{"id":1052,"date":"2010-12-06T18:03:06","date_gmt":"2010-12-06T18:03:06","guid":{"rendered":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/?p=1052"},"modified":"2010-12-06T18:03:06","modified_gmt":"2010-12-06T18:03:06","slug":"la-saintelyon-recit-dune-nuit-et-dun-matin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2010\/12\/06\/la-saintelyon-recit-dune-nuit-et-dun-matin\/","title":{"rendered":"La Saint\u00e9lyon &#8211; r\u00e9cit d&rsquo;une nuit et d&rsquo;un matin"},"content":{"rendered":"<p> Nous sommes donc partis \u00e0 6-8 pour courir la 57\u00e8me \u00e9dition de cette course particuli\u00e8re, de nuit, dans des paysages enneig\u00e9s : rallier Saint Etienne \u00e0 Lyon en relais (17km-30km-22km) ou, pour les plus valeureux, en solo (68 km)&#8230;<br \/> <img decoding=\"async\" style=\"width: 442px; height: 244px;\" alt=\"\" src=\"\/blog\/wp-content\/images\/saintelyon1.jpg\" align=\"left\" hspace=\"20\" vspace=\"10\">Samedi soir, apr\u00e8s une pasta party charg\u00e9e en ail, nous avons vu le d\u00e9part des solos : une ambiance hivernale (-4\u00b0), nocturne (minuit) et magique, avec tous ces coureurs qui avaient allum\u00e9 leur lampe frontale pour former un long fleuve lumineux. No\u00ebl et ses d\u00e9corations, avant l&rsquo;heure.<br \/> Une fois les solos partis, nous avons comat\u00e9 sur les bancs du gymnase de d\u00e9part, en attendant notre heure. <br \/> La r\u00e9partition des \u00e9quipes \u00e9tait la suivante : <br \/> &#8211; Didier (dossard 3136) et Herv\u00e9 (dossard 3137) devaient d\u00e9marrer \u00e0 2h du matin pour courir ensemble les 17 km du premier tron\u00e7on, \u00e0 la frontale, puis passer le relais (en fait la puce \u00e9lectronique) vers 4h du matin \u00e0<br \/> &#8211; Corinne (deuxi\u00e8me dossard 3136) et Laurent (deuxi\u00e8me dossard 3137), qui devaient courir les 30km du deuxi\u00e8me tron\u00e7on, toujours \u00e0 la frontale, pour rallier le deuxi\u00e8me point de relais vers 7h du matin et transmettre le relais \u00e0<br \/> &#8211; Christian (troisi\u00e8me dossard 3136) et votre serviteur (troisi\u00e8me dossard 3137), qui devaient parcourir la distance restante (22 km) avant de rejoindre le Stade Gerland \u00e0 Lyon au matin. <\/p>\n<p> Enfin, c&rsquo;est comme \u00e7a que c&rsquo;\u00e9tait marqu\u00e9.<\/p>\n<p> <span style=\"font-weight: bold;\">Avant ma course<\/span><br style=\"font-weight: bold;\"> <br \/> Nous avons laiss\u00e9 les deux premiers dans leur attente dans le gymnase, et sans attendre leur d\u00e9part, avons d\u00e9plac\u00e9 les voitures pour aller nous poser au premier point de relais. Route tortueuse dans les \u00e9tendues enneig\u00e9es. Par moments, du c\u00f4t\u00e9 droit, on voyait le ruban lumineux des coureurs solos qui progressaient de vallon en c\u00f4te, de ruisseau en butte, parall\u00e8lement \u00e0 notre route.<br \/> <img decoding=\"async\" style=\"width: 355px; height: 248px;\" alt=\"\" src=\"\/blog\/wp-content\/images\/saintelyon2.jpg\" align=\"right\" hspace=\"20\" vspace=\"10\">Arriv\u00e9e vers 1h30 du matin. Nous nous installons vaguement pour dormir dans la voiture, mais peu d&rsquo;entre nous y arrivent. Au loin devant nous, le serpentin lumineux des coureurs descend en zigzag dans les champs enneig\u00e9s, c&rsquo;est superbe de voir cette petite chenille qui s&rsquo;\u00e9tire en clignotant dans la distance, dans une nuit noire et glac\u00e9e. Un demi-verre de th\u00e9, un aller-retour pour voir comment \u00e7a se passe dans l&rsquo;autre voiture, puis l&rsquo;attente. Vers 4h du matin, on re\u00e7oit un SMS des premiers : ils sont \u00e0 5 km du point de relais, il est temps pour les deuxi\u00e8me relais de s&rsquo;\u00e9quiper. Nous sommes tous d\u00e9j\u00e0 habill\u00e9s en tenue de guerre, mais il faut enlever les couches en trop, lacer correctement les chaussures, installer le bonnet, la lampe frontale, prendre la couverture de survie (obligatoire) et v\u00e9rifier qu&rsquo;on n&rsquo;oublie rien. <\/p>\n<p> Nous partons tous dans la nuit pour rejoindre le point de jonction. Une tente au bout d&rsquo;un terrain de football, une foule mass\u00e9e \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, et les coureurs qui arrivent par un couloir, qui cherchent leur deuxi\u00e8me relais, font la jonction, et commentent leur mont\u00e9e tout en se passant la puce \u00e9lectronique. Super ambiance, comme toujours sur ces courses. De toute fa\u00e7on, prenez des personnes qui ont <span style=\"font-style: italic;\">d\u00e9cid\u00e9<\/span> de faire une nuit blanche et de courir en \u00e9quipes :&nbsp; l&rsquo;ambiance ne peut \u00eatre que collective, rigolarde, bon enfant.<br \/> Nous attendons longtemps, semble-t-il, le flux des coureurs ne s&rsquo;arr\u00eate pas, on guette dans la foule, enfin, apr\u00e8s une vingtaine de minutes, on les voit, Herv\u00e9 et Didier, bien transpirants, bien glac\u00e9s, qui arrivent. La mont\u00e9e a \u00e9t\u00e9 dure, ils ont fait comme tous les autres : quand on ne pouvait plus courir dans la mont\u00e9e, on marchait. Laurent et Corinne s&rsquo;\u00e9quipent vite, une tape sur l&rsquo;\u00e9paule, et les voil\u00e0 partis dans la nuit pour l&rsquo;\u00e9tape la plus longue, 30 km dans les sentiers et la for\u00eat. <\/p>\n<p> Nous faisons un arr\u00eat \u00e0 la tente-ravitaillement pour restaurer les deux coureurs (et chouraver des g\u00e2teaux pour les autres), ils nous racontent leur d\u00e9part, le flot des coureurs, les 8 km sur terrain \u00e0 peu pr\u00e8s plat, et puis tout-\u00e0-coup, la c\u00f4te, celle qu&rsquo;on ne peut monter qu&rsquo;en marchant. Tout cela semble irr\u00e9el, ou plut\u00f4t, un coureur comme moi qui n&rsquo;a pas encore couru <span style=\"font-style: italic;\">ne peut pas visualiser<\/span> les choses comme eux les ont v\u00e9cues. <\/p>\n<p> Nous reprenons les voitures. Routes encombr\u00e9es (\u00e0 plus de 4h du matin !) par toutes les voitures qui rallient le deuxi\u00e8me point de relais. Je mange un dernier muffin au chocolat et sans vraiment m&rsquo;en rendre compte, je sombre. <br \/> Mon g\u00e8ne <span style=\"font-style: italic;\">Clock<\/span> faisant correctement son travail, je m&rsquo;\u00e9veille un peu avant 7h. La voiture est froide, noire, les 3 autres dorment. Un petit coup d&rsquo;oeil au t\u00e9l portable : pas de nouvelle des coureurs. Peu \u00e0 peu, les 3 autres \u00e9mergent, on se prend un peu de th\u00e9, on va voir l&rsquo;autre voiture. Ils ont eu des nouvelles de Laurent et Corinne : trajet dur, ils sont tomb\u00e9s une dizaine de fois, ils ont aussi d\u00fb passer des passages en descendant sur les fesses, donc ce n&rsquo;est pas une course sur bitume tout plate, non Monsieur, c&rsquo;est de l&rsquo;Aventure et de la Souffrance, yes.<\/p>\n<p> Le point de jonction pr\u00e9vu initialement \u00e0 7h s&rsquo;achemine plut\u00f4t vers les 8h du matin, au mieux. R\u00e9veill\u00e9s pour r\u00e9veill\u00e9s, nous nous \u00e9quipons. J&rsquo;enl\u00e8ve deux couches en haut (pull et manteau) ce qui fait qu&rsquo;il m&rsquo;en reste 3 (t-shirt technique, polaire, coupe-vent) ; en bas, j&rsquo;enl\u00e8ve le pantalon de k-way, reste donc le fuseau en tissu respirant et la polaire (et les trois couches de chaussettes). Une des voitures doit aller r\u00e9cup\u00e9rer le fou furieux soixante-huitard au stade Gerland \u00e0 Lyon, arriv\u00e9e pr\u00e9vue vers 8h, elle nous quitte.