{"id":179,"date":"2006-09-01T09:11:19","date_gmt":"2006-09-01T09:11:19","guid":{"rendered":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/?p=179"},"modified":"2006-09-01T09:11:19","modified_gmt":"2006-09-01T09:11:19","slug":"livre-lu-valery-larbaud-enfantines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2006\/09\/01\/livre-lu-valery-larbaud-enfantines\/","title":{"rendered":"Livre lu : Valery Larbaud Enfantines"},"content":{"rendered":"<p>Offert par mon \u00e9diteuse, ce livre (Valery Larbaud, <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2070297284\/sitecompdelouvrf\/\" ><em>Enfantines<\/em><\/a>, L&rsquo;imaginaire, Gallimard, 190 p.) rassemble 8 nouvelles \u00e9crites par des enfants, ou plut\u00f4t, vues par des yeux d&rsquo;enfants. Et m\u00eame si on se situe au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle (il y a des domestiques, des cal\u00e8ches), cette vision d&rsquo;enfants est toujours transposable. <\/p>\n<blockquote><p>On venait de vider une boite de soldats tout neufs et on les avait align\u00e9s sur le trottoir, devant le minist\u00e8re des Finances.<br \/>\n Valery Larbaud, <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2070297284\/sitecompdelouvrf\/\" ><em>Enfantines<\/em><\/a>, L&rsquo;imaginaire, Gallimard, p. 136. <\/p><\/blockquote>\n<p> J&rsquo;ai \u00e9norm\u00e9ment aim\u00e9 ce livre, pour quelques raisons simples qui agissent comme des \u00e9vidences (voire des conseils \u00e0 toute une g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;\u00e9crivains) : <\/p>\n<ul>\n<li><strong>C&rsquo;est tr\u00e8s bien \u00e9crit.<\/strong> Le style est celui d&rsquo;un fran\u00e7ais soutenu, recherch\u00e9, mais sans tomber dans le c\u00f4t\u00e9 litt\u00e9rateur de certains acad\u00e9miciens (je pense par exemple \u00e0 Fran\u00e7ois Cheng, dont <em>Le dit de Tianyi<\/em>, qui est pourtant poignant, est \u00e0 mon avis desservi par une \u00e9criture trop \u00ab\u00a0je veux \u00eatre acad\u00e9micien, je d\u00e9montre cela dans mes phrases longues et \u00e9quilibr\u00e9es\u00a0\u00bb). Quand je lis Valery Larbaud, j&rsquo;ai une sensation de puret\u00e9 et d&rsquo;intelligence.<\/li>\n<p><\/p>\n<li><strong>C&rsquo;est po\u00e9tique.<\/strong> Je me r\u00e9p\u00e8te, mais quand un auteur arrive \u00e0 conjuguer une grande sensibilit\u00e9 personnelle, une capacit\u00e9 \u00e0 se mettre dans les sentiments de ses personnages, et une grande ma\u00eetrise de la langue, cela devient superbe.<\/li>\n<blockquote><p>Et Marcel sent le besoin d&rsquo;aller raconter son triomphe \u00e0 tout le jardin. Il sort dans la ti\u00e9deur dor\u00e9e. Mais comme tout est dr\u00f4le, ce soir ! On a d\u00fb jouer aussi l\u00e0-haut, et on a laiss\u00e9 le ciel en d\u00e9sordre ; et il est ici, tout pr\u00e8s, m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 la terre. Le ciel est rempli de montagnes jet\u00e9es les unes sur les autres. Un promontoire, pareil \u00e0 l&rsquo;avant d&rsquo;un grand cuirass\u00e9, cr\u00e8ve un oc\u00e9an d&rsquo;or. De hautes falaises sont perc\u00e9es d&rsquo;interminables canons au bout desquels brille une mer toute mauve. <br \/>\n Valery Larbaud, <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2070297284\/sitecompdelouvrf\/\" ><em>Enfantines<\/em><\/a>, L&rsquo;imaginaire, Gallimard, p. 116.<\/p><\/blockquote>\n<li><strong>C&rsquo;est puissamment observ\u00e9.<\/strong> Il faut plus qu&rsquo;un regard, ce sont des antennes supra-sensibles qui peuvent capturer, avec autant de justesse, les \u00e9tats d&rsquo;\u00e2mes d&rsquo;enfants, qui sont bien souvent plus graves que ceux d&rsquo;adultes. Je ne veux pas en dire trop, car tout cela est tr\u00e8s personnel, mais prenons par exemple la rentr\u00e9e scolaire \u00e0 la fin des vacances. C&rsquo;est dans l&rsquo;air du temps, on le sent dans <a href=\"http:\/\/monsieurjean.blogspot.com\/2006\/08\/o-il-est-question-de-mes-vacances.html\" >certains billets de blog<\/a> ou des <a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2006\/08\/31\/blogday2006#c618\" >commentaires<\/a>, mais rappelez-vous, ce sentiment poignant quand on avait 8 ans, 10 ans, la premi\u00e8re entr\u00e9e au coll\u00e8ge, au lyc\u00e9e, le c\u00f4t\u00e9 qui nous apparaissait comme inhumain de ces grands lieux gristres, tous ces visages inconnus. Bien s\u00fbr, on savait qu&rsquo;au bout d&rsquo;une semaine, ces visages deviendraient des pr\u00e9noms, des amis, et l&rsquo;on essayait de s&rsquo;en convaincre bravement. Mais c&rsquo;\u00e9tait dur, on \u00e9tait trop jeunes, pas assez pr\u00e9par\u00e9s. C&rsquo;est tout cela que je retrouve, et encore plus, dans ces Enfantines.