Samedi 14 Juin 2025

Linux et frugalité – itinéraire d’un petit ordinateur au long cours

En 2011, j’ai acheté un ordinateur ultraportable Samsung NC 110 : écran 11 pouces, 1,2 kg sur la balance. Équipé de Windows 7, ce petit ordinateur avait une autonomie géniale : plus de 7 heures dans des conditions normales de confort (wifi branché, bureautique et Internet), et je l’emportais partout.

Comme c’était ma période Linux, j’ai assez vite installé Ubuntu en double boot avec windows, puis Xubuntu pour plus de légèreté, et enfin Lubuntu, toujours en double boot. Les années ont passé, et j’ai changé d’ordinateur, sans pour autant mettre ce petit ultraportable au recyclage. Évidemment, les systèmes d’exploitation et les programmes sont devenus de plus en plus exigeants en termes de processeur et de RAM, mais quand je revoyais Blackie dans mon tiroir (les fans d’Éric Clapton auront noté la référence), j’étais nostalgique de sa portabilité et de son autonomie. J’avais finalement viré windows 7 – qui ne fonctionnait plus – et installé Puppy Linux sur tout le disque. À petit ordinateur, petit Linux mignon… Je ne me lassais pas du “ouaf, ouaf” qui annonçait le chargement du système d’exploitation.

Arrive 2024. Saisi d’une envie de rétrotuning / retrofit – et aussi parce que je voyageais davantage en train, et que je venais de découvrir le blog de Ploum, très inspirant sur les sujets de frugalité – je reprends ce petit ordinateur. Puppy Linux n’arrivait plus à suivre, dans un monde où chaque page web exige désormais de charger plusieurs mégas de données (Turing, réveille-toi, ils sont devenus fous…)

J’ai donc commencé une quête, animé par une seule question : quel Linux faire tourner sur un ordinateur vieux de 13 ans, tout en espérant avoir accès à quelques services “modernes” (bureautique, wifi, navigation sommaire sur le web, et idéalement mail) ? Il y avait aussi quelques contraintes supplémentaires, liées au caractère ultraportable de Blackie : un processeur Atom (donc pas très rapide) et une RAM limitée à 1 Giga – ce qui limite le choix des distributions Linux en 2024-25.

La quête a été longue, mais passionnante, et finalement fructueuse. Pour le côté “quête longue et passionnante”, je mets dans un autre thibillet le listing de toutes mes notes : on ne sait jamais, un noob ou une geek y trouveront peut-être quelques références utiles, et si cela peut leur économiser le temps que j’y ai passé, tant mieux pour elleux.

Mon protocole de test s’est affiné au fil du temps. En résumé :

  • identifier les distributions Linux dites légères (cf. la liste dans le thibillet annexe)
  • télécharger chaque image ISO
  • installer l’image ISO sur une clé USB avec Rufus.exe
  • booter Blackie avec la clé USB au cul, et démarrer Linux depuis la clé (chargement en RAM)
  • tester la distribution Linux en live, et si c’était satisfaisant (en testant par exemple le passage en clavier FR, la récupération du wifi, les touches de fonction, le réglage de la luminosité, et la souris ergonomique en Bluetooth – mauvaise idée, au passage), l’installer sur le disque dur.

J’ai donc testé 23 distributions Linux, et un peu plus en comptant différentes versions anciennes d’une même distribution. Sans surprise, les distributions récentes sont les plus gourmandes : même si Blackie tourne théoriquement en 64bits, il valait mieux prendre des distributions 32bits/i386, ce qui a encore réduit le choix.

Au final, ce sont 3 distributions qui se sont retrouvées sur le podium de ces jeux titaniques – ou plutôt dwarfiques, vu le pedigree de Blackie :

  1. Lubuntu (dérivée d’Ubuntu, dérivé de Debian),
  2. MX Linux (mix entre Mipeis et AntiX)
  3. Emmabuntüs 3 (une autre Debian dédiée aux vieux ordinateurs de récup).

