Blogosphere II
Dans les dernières semaines, parmi les blogs que je connais depuis 20 ans ou plus, il s'est passé plusieurs choses :
Stephanie Booth (climbtothestars.org, blog qui existe depuis 2000) s'est faite bannir de Facebook, pour des raisons pas claires du tout. Ça pourrait être anecdotique, on pourrait même s'en réjouir à sa place, en termes de temps de cerveau disponible récupéré, sauf que c'est dramatique pour elle : depuis des années, Stephanie avait déporté sur FB énormément d'interactions web-sociales, et elle perd ainsi une communauté de 7000 personnes qu'elle avait patiemment constituée. Depuis ce jour, Stephanie revient à son blog, qu'elle avait délaissé pour une grande partie, tout en essayant de récupérer quelques fragments de sa vie numérique désormais inacessible sous FB. - Le même mois, Christie Vanbremeersch (maviesansmoi , blog en activité depuis 2004) a appris avec dépit la fermeture de sa plate-forme de blog (Typepad) avec juste un mois de préavis. Plus de 20 ans de billets de blog à faire migrer (comment ?) et une autre solution de blog à trouver (où ?), dans un temps très limité. Il reste 18 jours, là où, pour ma propre migration, j'ai mis plusieurs mois (et ce n'est pas fini ! Et je passais d'auto-hebergé à auto-hébergé, donc beaucoup plus simple !)
- En parallèle, Tristan Nitot (standblog , depuis 2002) affiche (je ne retrouve plus la source) qu'il ne peut plus recevoir de commentaires sur ses billets, et qu'il faut qu'il retourne sous le capot de Dotclear pour régler ce problème technique. Car avec le contrôle qu'on a en auto-hébergement, il y a aussi des contraintes techniques, quand le programme (Dotclear, Wordpress) fait évoluer ses fonctionnalités et que le "vieux" blog ne suit pas (un thibillet à venir sur ce sujet).
Entre blogs et existence numérique, voici quelques idées, probablement pas nouvelles ni originales, comme autant de petits cailloux blancs sur le chemin de notre présence sur les réseaux :
- Garder le contrôle de ses écrits, en auto-hébergement ou avec une solution qui permet des sauvegardes, c'est la base de la survie (ou de la pérennité) numérique.
- Tout devrait partir du blog : c'est le premier lieu où l'on écrit, quitte à poster des extraits ou des liens sur d'autres plate-formes (par exemple Linkedin), mais le texte initial, gravé dans le marbre des électrons, reste notre propriété. Cf. la première phrase de ce billet de Tristan Nitot.
- D'autant plus que ces écrits sont la propriété de l'autrice... ou pas. Vous publiez sur votre blog : cela vous appartient. Vous utilisez une plate-forme externe (Typepad, Linkedin) : vos pensées deviennent la propriété de la plate-forme. Quelle que soit la société derrière la plate-forme, elle peut s'approprier vos écrits, ou les utiliser pour bourrer la gueule de ses IA, ou plus simplement, supprimer tout ce que vous avez patiemment écrit, d'un simple claquement de bits, et sans même avoir à se justifier ou vous devoir quoique ce soit.
- Tout part du blog... et devrait idéalement y revenir, avec les commentaires. Mais cette forme de conversation, qui existait dans les années 2000, est désormais bloquée (certains blogs n'offrent plus la possibilité de commenter) ou pis encore, déportée : quand je publie un thibillet et que j'en parle sur Linkedin ou Mastodon, c'est là-bas que mes lectrices et lecteurs commentent. Il n'y a donc plus d'historique de la conversation, ni aucune sauvegarde des échanges. Linkedin ou FB, c'est du temps présent évanescent ; un blog, c'est une mémoire (exemple ici : le sujet est peu important, ce qui compte, c'est de regarder la "conversation" qui a lieu dans les commentaires).
- D'autres auteurs de blog, que j'ai découverts plus récemment, dissocient clairement l'acte d'écrire (qui aide à formuler, voire à découvrir ses pensées) et l'acte de communiquer là-dessus ("voyez ce que j'ai écrit"). Ploum ou Thierry Crouzet se méfient désormais du lien d'enchaînement : idéalement, et j'espère que je ne déforme pas leur pensée, on écrit d'abord pour soi, et seulement après, on communique sur le fait qu'on a écrit. Donc la première rémunération, c'est le verbe bien ciselé. Et la deuxième satisfaction, éventuelle, c'est d'avoir des lectrices, voire des commentateurs. Mais si on inverse le propos ("je vais écrire sur les sujets qui me rapportent des interactions", voire "j'ai besoin d'interactions, donc sur quoi je pourrais écrire ?"), la quête devient sans fin, et frustrante. C'est la recherche d'une célébrité très limitée et très éphémère, que les biologistes appellent la Dopamine.
Donc Stephanie Booth propose de relancer la blogosphère (en anglais), et même si ce ne sont pas quelques irréductibles qui vont changer le monde, ma foi, c'est un beau projet. Ma to-do list des prochains mois : me connecter à d'autres blogs, si possible des survivants (10 ans ou plus de blogging) pour recréer des liens, et idéalement, des discussions.
[edit : Stephanie a de nouveau accès à sa page Facebook après 21 jours, et les raisons ne sont toujours pas claires (en anglais)]
![]()