<\/p>\n<p> Nous allons \u00e0 pied vers le point de relais. <br \/> Le ciel est bleu nuit, on sent que la nuit noire se l\u00e8ve peu \u00e0 peu, mais rien ne laisse penser que le soleil va se lever, il s&rsquo;agit plut\u00f4t d&rsquo;une clart\u00e9 diffuse, \u00e0 peine perceptible, qui commence \u00e0 se r\u00e9pandre. Il fait super froid, les -1\u00b0 que l&rsquo;on avait au relais pr\u00e9c\u00e9dent se sont retransform\u00e9s en -4\u00b0, il y a un peu de vent, c&rsquo;est frigorifiant. <br \/> Nos accompagnateurs Herv\u00e9 et Cathy n&rsquo;ont pas le droit de se joindre \u00e0 nous dans la tente relais, on se claque la bise et Christian et moi allons nous installer pour l&rsquo;attente. Nous alternons des stations debout dehors, et quand le froid ou le vent nous d\u00e9logent, nous rentrons sous la tente. Le temps passe, l&rsquo;aube se l\u00e8ve doucement, tandis que les coureurs arrivent toujours, passent leur puce \u00e0 leur compagnon, et commentent leur course. Quelques textos plus tard, nous sommes pr\u00eats \u00e0 voir arriver Laurent et Corinne. D&rsquo;abord Laurent, en forme, mais nous le confirme : \u00e7a a \u00e9t\u00e9 dur, un terrain tr\u00e8s technique, des glissades, de nombreuses chutes, bref, un Vietnam. Corinne arrive aussi, elle n&rsquo;en peut plus mais elle sourit, \u00e7a y est, c&rsquo;est termin\u00e9 pour elle. \u00c9change des puces, une derni\u00e8re photo, et nous voil\u00e0 partis.<\/p>\n<p> <span style=\"font-weight: bold;\">Ma course<\/span><br style=\"font-weight: bold;\"> <br \/> L&rsquo;aube est quasiment lev\u00e9e, les frontales ne serviront pas. Descente dans le village, nous passons les coureurs solos qui marchent (\u00e7a fait plus de 8h30 qu&rsquo;ils sont dans la course), en revanche, les relais comme nous (reconnaissables \u00e0 leur chiffres rouges sur le dossard) nous passent \u00e0 bonne vitesse, ils sont comme nous, avides de courir apr\u00e8s cette attente de plus de 14h (nous \u00e9tions \u00e0 18h dans le gymnase de Saint Etienne).<br \/> Tr\u00e8s vite, nous d\u00e9bouchons dans la campagne, un chemin de terre (enfin, de neige glac\u00e9e) qui serpente entre les arbres d\u00e9nud\u00e9s. Il fait tr\u00e8s froid, nous ne le sentons plus trop, mais l&rsquo;air est glac\u00e9 dans le nez et la gorge. Tr\u00e8s vite, nous passons le panneau \u00ab\u00a020 km\u00a0\u00bb, allez, c&rsquo;est une distance raisonnable<br \/>\n\u00e0 courir.<br \/> Je d\u00e9couvre des nouvelles sensations, et pour tout dire, \u00e7a n&rsquo;est pas tr\u00e8s agr\u00e9able. Je me rends compte en effet que cela n&rsquo;a rien \u00e0 voir de courir sur bitume sec, et de courir sur neige tass\u00e9e et glac\u00e9e. Sur bitume sec, on tape du talon, on d\u00e9roule le pied, et hop, d&rsquo;une impulsion des orteils, on relance la foul\u00e9e. Tout est en fait un processus de r\u00e9action par rapport \u00e0 sol : on prend fortement appui sur le sol pour se relancer. Sur la glace, inutile de r\u00eaver faire cela : tout appui un peu fort se transforme en glissade. Il faut donc courir le pied l\u00e9ger, la foul\u00e9e raccourcie, en fr\u00f4lant la surface plut\u00f4t qu&rsquo;en s&rsquo;appuyant dessus. C&rsquo;est rendu compliqu\u00e9 par le fait que le sol alterne entre de la neige molle, de la glace, et du bitume : les appuis ne sont pas les m\u00eames, et d&rsquo;autres coureurs \u00ab\u00a0monopolisent\u00a0\u00bb le trac\u00e9 le plus sec, bref, il faut zigzaguer. Le sol est irr\u00e9gulier aussi, avec des petits tas de neige qui tordent les pieds, il faut donc faire attention, je n&rsquo;ai pas envie d&rsquo;une nouvelle entorse.