Depuis maintenant quelques années, nous sommes propriétaires d'un ancien moulin
en Touraine. Ayant toujours été citadin auparavant, je découvre au fil
des jours une autre manière de vivre, avec d'autres repères. Bienvenue
dans ces pensées moulinières.
Les Anglais (et n'oublions la terre des braves, l'Écosse) ont le Bed & Breakfast.
Les Québecois l'appellent Café & Couette.
Par chez nous, en hiver, ça s'appelle Nid & Graines.

Il aura fallu que je lise le livre de John Seymour (Le grand guide Marabout de l'autosuffisance, à acheter auprès d'une librairie indépendante) pour que je prenne conscience de l'aberration du recyclage du verre.
John Seymour en mentionne l'idée en 1975 (!) au détour d'un paragraphe : la solution serait que tous les fabricants utilisent le même standard de contenant. Quand on y réfléchit, c'est un épouvantable gâchis d'utiliser un contenant de verre une seule fois, avec un processus long et coûteux (collecte, recyclage), qui nécessite de :
- demander aux ménages de trier leurs contenants en verre
- puis d'amener des sacs de contenants vides et les déposer dans des bacs à verre (où le verre est cassé)
- puis de collecter ce verre et l'amener à des usines
- où le verre est trié (?) et probablement lavé
- puis fondu / revendu (avec tous les traitements thermiques et chimiques)
- le tout pour revenir au contenant initial...
Prenons l'exemple des pots de confiture. La plupart de ceux du commerce sont de pots circulaires, avec 8 pans et un couvercle qui se visse. Pourquoi donc dois-je trier et apporter au recyclage un pot et un couvercle qui sont parfaitement fonctionnels ? Par expérience, un peu de trempage, un coup de machine à laver, et je peux faire mes confitures maison dedans. Donc, si tous les fabricants utilisaient le même modèle de pots de confiture, il y a quantité de cas où il n'y aurait pas besoin de recycler le verre. Ce serait moins coûteux, meilleur pour l'environnement et plus simple.
Certes, tout le monde n'a pas forcément l'utilité des pots de confiture et des bouteilles de verre, mais dans ce cas, pourquoi la consigne n'est-elle pas généralisée ? Si l'Europe arrive à se mettre d'accord sur un chargeur de téléphone standard, quel que soit le téléphone (sauf Apple), on aimerait bien qu'il en soit de même pour les récipients en verre. Des volumes standard (25cl, 33cl, 50cl, 75cl, 1l), avec des formes généralisées à l'industrie (le petit pot pour bébé, le pot de mayonnaise, la bouteille de soda...), et un système de consigne.
Cela permettrait aussi d'en finir avec l'aberration (une autre) de la production du plastique. Oui, les industriels nous disent que le plastique leur coûte moins cher que le verre. Mais :
1. en tant que consommateur, peu m'importe ce que ça coûte à l'entreprise, car je suis sûr qu'elle va me refacturer ses coûts dans le prix de vente.
2. les entreprises ne parlent que du coût financier, en passant sous silence l'abominable coût environnemental du plastique, sans parler de la santé humaine et animale (hello les micro-plastiques).
En résumé, la question du jour : pourquoi n'y a-t-il pas standardisation des récipients en verre ? Y a-t-il eu des tentatives pour légiférer sur ce sujet ?
Pour information, des entreprises comme
Le Fourgon pratiquent déjà ce système, mais uniquement sur leur propre ligne de produits.
[deuxième mise à jour, le même jour, merci à Chloé pour l'info] en Occitanie il y a plusieurs acteurs qui vont dans ce sens Oc'Consigne Consign'Up. Et les acteurs sont regroupés au sein du réseau national France Consigne