<\/li>\n<p><\/p>\n<li>Enfin, et surtout, ce livre donne la version des enfants, qui contient son lot de gravit\u00e9 et d&rsquo;angoisses, mais aussi <strong>sa part d&rsquo;optimisme<\/strong>. Plus que de l&rsquo;optimisme : un esprit pur, conqu\u00e9rant, qui ne conna\u00eet, finalement, que tr\u00e8s peu de limites. J&rsquo;adore, et j&rsquo;envie, cette puret\u00e9, et j&rsquo;y ressource mon optimisme.<\/li>\n<blockquote><p> Un grand ciel de couchant, plein de longs nuages, l&rsquo;invite \u00e0 voyager parmi ses continents et ses \u00eeles. C&rsquo;est le bon Dieu lui-m\u00eame qui l&rsquo;accueille et lui ouvre tout grand son grand dimanche. Et Marcel, sans se g\u00eaner, vient s&rsquo;asseoir sur les genoux du bon Dieu, et regarde avec lui les images qu&rsquo;il trace \u00e0 mesure dans le ciel.<br \/>\n &#8211; Mon bon Dieu, votre ciel est bien beau, et votre terre aussi n&rsquo;est pas mal.<br \/>\n Valery Larbaud, <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2070297284\/sitecompdelouvrf\/\" ><em>Enfantines<\/em><\/a>, L&rsquo;imaginaire, Gallimard, p. 120. <\/p><\/blockquote>\n<\/ul>\n<p> Et puis, enfin, une m\u00e9ditation permanente pour le professeur que je suis : <\/p>\n<blockquote><p>&#8230; cette nourriture intellectuelle qu&rsquo;on nous pr\u00e9sentait toute m\u00e2ch\u00e9e nous soulevait le coeur. Et puis, enfin, nous n&rsquo;\u00e9tions pas des anges pour tout concevoir sans l&rsquo;aide des sens, pour descendre toujours de l&rsquo;abstrait au concret. [&#8230;] Mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas seulement cela. Ce qui nous rebutait le plus dans nos \u00e9tudes, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;inutilit\u00e9 de nos travaux. Toujours s&rsquo;exercer, et ne jamais rien faire. <br \/>\n Valery Larbaud, <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2070297284\/sitecompdelouvrf\/\" ><em>Enfantines<\/em><\/a>, L&rsquo;imaginaire, Gallimard, p. 152. <\/p><\/blockquote>\n<p> <strong>Correspondance :<\/strong> spontan\u00e9ment, je pense \u00e0 Jules Romains. Normalien, po\u00e8te, acad\u00e9micien, et contemporain de Larbaud, il \u00e9crit aussi avec fluidit\u00e9, dans une belle langue, les \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me d&rsquo;une population parisienne (<em>Les hommes de bonne volont\u00e9<\/em>, 27 volumes, superbe). Il va m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 se mettre, avec justesse me semble-t-il, dans la peau du chien Macaire pendant quelques pages. D&rsquo;octobre 1908 \u00e0 octobre 1933, on suit une foultitude de personnages, certains meurent (notamment dans l&rsquo;horreur de Verdun), d&rsquo;autres tombent en d\u00e9ch\u00e9ance, certains disparaissent des romans puis r\u00e9apparaissent, ou pas. Un grand chef d&rsquo;oeuvre. (malgr\u00e9 ce qu&rsquo;en dit le paragraphe \u00ab\u00a0Critique\u00a0\u00bb dans <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jules_Romains\" >l&rsquo;article de Wikipedia sur Jules Romains<\/a>. Scrogneugneu, je m&rsquo;en vais t&rsquo;\u00e9diter \u00e7a rapido, moi) (<strong>M\u00e0J :<\/strong> <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jules_Romains\" >c&rsquo;est fait<\/a>)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Offert par mon \u00e9diteuse, ce livre (Valery Larbaud, Enfantines, L&rsquo;imaginaire, Gallimard, 190 p.) rassemble 8 nouvelles \u00e9crites par des enfants, ou plut\u00f4t, vues par des yeux d&rsquo;enfants. 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