<\/p>\n<p> Un plateau nous donne l&rsquo;occasion d&rsquo;avoir une vue sur le paysage, tout est blanc, on voit les vall\u00e9es au loin, et la for\u00eat qui descend devant. Nous passons par des chemins forestiers bien pentus, m\u00e9lange de neige et de gadoue, certains marchent prudemment, d&rsquo;autres trottinent en esp\u00e9rant se rattraper en cas de glissade (sc\u00e9nario in\u00e9vitable). Tout cela donne des cassures de rythme, des essouflements dont je ne mesure pas encore les cons\u00e9quences futures. Les jambes sont lourdes, et je me dis plus d&rsquo;une fois \u00ab\u00a0tu sens dans ton corps le manque d&rsquo;entra\u00eenement et de sorties longues\u00a0\u00bb.<br \/> A la sortie d&rsquo;une for\u00eat, un homme nous promet un ravito dans 2 km. Cela me semble durer une \u00e9ternit\u00e9, les cuisses sont fatigu\u00e9es, et on n&rsquo;en est m\u00eame pas \u00e0 la moiti\u00e9 (et bon sang, c&rsquo;est cens\u00e9 n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;un 22 km !)<br \/> On descend dans un village, une grande tente sur un parking, c&rsquo;est la pause, on est au km 12. Deux verres de th\u00e9 bouillant, tr\u00e8s parfum\u00e9, tr\u00e8s sucr\u00e9, des p\u00e2tes de fruits, une demi-banane. Un petit texto aux copains (qui viennent d&rsquo;arriver au stade de Gerland) et on repart dans les rues du village, puis une c\u00f4te bien pentue : Christian continue \u00e0 mouliner des guibolles, il grimpe r\u00e9guli\u00e8rement, mais moi, je marche. Au ravito, je lui ai dit \u00ab\u00a0Mes sensations, c&rsquo;est presque comme si j&rsquo;\u00e9tais au 30\u00e8me km d&rsquo;un marathon\u00a0\u00bb. Manque d&rsquo;entra\u00eenement, clairement, mais aussi, je pense que j&rsquo;ai br\u00fbl\u00e9 beaucoup de mon glycog\u00e8ne (= carburant) dans la premi\u00e8re partie. <br \/> Je mets ma musique et \u00e7a commence par <span style=\"font-style: italic;\">Abacab<\/span> tandis que je grimpe en marchant toujours. En haut de la c\u00f4te, on red\u00e9marre, Christian est clairement en meilleure forme (et puis l&rsquo;ge, mon bon monsieur&#8230;), nous abordons le relief dans des villages endormis, en passant toujours r\u00e9guli\u00e8rement des dossards \u00e0 chiffres noirs, avec ou sans b\u00e2tons de ski.<br \/> Puis vient un sentier forestier \u00e0 nouveau, en sortie d&rsquo;un virage. Descente vers des ruisseaux, une passerelle m\u00e9tallique sur une petite rivi\u00e8re, des chemins blancs et beiges, des feuilles mortes m\u00e9lang\u00e9es \u00e0 de l&rsquo;herbe pi\u00e9tin\u00e9e, de la boue et des flaques d&rsquo;eau. <\/p>\n<p> Je le sens, d\u00e8s qu&rsquo;on a un faux-plat ou une vraie mont\u00e9e, je ralentis, j&rsquo;ai du mal \u00e0 garder ma cadence. Je me guide \u00e0 ma fr\u00e9quence cardiaque : essayer de ne pas d\u00e9passer 92% de ma FCmax, m\u00eame si je dois ralentir fortement. Par moments, \u00e7a ressemble \u00e0 de la marche sautillante, tellement c&rsquo;est lent. Christian toujours devant, \u00e0 m&rsquo;encourager. <br \/> On arrive \u00e0 des marches en descente, c&rsquo;est-\u00e0-dire que tous les deux m\u00e8tres, on descend une marche de +\/- 60 cm. Il y a des grosses pierres qui peuvent rouler sous les pieds, avec la fatigue accumul\u00e9e (nuit blanche + temps de course), il s&rsquo;agit de rester attentif. Descente technique, fatigante, \u00e7a tape dans les cuisses et le dos. Puis c&rsquo;est la pente avec au loin une route en descente. Et derri\u00e8re, une remont\u00e9e en for\u00eat \u00e0 nouveau. Les press\u00e9s essaient de passer vite, les chemins sont \u00e9troits, on se faufile ou on se range.