Depuis maintenant quelques années, nous sommes propriétaires d'un ancien moulin
en Touraine. Ayant toujours été citadin auparavant, je découvre au fil
des jours une autre manière de vivre, avec d'autres repères. Bienvenue
dans ces pensées moulinières.
Quand vient l'automne, voici le moment de ramasser des noix. J'ai la chance d'avoir 3 noyers, et ces arbres vénérables me transmettent à chaque fois quelques leçons d'humilité.
Il y a d'abord la question de la date de ramassage : en règle générale, les écureuils sont un bon baromètre. Comme la grenouille qui monte et descend à l'échelle de son bocal, l'écureuil est un bon indicateur de la noixitude du voisinage. Si, au petit déjeuner, j'en vois passer plusieurs qui s'affairent tels des lapins de mars (« je suis en retard, je suis très en retard ! »), cela veut dire que c'est le bon moment pour aller leur faire concurrence dans le ramassage des noix. La date de ramassage est évidemment complètement aléatoire : cela dépendra de l'été, de la pluie, des phases de la lune... et évidemment, des années.
Il y a des années à noix et des années pas à noix. Il y a 3 ans, c'était une année à noix : j'ai ramassé 25 kg, et encore, c'était parce que mes vertèbres avaient crié grâce. L'année suivante, j'ai juste mis la main sur un ou 2 kg moisis (il faut dire que, bien occupé par ailleurs, je m'y étais pris très tard).
Cette année, ça a l'air bien parti.
On oublie très vite l'erreur de débutant, qui se dit « il doit y avoir un moyen pour aller plus vite ». Les magasins de jardinage regorgent d'ustensiles censés faciliter la vie : un petit panier roulant au bout d'un manche, des pinces qui évitent de se baisser, des râteaux larges qui sont censés ratisser les feuilles en laissant passer les noix...
J'ai particulièrement apprécié la leçon qui m'a été donnée sur le petit panier roulant au bout d'un manche. C'est un ustensile fort ingénieux, un peu comme la roue d'un hamster au bout d'un bâton : on promène ça sur le sol, et les noix sont censées rentrer et ne pas ressortir. En pratique, ça marche bien pour les premières noix, et puis on arrive très vite à un ratio pour lequel il y a une noix qui rentre pour 2 ou 3 noix qui sont éjectées du panier. Il s'agit aussi de vider régulièrement le panier, et comme il est censé capturé les noix, il ne les lâche pas facilement. J'en suis revenu très vite à la méthode des anciens, qui regardaient mon panier à roulettes en rigolant. Il n'y a pas de mystère, il faut se baisser, ramasser et se faire mal au dos.
Car la noix se cache, mais elle vit en groupe. C'est comme pour les champignons : il faut trouver la première noix, puis regarder juste à côté dans l'herbe. Même quand on est un gars de la ville, on apprend vite ce mouvement de pied semi-circulaire qui consiste à balayer l'herbe et sentir si ça roule sous le pied : si ça roule, c'est de la noix (ou plus rarement un caillou). Car certaines noix sont bien enfoncées dans la terre, planquées sous l'herbe, ou encore maculées d'un mélange glaiseux de brou de noix et d'autres excrétions animales. Il faut aussi rebrousser chemin régulièrement : telle noix qui était cachée par une touffe d'herbe devient parfaitement apparente quand on retourne sur ses pas. Il faudrait que je porte un podomètre quand je ramasse des noix.
Peu à peu, on apprend. Par exemple, la logique voudrait qu'on ne cherche que sous le noyer. S'il n'y a pas de feuillage en l'air, pas besoin de regarder en bas. Eh bien, que nenni. La noix roule, la noix est emportée par de petits sciuridés, la noix peut vouloir voir du pays. Donc il faut chercher au-delà de la couronne du noyer, il y a parfois de belles surprises.
À la fin, ramasser des noix, c'est trier. D'abord sur le terrain, en excluant les coquilles vides, les coquilles entrouvertes desquelles germe un petit bout de futur noyer, les fruits qui ne sont pas encore ouverts, les bouts de bois ou les cailloux qui roulent sous le pied, les feuilles qui ont exactement la même couleur. Puis, de retour à la maison, il faut re-trier : enlever les feuilles mortes, les brins d'herbe, et surtout les noix percées ou entrouvertes. Après séchage de plusieurs semaines, encore un tri : enlever les noix qui en ont profité pour s'entrouvrir, celles qui ont été colonisées par des petits voraces, et toutes celles qui sont trop légères pour être honnêtes. Et des semaines, des mois après, il y en a encore à trier : trouées, moisies, enchifrenées. Quand tout cela est fait, après toutes ces heures de travail, on a enfin des noix prêtes à être consommées. Quand je pense que certains magasins vendent le kilo de noix à 5 €, je n'ose imaginer le salaire horaire que cela peut procurer aux ramasseurs...

Depuis maintenant quelques années, nous sommes propriétaires d'un ancien moulin en Touraine. Ayant toujours été citadin auparavant, je découvre au fil des jours une autre manière de vivre, avec d'autres repères. Bienvenue dans ces pensées moulinières.
Pendant plusieurs semaines, nous avons constaté un phénomène curieux :
des corbeaux s'attaquent à certaines vitres de la
maison, en tapant si fort que nous avions peur qu'ils ne cassent une
fenêtre. Ce genre d'animal est censé être (très) intelligent, donc avec
notre voisin Simon, ornithologue à ses heures, nous nous sommes dit dans
un premier temps que ces volatiles visaient à briser un carreau pour
rentrer à l'intérieur et chercher de la nourriture (peut-être après
s'être fait la main sur une maison abandonnée aux carreaux cassés).
Puis
je me suis souvenu de Gérard. Il y a quelques années, lors d'un séjour
en Touraine, nous avions rencontré Gérard, un paon con qui s'attaquait à
son reflet dans les vitres, à tel point que son propriétaire avait dû
recouvrir sa voiture d'une housse intégrale (pas pour rouler, hein,
juste à l'arrêt). Gérard s'attaquait aux rétroviseurs, au pare-chocs (et
ça n'était pas une Tesla). J'avais beau lui distiller de la sagesse
philosophique façon message Linkedin ("Si tu te bats contre toi-même, tu
es sûr de perdre"), il continuait : soit je ne suis pas bilingue
Français-Paon, soit la sagesse Linkedin ne marche pas sur la gent
paonne.
Après le paon et les corbeaux, voilà-t-y pas que les mésanges
s'y sont mises. Un matin, entendant un poc-poc-poc
régulier, j'ai parcouru toutes les pièces, jusqu'à trouver une mésange qui
se battait contre son reflet à une fenêtre du salon. Tout en attaquant
la vitre, elle pépiait, furieuse, et je suppose que ça voulait dire "Je
te défie, espèce d'emplumée ! Sors de là si t'es une mésange !"
Narcisse,
dit-on, tomba amoureux de son reflet.
On a ici l'anti-narcisse : la
haine de son reflet, une sorte de révulsion autogène , au slogan de "je
rejette tout ce qui est moi". Il y aurait fort à dire sur ce phénomène,
et j'aurais pu en écrire des pages, sur l'acceptation de soi et de ses
faiblesses, la venue des premières plumes grisonnantes ou l'insidieuse
progression de l'arthrite au bout des rémiges.
Mais la vérité est
plus prosaïque : ces volatiles (uniquement quelques espèces), quand ils sont en
période de nidification, voient leur énergie mâle les pousser à écarter tout
autre géniteur. Car oui, tels les vampires, les oiseaux ne se
reconnaissent pas dans les miroirs. Davantage d'informations dans cet article.