Emmabuntüs était trop lente et les dépôts n’étaient plus maintenus.
MX Linux était jolie et rapide, et j’ai même remonté le temps en installant la version de 2016, mais hélas, les dépôts n’étaient plus accessibles non plus.
La gagnante est donc Lubuntu, avec quelques spécificités. Pour information, c’est Lubuntu 24.04 qui fait tourner mon autre ordinateur, un Lenovo datant d’il y a 11 ans et sur lequel j’ai toute ma galaxie logicielle : firefox dernière version, thunderbird, Signal desktop, pcloud, nextcloud, libreoffice, et Microsoft 365 dans le navigateur (très rarement nécessaire, heureusement).

Sur Blackie, j’ai opté pour une vieille version : Lubuntu 16.04 Xenial, qui a le grand mérite d’avoir des dépôts toujours actifs malgré son grand âge (9 ans…), merci aux serveurs repo qui continuent à maintenir cette version Certaines touches de fonction sont bien reconnues (luminosité de l’écran), d’autres non (touches de volume), et l’autonomie est très bonne (jusqu’à 7 heures…)

En revanche, il a fallu revoir à la baisse mes ambitions, d’où la mention de frugalité dans le titre de ce thibillet :

  • Firefox tourne, mais il est trop lent (trop lourd) et certains sites sont mal affichés
  • La plupart des navigateurs légers ne sont pas installables avec le gestionnaire de paquets Synaptic, ce qui complique les choses
  • J’ai finalement réussi à installer Midori en passant par des commandes du Terminal

C’est là où la quête de frugalité a pris tout son sens.
J’ai retrouvé le plaisir d’installer des programmes avec une seule ligne de commande dans le terminal (sudo apt-get install), et de voir s’afficher les débits des dépôts consultés en ligne depuis le terminal. Je me sens comme Sigourney Weaver dans GalaxyQuest : c’est moi et moi seul qui dialogue avec Mother, l’Ordinateur Central…

Voici donc mon régime minceur, où mon appli habituelle est remplacée par → une appli fonctionnelle moins gourmande / plus légère

  • Firefox → Midori
  • Synaptic → Terminal
  • Thunderbird → Balsa ou Geary (j’avais une préférence pour Balsa), jusqu’à ce que je me rende compte que Thunderbird, malgré sa réputation de lourdeur, tournait très bien sous Blackie, donc retour à la case départ → Thunderbird
  • LibreOffice Writer → Leafpad

En fait, Blackie me sert de machine à écrire avancée, ou d’ordi frugal : je l’utilise quasi exclusivement pour écrire des textes, très rarement des mails, et parfois quelques consultations de sites tolérants vis-à-vis des vieux navigateurs (ex : LeMonde, Wikipedia et certains forums Ubuntu…) Dès qu’un site demande trop de technologie (par exemple tous les services Google, les réseaux sociaux, les sites de vente en ligne…), Midori m’annonce aimablement que la page ne peut être chargée. Cela me permet de voir combien les sites sont désormais lardés d’informations et de technologies lourdes (cookies, javascript). En d’autres termes, si le site demandé ne s’affiche pas sous Midori, je me questionne sur mon besoin d’y accéder tout de suite. Dans 99% des cas, la réponse est évidemment “pas d’urgence”. Donc Blackie me déconnecte, contraint et forcé, et c’est bien agréable de retrouver une petite indépendance, ou de faire une petite cure détox – tout en allégeant la batterie, puisque je coupe le wifi. Pour le 1% des sites qui restent accessibles (essentiellement des forums d’aide sur Linux / Ubuntu), je reviens ponctuellement à Firefox. Très lent au démarrage, Firefox permet de consulter quelques sites avec javascript, comme les forums, et cela me permet aussi de visualiser la taille des données transmises. Pour un site d’aide, je n’ai besoin que de l’affichage du texte, alors pourquoi les navigateurs demandent-ils à télécharger des Mégas de données ?

