{"id":263,"date":"2006-12-06T17:37:33","date_gmt":"2006-12-06T17:37:33","guid":{"rendered":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/?p=263"},"modified":"2025-12-05T07:29:33","modified_gmt":"2025-12-05T06:29:33","slug":"novela-faria-1-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2006\/12\/06\/novela-faria-1-2\/","title":{"rendered":"Novela &#8211; Faria        [1 \/ 2]"},"content":{"rendered":"\n<p><span style=\"font-family: Arial;\"><o:p><\/o:p><\/span> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-family: Arial;\">Mon cachot s&rsquo;\u00e9tend sur trois m\u00e8tres de longueur, pour deux m\u00e8tres de largeur. J&rsquo;y ai \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9 il y a trop longtemps, pour une peine oubli\u00e9e. Je me souviens de mon entr\u00e9e dans cette prison : des cellules \u00e0 flanc de rocher, affleurant la mer, une forte odeur saline, et le fracas incessant des vagues. Peut-\u00eatre \u00e0 cause de ce mouvement perp\u00e9tuel des \u00e9l\u00e9ments, peut-\u00eatre \u00e0 cause de l&rsquo;injustice de ma condition, je d\u00e9cidai de me battre : je marchais dans ma cellule, je ne restais pas en place. Je pris l&rsquo;habitude de me hisser aux barreaux de ma fen\u00eatre, \u00e0 deux m\u00e8tres du sol, et de l\u00e0, je contemplais les flots perdus dans le brouillard, ind\u00e9finiment. Avec le temps, j&rsquo;y restais des heures, des jours, en contemplation, comme les moines psychistes de Chandernagor. <o:p><\/o:p><\/span><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full\"><a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/wp-content\/uploads\/2006\/12\/TheWall.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"439\" height=\"272\" src=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/wp-content\/uploads\/2006\/12\/TheWall.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-6889\" srcset=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/wp-content\/uploads\/2006\/12\/TheWall.jpg 439w, https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/wp-content\/uploads\/2006\/12\/TheWall-300x186.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 439px) 100vw, 439px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-family: Arial;\">Ma premi\u00e8re erreur fut de me sentir prisonnier. Pendant des mois, j&rsquo;acceptai mon sort, sans le remettre en cause, me bornant \u00e0 arpenter ma cellule comme un jaguar. Mais un jour, probablement \u00e0 cause de l&rsquo;isolement de ma condition, je frappai violemment la porte, hurlant pour obtenir des livres, et du papier pour \u00e9crire. Mon mouvement de folie porta ses fruits : d\u00e8s le lendemain, je fus approvisionn\u00e9 en feuilles de papier, et je pus b\u00e9n\u00e9ficier de quelques livres, il est vrai fort arides. Je me souviens de ce soir o\u00f9, allong\u00e9 sur ma couche, je consignai fi\u00e9vreusement les vicissitudes de ma captivit\u00e9, dans l&rsquo;espoir, un peu vain, qu&rsquo;on me lirait un jour. Mais l&rsquo;\u00e9criture me d\u00e9lassait, et mes peines s&rsquo;entrela\u00e7aient dans les lignes que je tra\u00e7ais. Epuis\u00e9 par cet effort, je laissai tomber mes feuillets et sombrai dans un sommeil profond.<o:p><\/o:p><\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-family: Arial;\">Le lendemain, je m&rsquo;\u00e9veillai, repos\u00e9 comme je ne l&rsquo;avais gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 depuis des ann\u00e9es. Je cherchai mon journal, et ne le trouvai pas au pied de mon lit. Je fis le tour de ma cellule : sans conteste, on m&rsquo;avait vol\u00e9 mes \u00e9crits. Je pensai \u00e0 la censure, je pensai \u00e0 l&rsquo;espionnage, et me ruai vers la porte de ma ge\u00f4le. Je r\u00e9clamai en hurlant mes feuilles de papier. Le temps d&rsquo;attente ne fut pas long : le judas coulissa, et une nouvelle provision de feuilles blanches me fut transmise. Je compris le message : on ne m&rsquo;interdisait pas d&rsquo;\u00e9crire, mais toute pens\u00e9e subversive me serait soustraite. Je m&rsquo;appliquai donc \u00e0 r\u00e9diger de longues pages o\u00f9 ne transparaissait aucune animosit\u00e9, m\u00eame si un esprit subtil aurait pu d\u00e9celer un ton moqueur. Pour me d\u00e9lasser de ma posture assise (\u00e9tant donn\u00e9 que je n&rsquo;avais