{"id":1059,"date":"2011-01-01T05:32:02","date_gmt":"2011-01-01T05:32:02","guid":{"rendered":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/?p=1059"},"modified":"2011-01-01T05:32:02","modified_gmt":"2011-01-01T05:32:02","slug":"hymne-a-la-nuit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2011\/01\/01\/hymne-a-la-nuit\/","title":{"rendered":"Hymne \u00e0 la nuit"},"content":{"rendered":"<p> (\u00e0 lire en \u00e9coutant, par exemple, <a style=\"font-style: italic;\" href=\"http:\/\/www.deezer.com\/listen-596434\">Nuit<\/a>, de Goldman Fredericks &amp; Jones).<\/p>\n<p> Suite \u00e0 un certain commentaire sur ma vie diurne, et pour r\u00e9pondre pas tout-\u00e0-fait \u00e0 c\u00f4t\u00e9, pas tout-\u00e0-fait <span style=\"font-style: italic;\">en el blanco<\/span>, voil\u00e0 pourquoi j&rsquo;aime la nuit.<\/p>\n<p> <span style=\"font-weight: bold;\">La nuit, les loups sortent<\/span><br style=\"font-weight: bold;\"> <br \/> Il existe des personnes qui ne sortent que la nuit. Le jour, elles sont en train de dormir, r\u00e9ellement ou figurativement parlant. Tel employ\u00e9 de bureau, <span style=\"font-style: italic;\">a priori<\/span> sans asp\u00e9rit\u00e9s, rev\u00eat certains soirs son habit de lumi\u00e8re, et va faire la f\u00eate. Il rentre, entre chien et loup, pour prendre quelques heures de sommeil (<a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2006\/06\/16\/caillou-jeunesse\">ou d&rsquo;amour<\/a>) avant de repartir \u00e0 son travail. Pour ceux de ma g\u00e9n\u00e9ration, c&rsquo;\u00e9tait le th\u00e8me du clip de <span style=\"font-style: italic;\">High on emotion<\/span> (Chris de Burgh). J&rsquo;ai rencontr\u00e9 de v\u00e9ritables noctambules, qui sont peut-\u00eatre des anonymes que j&rsquo;ai \u00e0 peine remarqu\u00e9s le jour, et qui se r\u00e9v\u00e9laient \u00eatre des seigneurs, ou des philosophes, de la nuit.<br \/> De m\u00eame que les morts vivent de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du Styx, certains vivants ne prennent v\u00e9ritablement vie que de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du Cr\u00e9puscule : leur vie diurne n&rsquo;est qu&rsquo;un ectoplasme, la projection dans la Matrice de leur moi social. Leur vraie identit\u00e9, ce n&rsquo;est pas Thomas A. Anderson, c&rsquo;est Neo.<br \/> Mais ce n&rsquo;est pas pour rien que la nuit est sombre : \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;entra\u00eener sa <a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2006\/10\/25\/235--\">vision de nuit<\/a>, on voit trop tard les dents ac\u00e9r\u00e9es, les \u00e9clairs de violence dans les regards, les coups d&rsquo;oeils qui vont vite devenir des coups de poings. <br \/> Et quand j&rsquo;ai tendance \u00e0 l&rsquo;oublier, <a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2009\/11\/24\/962-sequelles-mondes-paralleles\">la Nuit me le rappelle dans ma chair<\/a>.<\/p>\n<p> <span style=\"font-weight: bold;\">La nuit, tout est possible<\/span><br style=\"font-weight: bold;\"> <br \/> J&rsquo;ai vu les soleils de nuit d&rsquo;Oslo avec des f\u00eatards qui plongeaient dans l&rsquo;eau glac\u00e9e du port (avant de se cavaler devant la police locale), des fins d&rsquo;enterrement de vie de gar\u00e7on \u00e0 la soupe \u00e0 l&rsquo;oignon aux Halles, j&rsquo;ai vu l&rsquo;aube se lever des quantit\u00e9s de fois, seul, \u00e0 deux, \u00e0 plusieurs, que l&rsquo;on soit sobres, ou pas tout \u00e0 fait sobres. Il y avait dans cet infini bleut\u00e9, dans ces quelques heures de <span style=\"font-style: italic;\">no man&rsquo;s land<\/span><span style=\"font-style: italic;\">,<\/span> une sensation de potentialit\u00e9 pure : la nuit serait ce que nous en ferions, ni plus, ni moins. Et plus d&rsquo;une fois, c&rsquo;est mon moi social qui a refus\u00e9 les potentialit\u00e9s qui ne demandaient qu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;offrir. Parce que la nuit abolit beaucoup de r\u00e8gles, elle nous permet, exactement aux m\u00eames endroits, ou sous les m\u00eames latitudes, d&rsquo;\u00eatre en d\u00e9calage horaire total.