas dispara\u00eetre. Au dessous de moi, des flots, \u00e0 perte de vue. Et la citadelle, petite, une scorie sur l&rsquo;oc\u00e9an. J&rsquo;appelai Calypso. Elle apparut, imp\u00e9rieuse, carnassi\u00e8re, \u00e0 jamais inconsolable. \u00ab\u00a0Pourquoi t&rsquo;aiderais-je ?\u00a0\u00bb demanda-t-elle. \u00ab\u00a0Parce que tu ne peux supporter d&#8217;emprisonner quiconque\u00a0\u00bb, r\u00e9pondis-je. A ces mots, son regard vira au vert profond, et je plongeai comme une pierre. <br> Le choc avec l&rsquo;oc\u00e9an fut une d\u00e9flagration qui m&rsquo;\u00e9parpilla. Je me retrouvai au fond, couvert d&rsquo;algues et de coquillages, plus maritime qu&rsquo;humain. Les poumons me br\u00fblaient, je voyais le soleil, l\u00e0-haut, \u00e0 travers mes yeux br\u00fbl\u00e9s de sel. Je donnai un coup de talon sur le sable, et tout mon corps ne fut plus qu&rsquo;une gigantesque courbature. J&rsquo;arrivai gauchement \u00e0 la surface, aspirai l&rsquo;air comme un veau, pataugeai comme un chien. Le ressac chantait la chanson que j&rsquo;avais entendue pendant des ann\u00e9es, mais le courant me poussait au large. <br> Couch\u00e9 sur le dos, flottant entre deux eaux, je vis ma petite fen\u00eatre et un homme barbu, suspendu aux barreaux, qui me contemplait sans me voir. Je lui fis un signe triomphant, et il disparut.<\/p>\n\n\n\n<p> Deux jours plus tard, un bateau de p\u00eache me recueillit et me ramena \u00e0 terre. J&rsquo;ai consign\u00e9 ces \u00e9crits depuis lors, et demain, je les jetterai dans l&rsquo;oc\u00e9an, pour qu&rsquo;ils aillent rejoindre mes pr\u00e9c\u00e9dents papiers, ceux qui m&rsquo;ont montr\u00e9 le chemin de la libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em> <br>Cette nouvelle est sous licence <a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2006\/01\/26\/mes-contributions-passent-sous-licence-touchatougiciel-anythingware\">Touchatougiciel<\/a>. Par ailleurs, <!--Creative Commons License--><a rel=\"license\" href=\"http:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nd\/2.0\/fr\/\"><img decoding=\"async\" alt=\"Creative Commons License\" style=\"border-width: 0\" src=\"http:\/\/i.creativecommons.org\/l\/by-nd\/2.0\/fr\/88x31.png\"><\/a><br>Cette cr\u00e9ation est mise \u00e0 disposition sous un <a rel=\"license\" href=\"http:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nd\/2.0\/fr\/\">contrat Creative Commons<\/a>.<!--\/Creative Commons License--><!-- <rdf:RDF xmlns=\"http:\/\/web.resource.org\/cc\/\" xmlns:dc=\"http:\/\/purl.org\/dc\/elements\/1.1\/\" xmlns:rdf=\"http:\/\/www.w3.org\/1999\/02\/22-rdf-syntax-ns#\" xmlns:rdfs=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/01\/rdf-schema#\"> \t<work rdf:about=\"\"> \t\t<license rdf:resource=\"http:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nd\/2.0\/fr\/\" \/> \t<dc:type rdf:resource=\"http:\/\/purl.org\/dc\/dcmitype\/Text\" \/> \t<\/work> \t<license rdf:about=\"http:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nd\/2.0\/fr\/\"><permits rdf:resource=\"http:\/\/web.resource.org\/cc\/Reproduction\"\/><permits rdf:resource=\"http:\/\/web.resource.org\/cc\/Distribution\"\/><requires rdf:resource=\"http:\/\/web.resource.org\/cc\/Notice\"\/><requires rdf:resource=\"http:\/\/web.resource.org\/cc\/Attribution\"\/><\/license><\/rdf:RDF> --><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[&#8230;] Le changement advint d&rsquo;une mani\u00e8re que je n&rsquo;avais pas anticip\u00e9e. 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