Cette question de la taille, je la retrouve sur les fichiers texte. Un thibillet comme celui-ci pèse 9Ko écrit sous Leafpad, et plus de 2 fois plus sous LibreOffice – pour les jeunes, 9Ko, c’est 0,009 Mégas. De plus, mon éditeur de texte Leafpad se lance instantanément, contrairement à LibreOffice. Quant à Office 365 dans le navigateur, Midori ferait probablement pipi sous lui si je tapais microsoft dans sa barre d’adresse…

Au final, il y a une sorte de beauté à revenir à l’essentiel : bien sûr, sous Wordpress, je pouvais rajouter des belles images partout dans le texte (pas seulement au début du thibillet), et varier les mises en page. Mais tout bien considéré, ce qui compte, c’est le texte, non ?

Question bête : comment récupérer mes fichiers textes écrits sous Blackie ?

  • La solution évidente (la clé USB) ne marchait pas, car ce Lubuntu ne reconnaîssait pas ma clé USB formatée en NTFS (j’ai résolu le problème après, mais cela m’a incité à chercher des solutions alternatives)
  • pCloud drive (ou toute autre solution genre Dropbox) n’a pas de programme client qui tourne sur une version aussi ancienne.
  • Bien évidemment, pas possible non plus de déposer mes fichiers directement sur un drive distant genre Google Drive : le navigateur n’arrive pas à accéder à la forteresse javascript de Google
  • L’idée de m’envoyer les fichiers par mail est inélégante et lourde : d’abord, ça consiste à prendre un marteau-piqueur pour casser des noix ; ensuite, il reste le problème des versions (où se trouve la version la plus récente du texte rédigé ? Dans quel mail ?) ; et puis, je traite déjà beaucoup trop d’e-mails …
  • La solution que j’ai retenue est simple et élégante : un programme de FTP tout simple comme Filezilla, où je dépose mes fichiers à distance sur un de mes sites web. C’est du cloud personnel, simple, très peu gourmand (car .txt), et les versions sont classées par date…

Voilà pour l’essentiel de ce thibilllet, déjà assez long, et peut-être technique (toutes proportions gardées : je ne suis ni ingénieur ni programmeur).

La suite de ce thibillet, avec les deux parties suivantes :
- Partie II. quelques notes techniques sur Lubuntu 16.04 Xenial
- Partie III (dans un autre thibillet). La liste de toutes mes notes sur toutes les versions de distribution Linux que j’ai testées. Merci notamment à distrowatch et rufus.exe, qui m’ont bien aidé dans cette phase de tests sur plusieurs mois. Le développeur de Rufus.exe ne demande pas de donations (ce que j’aurais aimé faire, conforme à ma reconnaissance aux logiciels libres), et sa philosophie est très rafraîchissante, Cf. tout en bas de sa page, section “Donations”.

Partie II. Lubuntu 16.04 Xenial
C’est une version désormais obsolète, qui était en LTS (long term support) à l’époque. Les dépôts sont encore accessibles (mais pour combien de temps encore ?) ce qui permet

  • d’installer Lubuntu Xenial avec ses ultimes mises à jour et
  • d’aller chercher des applis, pour peu qu’elles soient présentes dans les dépôts anciens et qu’elles puissent tourner sur un vieil ordinateur.

Lubuntu Xenial tourne avec LXDE, qui a été remplacé depuis par LXQt. Or, dans ce dernier, j’apprécie l’élément de menu qui permet de déclarer des touches de raccourci (je suis très fan des touches de raccourci, comme indiqué déjà dans ce thibillet). J’ai donc essayé d’installer LXQt (plus récent, plus fonctionnel) au lieu de LXDE. Eh bien, je vais faire gagner du temps à certain-es : ça ne marche pas. J’ai eu un plantage total qui m’a forcé à tout réinstaller (pas grave, c’est très rapide). Donc la leçon est : avec une vieille version de Lubuntu, il faut se contenter d’une vieille version du logiciel de fenêtres, et c’est tout. La frugalité, c’est aussi dans la tête 😉.

Pour les archéologeeks, la Partie III. (log book de mes installations des 23 distributions Linux) est accessible ici.

RSS | ATOM


Ajouter un commentaire

Remplissez le formulaire ci-dessous pour ajouter un commentaire.


Aide BBCode

 

Dernier(s) 8 commentaires

Administration

S’abonner à