<\/p>\n<p> Puis on arrive enfin dans la pente, c&rsquo;est une route qui descend sur Lyon, et j&rsquo;en profite \u00e0 mort : dans mes \u00e9couteurs, c&rsquo;est successivement un des morceaux de <span style=\"font-style: italic;\">Chicken run<\/span> (<span style=\"font-style: italic;\">building the crate<\/span> ?) puis <span style=\"font-style: italic;\">Butkus<\/span> (B.O. de <span style=\"font-style: italic;\">Rocky<\/span>). Certains se ralentissent, limitent leur descente en amortissant avec les genoux et les cuisses, moi je me laisse aller au rythme de la musique et de la pente, toute seconde gagn\u00e9e ici est une seconde gagn\u00e9e pour plus tard. Grand sentiment d&rsquo;exaltation, je garde cette longue descente comme un excellent souvenir de cette course.<br \/> Et l&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 Lyon, on bifurque \u00e0 droite le long du fleuve, c&rsquo;est du plat \u00e0 nouveau, et de la neige m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 de la glace et du sable sur les quais. Depuis avant le ravito, j&rsquo;ai une ampoule \u00e0 chaque pied. Quand on pose le pied \u00e0 plat, on ne sent presque rien. Mais l\u00e0, le pied est toujours un peu d\u00e9port\u00e9, un peu tordu, et la peau frotte, et la douleur des ampoules me minent le moral. <br \/> Le vent s&rsquo;est lev\u00e9 (comme toujours, le long d&rsquo;un fleuve) et la progression est lente, fatigante, d\u00e9primante, il reste 5 km et c&rsquo;est en m\u00eame temps tout proche et l&rsquo;autre bout du monde. <br \/> La remont\u00e9e le long des quais se fait dans un brouillard de fatigue et de musique, les bourrasques nous font nous pencher en avant, et je fixe les graviers devant pour \u00e9viter les chutes ou les pertes d&rsquo;\u00e9quilibre. Arriv\u00e9 au bout d&rsquo;un quai, nous d\u00e9couvrons&#8230; qu&rsquo;il faut tourner \u00e0 gauche et repartir en sens inverse de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, c&rsquo;est le confluent de la Sa\u00f4ne et du Rh\u00f4ne, on a le sentiment de s&rsquo;\u00eatre fait avoir avec ce demi-tour. <\/p>\n<p> Un pont, escaliers \u00e0 gravir, le fleuve \u00e0 traverser avec des bourrasques qui nous d\u00e9s\u00e9quilibrent, j&rsquo;ai l&rsquo;impression qu&rsquo;il suffirait de peu pour que je bascule vers l&rsquo;eau, 30 m\u00e8tres plus bas. <\/p>\n<p> On arrive sur l&rsquo;autre rive, petit chemin de h\u00e2lage avec une alternance de boue, de sable, de glace, d&rsquo;herbe gadouilleuse. Et quelqu&rsquo;un qui dit \u00ab\u00a0Courage, 900 m\u00e8tres !\u00a0\u00bb<br \/> Nous savons ce que c&rsquo;est : les spectateurs croient nous faire plaisir, mais la plupart du temps, ils <span style=\"font-style: italic;\">croient<\/span> que c&rsquo;est 900 m\u00e8tres, mais ils n&rsquo;ont aucun moyen d&rsquo;en \u00eatre s\u00fbrs. L\u00e0, \u00e0 5 minutes de distance, j&rsquo;entends deux fois \u00ab\u00a0400 m\u00e8tres\u00a0\u00bb, et c&rsquo;est d\u00e9moralisant la deuxi\u00e8me fois&#8230;<br \/> Nous croisons de plus en plus de promeneurs du dimanche, il est plus de 11h, c&rsquo;est une matin\u00e9e comme une autre pour les Lyonnais, il y a juste dans leur champ visuel quelques joggeurs portant, tiens c&rsquo;est original, des dossards.