<br \/> J&rsquo;ai travers\u00e9 <a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2007\/12\/30\/585-caillou-venitien\">des places d\u00e9sertes de Venise<\/a>, et dieu sait si elles peuvent \u00eatre belles en plein jour, mais Venise la nuit, c&rsquo;est encore une dimension sup\u00e9rieure, qui touche au m\u00e9taphysique.<br \/> Et je garde des souvenirs de tous ces moments, certains dont je sais qu&rsquo;ils ne reviendront jamais, mais que je peux rejouer \u00e0 l&rsquo;envi sur le gramophone de mes souvenirs. Je me souviens d&rsquo;un lit o\u00f9 j&rsquo;ai fum\u00e9, dans un pull qui n&rsquo;\u00e9tait pas le mien, face \u00e0 la fen\u00eatre ouverte, tandis que la conversation s&rsquo;effilochait de bouff\u00e9es : c&rsquo;\u00e9tait un tableau qu&rsquo;Edward Hopper n&rsquo;a pas eu besoin de peindre, puisqu&rsquo;il est, et reste, dans ma t\u00eate, avec toute ma collection priv\u00e9e.<br \/> <br style=\"font-weight: bold;\"> <span style=\"font-weight: bold;\">La nuit, je m&rsquo;entends enfin<\/span><\/p>\n<p> Que ce soit exprim\u00e9 en termes <a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2010\/12\/22\/1062-plaidoyer-pour-l-introversion\">psychologiques<\/a> ou <a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2006\/05\/29\/101-chiffres-et-caillou-113-mails\">technologiques<\/a>, j&rsquo;ai toujours souhait\u00e9 avoir, au moins pour un temps, un asile loin du fracas. Mais <a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2006\/05\/26\/caillou-klondyke\">le Klondyke<\/a>, c&rsquo;est loin. Or, dans cette retraite spirituelle, qu&rsquo;est-ce que je recherche avant tout ? Une coupure du monde et de son <a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2007\/11\/08\/542-zapping-2-le-retour\">flot de sollicitations<\/a>. Pour filer la m\u00e9taphore du d\u00e9calage horaire, il n&rsquo;y a pas besoin de me d\u00e9placer dans l&rsquo;espace, par exemple en faisant 1h30 de voiture pour rejoindre <a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2009\/07\/21\/932-le-son-du-silence\">une maison isol\u00e9e<\/a> : il suffit de pratiquer le d\u00e9calage horaire (seul b\u00e9n\u00e9fice r\u00e9el des insomnies) et de profiter de ces 2 heures de libert\u00e9, de 5h \u00e0 7h du matin. Sans en faire un syst\u00e8me (se lever tous les jours \u00e0 5h), j&rsquo;en appr\u00e9cie la flexibilit\u00e9.<br \/> Pendant ces heures, je sais que \u00e7a ne sert \u00e0 rien de v\u00e9rifier compulsivement mes mails, c&rsquo;est la tr\u00eave des confiseurs, et c&rsquo;est le moment id\u00e9al pour lire <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/089106074X\/sitecompdelouvrf\/\">un livre qui demande de la concentration<\/a> et le mettre en notes, ou encore, prendre le temps de r\u00e9diger ce thibillet qui me trottait dans la t\u00eate depuis des jours.<br \/> Un autre avantage \u00e0 se lever d\u00e8s que l&rsquo;insomnie est av\u00e9r\u00e9e : cela fait taire la petite voix. Celle qui rejoue le (mauvais) film de la soir\u00e9e de la veille, celle qui invente les dialogues du lendemain (et s&rsquo;il me dit \u00e7a, je lui dirai \u00e7a), celle qui, toujours, est teint\u00e9e de pessimisme voire de catastrophisme. <br \/> Je pr\u00e9f\u00e8re me faire un th\u00e9 et cramer deux heures de sommeil putatif plut\u00f4t que de laisser cet alter ego prendre le contr\u00f4le de mon cerveau.<\/p>\n<p> Il y a probablement d&rsquo;autres raisons. Mais j&rsquo;aurai toujours ce sentiment de libert\u00e9 quand je vois l&rsquo;obscurit\u00e9 bleut\u00e9e qui s&rsquo;\u00e9tend sur les nuages et fait dispara\u00eetre les rouges et violets du soleil d\u00e9j\u00e0 couch\u00e9. <br \/> De la m\u00eame mani\u00e8re qu&rsquo;il y a &#8211; para\u00eet-il &#8211; un changement d&rsquo;air \u00e0 chaque changement de mar\u00e9e, l&rsquo;air de la nuit me semble toujours plus pur que celui de la journ\u00e9e. <br \/> Voil\u00e0 pourquoi j&rsquo;aime la vie nocturne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(\u00e0 lire en \u00e9coutant, par exemple, Nuit, de Goldman Fredericks &amp; Jones). Suite \u00e0 un certain commentaire sur ma vie diurne, et pour r\u00e9pondre pas tout-\u00e0-fait \u00e0 c\u00f4t\u00e9, pas tout-\u00e0-fait en el blanco, voil\u00e0 pourquoi j&rsquo;aime la nuit. 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