pas de table, j&rsquo;\u00e9crivais assis sur ma couche, le dos au mur), je me hissai aux barreaux, et contemplai l&rsquo;\u00e9tendue grise devant mes yeux. Quelques taches blanches, probablement des d\u00e9chets, flottaient devant les rochers de la forteresse, mais un fort courant les entra\u00eena vers le large. Je continuai \u00e0 r\u00e9diger jusque tard dans la nuit, et m&rsquo;endormis comme une masse. Au petit matin, je fus surpris : non seulement mes \u00e9crits avaient disparu, mais aussi la plume que j&rsquo;utilisais, ainsi qu&rsquo;un livre que j&rsquo;avais pos\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de mon journal. Les autres livres, pos\u00e9s sur une \u00e9tag\u00e8re en face de mon lit, n&rsquo;avaient pas \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s. Je d\u00e9cidai de rester vigilant : je couvris quelques feuillets de pens\u00e9es sans int\u00e9r\u00eat, et les laissai en \u00e9vidence sur le sol, tandis que je feignais un sommeil profond. La nuit s&rsquo;\u00e9coula sans que je dorme. Au petit matin, satisfait de ma veille, je me penchai pour r\u00e9cup\u00e9rer mon bien : les papiers avaient disparu dans la nuit, alors que j&rsquo;aurais jur\u00e9 qu&rsquo;aucun \u00eatre n&rsquo;avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 cet espace. J&rsquo;arpentai la cellule, \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt de toute cachette, trappe, fente qui e\u00fbt pu laisser passer quelqu&rsquo;un, ne serait-ce qu&rsquo;une main, sous mon lit, sans que je r\u00e9agisse. Je ne trouvai rien, malgr\u00e9 ma vigilance et le temps que j&rsquo;y passai (de toute mes possessions, le temps \u00e9tait le bien dont j&rsquo;\u00e9tais le plus riche). Je d\u00e9cidai de d\u00e9couvrir ce myst\u00e8re, et dans ce but, je me couchai sur le sol, observant fixement les quelques papiers que j&rsquo;avais laiss\u00e9s tra\u00eener. Je vis le soleil se coucher, ses rayons imprimant de nouveaux barreaux sur le mur de ma cellule. L&rsquo;obscurit\u00e9 vint. Je respirais lentement, comme un homme endormi, mais j&rsquo;\u00e9tais en \u00e9tat de r\u00e9ceptivit\u00e9 totale. <o:p><\/o:p><\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-family: Arial;\">Le changement advint d&rsquo;une mani\u00e8re que je n&rsquo;avais pas anticip\u00e9e. Aucune pierre ne bougea, aucun bruit ne m&rsquo;alerta, la nuit \u00e9tait avanc\u00e9e, et seul le lancinant bruit des vagues m&rsquo;accompagnait. Le changement vint de moi. J&rsquo;\u00e9tais allong\u00e9 sur le sol froid, observant, monomaniaque, mes papiers, quand je me sentis fondre. Ma peau, mes jambes, mon torse, essayaient tout-\u00e0-coup de r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;appel du sol, je m&rsquo;enfon\u00e7ais dans la terre battue, m&rsquo;amalgamant peu \u00e0 peu \u00e0 la terre, comme si je passais une porte. Je voyais mes papiers se fondre de m\u00eame, \u00eatre peu \u00e0 peu recouverts d&rsquo;une couche de poussi\u00e8re, puis de sable, enfin de terre solide, dispara\u00eetre ainsi \u00e0 mes yeux, tandis que mes mains et mes membres prenaient la teinte d&rsquo;une composition de Rodin. Quand je fus enfonc\u00e9 de moiti\u00e9, quand l&rsquo;appel froid atteignit mon c\u0153ur, j&rsquo;eus un sursaut de conscience, un bond de carpe, et me retrouvai, le corps baign\u00e9 de sueur, sur le sol de ma cellule. Je r\u00e9gulai doucement les battements fous de mon c\u0153ur, inspirai longuement, puis je me suspendis aux barreaux de la fen\u00eatre. Quand le soleil se leva, quelques heures plus tard, je vis des traces blanches, d\u00e9risoires feuilles de papier, flotter le long des rochers de la forteresse, puis \u00eatre emport\u00e9es peu \u00e0 peu vers le large.<o:p><\/o:p><\/span><\/p>\n\n\n\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"font-family: Arial;\">De ce jour, je r\u00e9solus de m&rsquo;\u00e9vader. <o:p><\/o:p><\/span><\/p>\n\n\n\n<p> <em>\u00e0 suivre&#8230;<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mon cachot s&rsquo;\u00e9tend sur trois m\u00e8tres de longueur, pour deux m\u00e8tres de largeur. J&rsquo;y ai \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9 il y a trop longtemps, pour une peine oubli\u00e9e. 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