<\/p>\n<p> Je n&rsquo;en peux plus, chaque pas est douloureux, je me sens comme au 39\u00e8me km d&rsquo;un marathon, pas mieux. On cherche le stade des yeux et on ne le voit pas, c&rsquo;est d\u00e9primant. Un tournant \u00e0 gauche, une longue ligne droite, et rien \u00e0 part des poussettes et des retrait\u00e9s. Et puis au fond, l\u00e0-bas, on voit des coureurs qui tournent \u00e0 gauche. On y arrive. Tournant \u00e0 gauche. Une autre ligne droite, et au fond, une arche gonflable rouge.<br \/> Encore une fois, nous avons notre exp\u00e9rience des courses : l&rsquo;arche <span style=\"font-style: italic;\">annonce<\/span> l&rsquo;arriv\u00e9e prochaine, elle <span style=\"font-style: italic;\">n&rsquo;est pas<\/span> la ligne d&rsquo;arriv\u00e9e. Un panneau annonce \u00ab\u00a0100 m\u00e8tres\u00a0\u00bb et Christian, qui en a marre autant que moi, me crie \u00ab\u00a0Allez !!! Allez !!!\u00a0\u00bb et commence \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer. Avec mon exp\u00e9rience, et ma fatigue, je sais que 100 m\u00e8tres, \u00e7a peut \u00eatre <span style=\"font-style: italic;\">tr\u00e8s<\/span> long. J&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re, mais pas \u00e0 fond, disons que j&rsquo;allonge la foul\u00e9e. 75 m\u00e8tres. Christian est d\u00e9cha\u00een\u00e9, il crie comme un boeuf, on sent que la d\u00e9livrance va \u00eatre au bout de la ligne droite, j&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re encore, 50 m\u00e8tres. Christian ralentit un peu dans le virage, il se tourne vers moi, j&rsquo;arrive au pas de course, on s&rsquo;attrape la main et on acc\u00e9l\u00e8re encore dans le virage, nous d\u00e9boulons comme deux fus\u00e9e<br \/>\ns devant les photographes avant la ligne, derni\u00e8re ligne droite, celle-l\u00e0 je ne la vois pas passer, on passe la ligne en trombe, et vite vite, d\u00e9c\u00e9l\u00e9rer pour ne pas percuter les coureurs mass\u00e9s \u00e0 10 m\u00e8tres de l\u00e0, un peu \u00e9tonn\u00e9s de voir ces deux fous furieux arriver comme des com\u00e8tes.<br \/> Un coup de sifflet au loin, je l\u00e8ve la t\u00eate : Laurent et les copains derri\u00e8re les barri\u00e8res, je rejoins Christian et je m&rsquo;effondre dans ses bras, \u00e7a y est, c&rsquo;est fait. <\/p>\n<p> Au final, notre \u00e9quipe est 150\u00e8me sur 300, et nous avons mis, \u00e0 trois coureurs en relais, plus de temps qu&rsquo;Alex qui lui a couru seul les 68 km&#8230; <br \/> R\u00e9trospectivement, je ne sais m\u00eame pas comment ceux qui ont couru les 30 km ont r\u00e9ussi \u00e0 faire cette distance. A leur place, je serais mort dix mille fois.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous sommes donc partis \u00e0 6-8 pour courir la 57\u00e8me \u00e9dition de cette course particuli\u00e8re, de nuit, dans des paysages enneig\u00e9s : rallier Saint Etienne \u00e0 Lyon en relais (17km-30km-22km) ou, pour les plus valeureux, en solo (68 km)&#8230; Samedi &hellip; <a href=\"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/2010\/12\/06\/la-saintelyon-recit-dune-nuit-et-dun-matin\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[],"class_list":["post-1052","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-courir"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1052","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1052"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1052\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1052"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1052"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/christophethibierge.com\/blogthib\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1052"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}